Que sera la destination Maroc au départ de la France en 2026 ?

À première vue, l’année 2025 peut être considérée comme un millésime solide pour le tourisme marocain. Volumes élevés, attractivité intacte, visibilité internationale renforcée. Pourtant, derrière ce succès, un indicateur mérite une attention particulière. Le recul de -6 % à -8 % observé sur la vente de voyages organisée au départ de la France, tel que documenté par L’Écho Touristique. Et, partant, ce chiffre constitue un signal qu’il serait imprudent d’ignorer.

En projection 2026, le Maroc vise 20 millions de touristes, dont 50 % de touristes étrangers de séjour, soit environ 10 millions de visiteurs internationaux. Admettons !

Dans cette configuration, les tour-opérateurs français (forfaits dynamiques et packages classiques) devraient représenter environ 40 % des flux vers le Maroc. Dans le même temps, les plateformes de réservation en ligne (OTA) captent déjà au moins 30 %, tandis que la vente directe (hôtels, riads, DMC, compagnies aériennes) absorbe également près de 30 %.

Loin d’être neutre, ce partage signifie que la vente organisée classique ne progresse plus mécaniquement avec la destination. Elle devient même, sur certains segments, contre-cyclique.

L’exemple de Marrakech en novembre et décembre 2025 est particulièrement éclairant. Malgré une année globalement jugée très importante, notre destination enregistre un recul sensible par rapport à 2024 sur ces deux mois.

Ce décrochage n’est pas lié à un déficit d’attractivité de la destination. Au contraire, il est le résultat d’un désalignement entre l’offre commercialisée par les circuits traditionnels et l’évolution rapide des comportements de la demande.

Les véritables facteurs explicatifs l’attestent largement. Le client français ne rejette pas le Maroc, mais il contourne de plus en plus le forfait standardisé. Séjours courts, expériences hybrides, combinaisons multi-villes, recherche de flexibilité : autant de formats que les TO peinent encore à industrialiser sans perdre en rentabilité.

En 2025, la hausse des coûts aériens et hôteliers s’est traduite par des forfaits parfois plus chers que l’achat éclaté (vol + hébergement + expériences). Résultat : une partie de la clientèle compare, calcule… et réserve ailleurs.

Alors que la destination Maroc se renouvelle (slow travel, tourisme rural, désert expérientiel, gastronomie territorialisée, bien-être holistique), une partie de la production TO reste concentrée sur des schémas répétitifs comme le city-break Marrakech, combinés classiques, balnéaire standard.

La Turquie, l’Égypte ou même certaines destinations long-courrier ont su réagir plus vite sur les prix, la capacité aérienne et les campagnes de stimulation en fin d’année, captant des arbitrages de dernière minute.

Bon gré mal gré, ce démontre une fragmentation accélérée de la chaîne de valeur touristique, une perte relative d’influence des intermédiaires traditionnels et un besoin urgent de repositionnement stratégique de l’offre organisée.

En d’autres termes, le Maroc performe, mais pas toujours là où il pourrait le mieux capter la valeur.

Le véritable danger serait de minimiser ces -6 % / -8 % au motif que les chiffres globaux restent bons. L’histoire récente du tourisme montre que les destinations qui n’analysent pas leurs signaux faibles finissent par subir des corrections brutales.

À l’inverse, le Maroc dispose aujourd’hui d’un avantage décisif où il peut encore ajuster sa stratégie avant que la rupture ne s’installe. À condition de regarder les chiffres un outil de lucidité et d’anticipation et pas en tant que sanction…

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