Vu et entendu à Agadir (2) : La belle métamorphose du Sofitel Agadir Royal Bay
Tout récemment à Casablanca, la ministre du Tourisme a bien marqué sa disponibilité lors d’une rencontre organisé par un média national. Ce qui a particulièrement retenu le plus notre attention, entre autres, est la pertinence d’une question terre-à-terre posée par la Présidente du CPT Ouarzazate. Grosso modo, la question posait la problématique du développement touristique de Ouarzazate qui se heurte à un paradoxe structurel : les investisseurs hôteliers attendent une amélioration de la connectivité aérienne pour s’engager pleinement, tandis que les compagnies aériennes conditionnent l’ouverture de nouvelles liaisons à une demande touristique plus forte, elle-même tributaire d’une offre d’hébergement suffisante. Ce cercle vicieux freine l’essor de la région, pourtant dotée d’un potentiel considérable en matière de tourisme culturel, cinématographique et de plein air.
On ne s’attendait pas à ce que la réponse de Mme la ministre soit évasive et moins précise sur l’avenir ou pas des connexions aériennes sur la destination.
On aurait souhaité que Mme la Ministre plutôt dire qu’afin de briser cette impasse et d’instaurer une dynamique de croissance équilibrée entre transport aérien et infrastructures d’accueil, plusieurs stratégies complémentaires peuvent être envisagées, selon une approche concertée entre les autorités locales, les opérateurs hôteliers et les compagnies aériennes, à l’image des accords conclus entre le gouvernement et certaines compagnies pour soutenir le tourisme à Marrakech ou Agadir, à coups de subventions à la création de nouvelles lignes.
Des incitations spécifiques (réduction des taxes aéroportuaires, accords de co-marketing) pourraient encourager les compagnies low-cost à inclure Ouarzazate dans leur réseau.
Un autre levier d’action réside dans l’amélioration de la desserte régionale et des infrastructures de transport internes. Plutôt que d’attendre l’ouverture immédiate de nouvelles lignes internationales, une solution transitoire consisterait à renforcer la connexion entre Marrakech et Ouarzazate via des liaisons aériennes courtes et fréquentes, ainsi que par des services de navettes rapides.
Mais s’il faut voir plus loin derrière ces maux dont souffre cette destination, toujours au sursis de sa destinée.
Rappelons-nous, en 2022, un accord pour dynamiser le tourisme de montagne et des oasis dans la région de Drâa-Tafilalet a été signé entre plusieurs ministères et institutions publiques. Doté d’un budget de 1,388 milliard de dirhams, ce programme, structuré en deux phases (2022-2024 et 2025-2027), devait positionner la région comme une destination touristique durable et compétitive. Cependant, deux ans après son lancement, la première phase accuse un retard significatif, révélant des défis institutionnels, logistiques et stratégiques.
L’accord, conclu entre huit entités publiques – dont les ministères de l’Intérieur, du Tourisme, de l’Agriculture, et le Conseil régional de Drâa-Tafilalet –, repose sur une répartition financière précise :
– Phase 1 (2022-2024) : 547 millions MAD, avec le Conseil régional (272,5 millions MAD) et la Société marocaine d’ingénierie touristique (SMIT, 166 millions MAD) comme principaux contributeurs.
– Phase 2 (2025-2027) : 841 millions MAD, dominée à nouveau par le Conseil régional (338 millions MAD) et la SMIT (244 millions MAD).
Les fonds devaient financer des projets structurants : création de pôles touristiques, circuits thématiques, et soutien aux PME locales. Toutefois, cette feuille de route ambitieuse se heurte à des obstacles majeurs.
La mise en œuvre, confiée au Conseil régional et à la SMIT, souffre d’un manque de coordination. L’arrivée d’un nouveau wali en 2023 a introduit des révisions de projets, sans consultation préalable des partenaires. Ces modifications, nécessitant théoriquement un vote au Conseil régional ou une annulation de l’accord, créent une incertitude juridique et ralentissent l’exécution.
Les professionnels du tourisme et les autorités provinciales déplorent leur exclusion lors de la conception du programme. Des projets clés, comme l’amélioration des liaisons aériennes – cruciales pour désenclaver la région –, ont été négligés au profit d’initiatives controversées.
Les projets contestés ou qui présentent des inadéquations :
– Le golf d’Errachidia : Ce projet de 100 millions MAD, dans une zone en crise hydrique aiguë, symbolise les contradictions entre ambitions touristiques et réalités écologiques.
– Priorités Culturelles Négligées : À Ouarzazate, malgré des attentes fortes pour des musées et infrastructures culturelles, les budgets ont été alloués à d’autres postes, jugés moins pertinents par les experts locaux.
Au-delà des retards, l’accord ne traite pas des faiblesses historiques du secteur :
– Déficit d’Infrastructures : Routes, hébergements et transports aériens sous-développés limitent l’attractivité.
– Blocages Administratifs : La Société de développement régional touristique (SDR Drâa-Tafilalet), censée piloter les projets, n’est toujours pas opérationnelle.
– Paralysie Institutionnelle : Le Conseil régional du tourisme, sans bureau exécutif fonctionnel depuis trois ans, peine à impulser une dynamique.
L’échec actuel de la première phase du programme de Drâa-Tafilalet illustre les limites des approches descendantes (top-down) dans le développement territorial. Si les objectifs initiaux – valoriser le patrimoine oasien, créer des emplois locaux – restent pertinents, leur réalisation exige une gouvernance inclusive, une adaptation aux réalités socio-écologiques et une transparence accrue dans la gestion des fonds. La révision en cours sous l’impulsion du nouveau wali pourrait être l’occasion d’une réorientation stratégique, à condition que les partenaires signataires s’accordent sur une vision commune et priorisent l’intérêt à long terme de la région.
Épilogue : L’avenir de ce projet, emblématique des ambitions touristiques marocaines, dépendra de la capacité des parties prenantes à transformer les conflits institutionnels en synergies opérationnelles. Sans cela, Drâa-Tafilalet risque de rejoindre la liste des régions prometteuses mais laissées à la dérive, faute de cohérence et de volonté politique