L’annonce d’une baisse substantielle tout de même des frais Hajj a été, apparemment, accueillie avec beaucoup de ferveur par les candidats au pèlerinage. Pour la saison du Hajj 1446H, les frais ont, en effet, enregistré une baisse d’environ 3.095 dirhams par rapport à l’année précédente. C’est, en tout cas, ce qu’a affirmé le ministre des Habous et des Affaires islamiques, Ahmed Taoufiq, lors de la séance des questions orales à la Chambre des conseillers.
Effort notable, certes, de l’État, cependant, derrière, se cache une réalité plus complexe… Comment ?
Sur le plan strictement comptable, les données communiquées sont claires. La Commission royale chargée du pèlerinage a fixé pour cette saison un montant forfaitaire de 65.000 dirhams pour l’organisation officielle. Après ajustement, le coût final réel du Hajj s’établit à 63.770,50 dirhams, contre 66.865 dirhams lors de la saison 1445H.
La baisse est donc réelle et officielle. Elle représente environ 4,6 % du coût total, un allègement non négligeable pour des ménages souvent contraints d’épargner pendant de longues années afin d’accomplir ce pilier fondamental de l’islam.
Cependant, ramenée au niveau absolu des frais, cette diminution reste modeste. Le Hajj demeure une démarche financièrement lourde pour une large frange de la population marocaine, notamment les retraités, les travailleurs du secteur informel et les foyers à revenus fixes.
La complexité se pose lorsqu’on s’interroge sur la structure même des coûts. Le ministère n’a pas détaillé publiquement quels postes précis ont permis cette réduction, en termes d’hébergement à La Mecque ou à Médine, du transport aérien, des services logistiques saoudiens et de l’ encadrement administratif et religieux.
Or, ces postes sont soumis à des facteurs largement exogènes à la décision marocaine vu que les tarifs sont imposés par les autorités saoudiennes, fluctuations des coûts du transport international, exigences sanitaires et sécuritaires renforcées depuis la pandémie.
Autrement dit, la marge de manœuvre nationale reste étroite. La baisse annoncée ressemble davantage à un ajustement optimisé qu’à une réforme structurelle du coût du Hajj. Aucun changement de modèle économique n’a été évoqué, ni sur la mutualisation des services, ni sur une renégociation globale des prestations sur plusieurs saisons.
Le ministre Ahmed Taoufiq a rappelé que les frais sont fixés par la Commission royale chargée du pèlerinage, un cadre institutionnel qui garantit la stabilité et l’autorité de la décision.
Toutefois, les futurs pèlerins disposent rarement d’un découpage clair et pédagogique du coût réel de leur voyage spirituel. Cette opacité relative alimente un sentiment diffus d’incompréhension. Pourquoi le Hajj reste-t-il si cher malgré les annonces de baisse ? Quels sont les leviers réellement actionnés ? Et lesquels échappent totalement à la souveraineté marocaine ?
Sur ces points, on remarque que la communication institutionnelle demeure prudente, parfois trop.
La question se pose également su ce qui est basique. En effet, à ce jour, aucun mécanisme ciblé n’a été annoncé pour les pèlerins à faibles revenus, ni pour les personnes âgées vivant de pensions modestes, ni non plus au niveau des listes d’attente de plus en plus longues, qui retardent parfois le départ de dix à quinze ans.
Donc, la baisse de 3.095 dirhams, bien que bienvenue, ne change pas fondamentalement la donne pour ces catégories.
Il serait intellectuellement malhonnête de nier l’effort consenti cette année. Dans un contexte international marqué par l’inflation des services de voyage et la rigidité des coûts imposés par l’organisation du Hajj en Arabie saoudite, stabiliser puis réduire légèrement les frais relève déjà d’un effort contraint. Mais il serait tout aussi discutable de présenter cette baisse comme une avancée décisive. Elle souligne surtout les limites structurelles du modèle actuel, où l’État ajuste, mais ne transforme pas.
La vraie question reste donc ouverte. Le Maroc se dirige-t-il vers une réforme profonde de l’économie du Hajj, ou se contentera-t-il, saison après saison, de corrections marginales dictées par les contraintes extérieures ?





