24 février 2024

Si Imsouane m’était conté !

La récupération nationale du domaine public auquel l’Etat tient fermement tourne à la dérision médiatique à cause des vidéos choc, mettant en scène des bulldozers en pleines et infinies opérations de démolition avec manifestement trop de zèle, faisant table rase de lieux de vie et de commerces qualifiés d’illégaux.

Sans doute, les images fortes de démontage du village d’Imsouane, faisant tâche d’huile sur les réseaux sociaux et reprises et commentées allègrement par des médias étrangers, ont fait plus mal, particulièrement chez la communauté professionnelle du tourisme, les adeptes mondiaux du surf l’ayant connu, les malchanceux qui y ont, après autorisation communale, investi en auberges et demeures chez l’habitant dont certains, très confiants, ont même fait venir des artisans de Fez pour la pose de zellige ancestral et autres authenticités. Du jour au lendemain, toute une vie prend donc fin sur l’autel de l’investissement touristique où un méga-projet betonné prend place.

Comme si Imsouane, ce paisible village de pêcheurs à l’origine autour duquel se sont essaimées, il est vrai, plusieurs constructions pittoresques d’hébergement, de restauration et de shopping nature pour les visiteurs, en majorité des surfeurs professionnels, n’est bizarrement pas un lieu touristique où la niche « Tourisme de Surf » y a pris forme, promu d’ailleurs sur les réseaux sociaux par des champions mondiaux très suivis. Même l’Onmt y a consacré une bonne place dans sa campagne de promotion internationale « Maroc Terre de Lumière », convaincu que c’est là une niche à développer, à en implémenter l’image chez la communauté des surfeurs de la planète. Exit! Difficile d’imaginer un surfeur, par extrapolation des sportifs à la rencontre de la nature muni d’une simple planche, plus proche plutôt des populations locales et leur mode de vie simple que des personnages cliché, héberger dans des hôtels dernier cri en front de mer au formalisme standard et moderne. Allons donc, c’est très loin de la culture des surfeurs pour ne pas dire tout à fait antinomique.

Tout ce beau montage se trouve malheureusement noyé dans l’arbitraire comme si le terrain balnéaire sur foncier maritime ne se trouve qu’à Imsouane, sans parler des dégâts de destinée causés à la population locale ainsi qu’à ceux ayant investi. Les images et vidéos de bulldozers en pleine action de démolition ont fait le tour de la planète, faisant le lit de ceux qui n’aiment pas notre pays en faisant le rapprochement malintentionné d’un Maroc Président du Conseil des Droits de l’Homme à Genève et un Maroc démolisseur. C’est inacceptable.

Le comble est que les responsables n’y font pas volte-face en communiquant bien comme il faut pour dissiper tout malentendu. Du genre : recasement des « sinistrés », les nouveaux investissements touristiques qui prendraient place sont solidaires et durables, les emplois qui seront générés au profit de la population locale, la dynamique de l’économie locale qui aura lieu, les retombées en termes d’image et d’investissement pour le Maroc, etc. Pourquoi tout ce silence alors que nous sommes attaqués de toutes part.

Pour le surf, c’est une autre paire de manche. Ministère du Tourisme, Onmt, CNT et Fédération Royale Marocaine de Surf doivent s’exprimer, en toute citoyenneté et d’amour pour ce pays, plus vite avant que le mal ne s’installe de plus belle.  

Qui plus est, le développement territorial touristique n’est pas toujours lié nécessairement à la construction en béton. Le village pittoresque d’Imsouane a une âme, c’est devenu un patrimoine. Au risque de nous répéter, la transformation future ne garantit sans doute pas que les surfeurs vont revenir et loger dans des hôtels dont le plan d’aménagement est validé en 2022 par différents intervenants ministériels, la commune et les autorités publiques.

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