9 février 2023

Le tourisme à Ouarzazate en grand danger

Après deux ans de crise due à la Covid-19, le secteur du tourisme  a commencé à se redresser dans de nombreuses destinations touristiques marocaines. En  revanche, la destination Ouarzazate connaît toujours une crise structurelle suite aux  problèmes qui se sont accélérés depuis 2018 ainsi que l’aggravation de la situation en  2020 et 2021 en raison de la pandémie. En 2022 le tourisme peine toujours à décoller à Ouarzazate et le secteur est toujours en danger.

Les raison de cette crise sont multiples et sont dues notamment à l’enclavement aérien et terrestre, au  manque d’attractivité des investissements ainsi que  l’accélération des fermetures d’hôtels, en plus de l’absence ou de la faiblesse des budgets de promotion. Le secteur du tourisme continue de ce fait d’enregistrer des baisses inquiétantes qui pourraient atteindre moins 64%, en termes de volume de nuitées au cours de l’année 2022 par rapport à l’année 2019 sachant que  les statistiques officielles disponibles jusqu’aux 10 premiers mois de 2022 indiquent une baisse en pourcentage de moins 65% pour le nombre d’arrivées et de moins 61% pour les nuitées enregistrées dans les établissements classés, par rapport à la même période en 2019.

Ainsi en 2022, Ouarzazate aura bouclé les 5 années les  plus pires du  secteur   (2018-2022), (idem pour d’autres secteurs tel que le cinéma ou la santé), ce qui la fait reculer d’environ 40 ans pour  retrouver les niveaux enregistrés au cours des années quatre-vingt.

Plusieurs facteurs sont à l’origine de cette crise, notamment  la Covid-19, puisque  le nombre de nuitées est passé de 380 000 nuitées en 2019 à 71.607 nuitées seulement en 2020, soit moins 81 % (-72 % au niveau national).   De plus, Ouarzazate n’a pas bien bénéficié de la reprise de  2021, le nombre de nuitées n’a augmenté que de 6 %, alors que le taux de croissance avoisinait les 32 % au niveau national. En outre, le taux de récupération au cours de  2022 par rapport a 2019 est d’environ 34% pour Ouarzazate, soit moins de la moitié du taux de récupération au niveau national, qui sera d’environ 73%.

Au cours des dix premiers mois de l’année 2022, l’activité touristique à Ouarzazate a connu une baisse spectaculaire sur tous les marchés, par rapport à la même période en 2019 : le marché français a enregistré moins 62%, moins 66% pour le marché italien, moins 75% pour  le marché espagnol, moins 79% pour  le marché anglais, tandis que le marché allemand a enregistré moins 88 %.

De ce fait, la crise due à la covid-19 ne peut être tenue seule pour responsable des défaillances de ce secteur vital. En effet, en se référant aux performances du secteur avant cette crise, on comprend relativement les raisons de ce revers.     En en 2017, Ouarzazate a enregistré le deuxième plus grand taux de croissance du nombre de nuitées (+37%) , soit plus du double du taux de croissance des nuitées enregistrées au niveau national (+ 15 %). Cependant, avec le début de 2018, des signes de dégringolades  ont commencé à paraître et  le taux de croissance des nuitées de Ouarzazate qui était de  +37% en 2017 est passé à +4% seulement en 2018 au moment ou le taux de croissance a atteint +8% au niveau national.

La situation va encore aller de pire en pire  pour les acteurs du secteur  en  2019, puisque indicateurs vont reculer à tous les niveaux, en enregistrant notamment moins 8% en volume de nuitées par rapport à l’année précédente, alors qu’un taux de croissance de + 5% a été enregistré au niveau national.

Ainsi Ouarzazate qui challengeait en 2017 pour la première place en termes de croissance   de nuitées (+37% en 2017), est devenue une zone sinistrée enregistrant un  déclin (moins 8% en 2019). Quant à la crise du Corona, elle n’a fait qu’aggraver une situation déjà compromise et dont les causes  remontent à 2018, comme nous l’avons vu précédemment, chiffres a l’appui.

Ces problèmes ont conduit à une accélération du rythme de fermeture des établissements touristiques au cours de l’année écoulée (5 établissements) et le nombre total des établissements fermés a dépassé plus de 20 unités. De plus, aucune initiative sérieuse n’a été enregistrée de la part des responsables  locaux pour pallier cette carence (fermetures et baisse drastique  de la capacité d’hébergement). Les investisseurs qui ont manifesté leur intention de s’engager  ont subi soit l’indifférence ou le rejet injustifié de leurs projets, de réelles opportunités de développement ont été gâchées en perdant du temps à formuler des programmes anodins sur le papier, sans impact tangible sur le développement local.

Ouarzazate a besoin d’efforts concertés impliquant les  différents acteurs et forces vives  ainsi qu’un travail de terrain sérieux selon une véritable approche participative. Aussi une audit  et un examen minutieux par qui de droit réussirait a élucider cette situation chaotique et les raisons de cet échec, loin des rapports et comptes rendus élogieux de phrases rhétoriques sans aucun liens avec la réalité de Ouarzazate et dont le seul et unique but est de polir d’une manière égoïste telle  ou telle image pour obtenir des gains individuels au détriment de la population de ouarzazate ainsi que de son principal secteur vital qui est le tourisme en plus d’autres secteurs, notamment le cinéma ou encore le secteur de la santé.

A noter que les operateurs  du tourisme et les acteurs actifs de la société civile avaient déjà envoyé des messages de détresse pour sauver Ouarzazate. Une lettre ouverte a également été adressée au chef du gouvernement et au ministre de l’Intérieur, leur demandant d’intervenir de toute urgence pour sauver Ouarzazate.

Aussi le Tissu Associatif de Ouarzazate pour le développement avait  précédemment publié un communiqué ou il a exprimé son inquiétude quant aux conditions sociales, économiques et culturelles de Ouarzazate, soulignant qu’après les répercussions de la pandémie de Corona, Ouarzazate continue toujours de connaitre des reculs importants à divers niveaux, notamment en terme de déficit en matière de connectivité, de faible attractivité des investissements et de la fermeture en série des d’établissements hôteliers ainsi que le déclin de l’activité cinématographique.

Zoubir Bouhoute 

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