6 décembre 2022

11.000 entreprises devraient tirer leur révérence

Un chiffre record en raison d’une crise exceptionnelle. Mais pas seulement : les délais de paiement parmi les plus longs au monde et un climat des affaires – certes qui s’améliore – mais qui reste encore très loin des standards internationaux y sont pour beaucoup.
Pourtant, des solutions existent pour limiter la mortalité des sociétés. C’est le message principal véhiculé lors du dernier webinaire organisé par la BritCham, le jeudi 9 décembre. Sa thématique : « Défaillance des entreprises face à la crise : bilan, perspectives et leviers d’actions ».
Premier constat partagé par les panélistes : le nombre de 11.000 défaillances
d’entreprises n’est pas le reflet de la réalité du tissu économique national. En effet, M. Yassine Benkerroum, expert-comptable, commissaire aux comptes et responsable de la commission fiscale à la CGEM Rabat-Salé-Kénitra a rappelé que plus de 90.000 entreprises sont aujourd’hui en veille au Royaume. Un chiffre qui interpelle sur la nécessité de trouver des solutions pour rendre plus transparents et plus efficaces le processus de mise en veille. Le responsable de la CGEM a également évoqué « la complexité » de la démarche de radiation. « Un processus long et compliqué », a-t-il souligné. A cela, il faut ajouter que les entreprises ont peu recours à la procédure de sauvegarde et de redressement judiciaire. Résultat: les liquidations restent la première source de défaillances. M. Yassine Benkerroum a aussi appelé à développer un marché de la transmission et de la reprise d’entreprise, à l’instar de ce qui se pratique dans de nombreux pays. Il a aussi évoqué le fait que les entreprises marocaines devraient accélérer davantage leur digitalisation et ce, dans une logique intelligente à même de simplifier les procédures et processus.
De son côté, M. Youssef Guerraoui Filali, président du Centre marocain de la gouvernance et du management a rappelé que la loi 32-10 sur les délais de paiement
n’était « pas encore totalement appliquée ». Plusieurs décrets d’applications sont en
attente de validation. En revanche, selon l’expert, « des leviers intéressants sont à
souligner dans la loi de finances ». Parmi eux : le remboursement de 13 milliards de dirhams de crédits TVA ou encore l’abattement de 70% de la plus-value sur les cessions d’actifs, à la condition que ce produit soit réinvesti. Une proposition portée par la confédération patronale. Selon M. Youssef Guerraoui Filali, « ces deux leviers vont pouvoir apporter une bouffée d’oxygène et pousser davantage à l’investissement ».
Cependant il a précisé que certaines entreprises marocaines ont pu tirer avantage de cette crise, notant que des firmes ont carrément doublé leurs chiffres d’affaires durant cette période.
« Des entreprises qui opéraient dans la distribution des produits alimentaires, des produits cosmétiques, la consommation maison et dans les technologies de l’information (IT) ont pu fructifier leurs chiffres d’affaires », a-t-il dit, notant que les entreprises opérant dans le tourisme, l’industrie, le textile et les services ont, en revanche, été profondément touchées par la crise sanitaire.
Enfin, M. Nabil ADEL, directeur du Groupe de recherche en géopolitique et géoéconomie, enseignant et consultant pour le gouvernement a appelé à la nécessité de rendre publique la liste des entreprises qui enregistrent des incidents de paiement. « Cela apporterait plus de visibilité et de confiance », selon l’économiste. Autre facteur à ne pas négliger : le développement d’une comptabilité analytique structurée. Les entreprises doivent s’emparer de ce sujet pour se prémunir contre les risques. Il a aussi noté qu’une entreprise bien organisée résiste naturellement mieux aux effets du cycle qu’une entreprise qui ne l’est pas, estimant que le facteur macro-économique agit directement sur la défaillance des entreprises.

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