L’espace public casablancais ne s’arrête pas au paysage

Pendant des années, Casablanca a été, malheureusement, racontée à travers ses manques : déficit d’espaces verts, équipements publics fragiles, urbanisation rapide souvent déconnectée du quotidien des habitants, bref, certains y prédisaient même une ruralisation galopante, au sens méchant du terme. Aujourd’hui, la métropole amorce une recapitalisation de sa grandeur, discrète mais plus profonde, manifeste dans une reconquête méthodique et effrénée de l’espace public, fondée sur de belles réalisations, durables et mises à profit pour tenir dans le temps.

Pas de slogans ni de maquettes qui sonnent creux. Il s’agit d’hectares toujours plus vastes rendus aux citoyens, de services publics opérationnels et d’un rapport renouvelé entre la ville et ceux qui l’habitent.

Chez nous, à Casablanca, la question des espaces verts est plus que paysagère, elle touche directement à la santé urbaine, à la qualité de l’air, à l’équilibre social et au droit à la respiration dans une ville dense.

Trois projets récents matérialisent ce changement d’approche.

Le parc Alesco, à Sidi Othmane, s’étend sur 8 hectares dans un arrondissement longtemps privé d’infrastructures de respiration urbaine. En plus de planter des arbres, l’enjeu consistait à recréer un espace public bien agencé dans un quartier populaire, capable d’accueillir familles, enfants, seniors et pratiques sportives légères.

À Hay Hassani, le lac Oulfa, réhabilité sur 14 hectares, constitue un autre signal fort. La reconversion de ce site en espace paysager accessible est une rupture avec une gestion fragmentée du foncier urbain. Le lac devient un pôle de détente, mais aussi un élément de revalorisation territoriale pour tout l’ouest casablancais, longtemps sous-doté en équipements de grande ampleur.

Le projet le plus symbolique reste toutefois la transformation de l’ancienne décharge de Médiouna en un parc urbain de 50 hectares. Ce chantier démontre une capacité nouvelle à réparer les erreurs du passé, à reconvertir un passif environnemental majeur en actif collectif. Peu de métropoles osent ce type de transformation à une telle échelle. Casablanca l’a fait.

Comme quoi, une ville respirable se définit, en général, par ses parcs, certes, mais se juge aussi sur la qualité de ses services de base, souvent invisibles mais essentiels.

À ce titre, le déploiement de 60 toilettes publiques gratuites est certainement une évolution culturelle autant qu’opérationnelle. Le sujet, longtemps évité, touche pourtant à la dignité urbaine, à l’inclusion et à l’égalité d’accès à la ville.

L’innovation ici se situe dans le modèle de gestion : standards d’hygiène clairs, dispositifs de maintenance, suivi de la qualité dans la durée. Autrement dit, une logique de service public pensé pour fonctionner.

Dans une métropole où les femmes, les personnes âgées, les familles et les travailleurs informels subissent souvent l’absence de sanitaires accessibles, cette politique change concrètement l’usage de l’espace public.

Ce qui se joue aujourd’hui à Casablanca est un déplacement du centre de gravité de l’action publique par moins de projets spectaculaires, plus de transformations utiles ; moins de discours, plus de surfaces revalorisantes et de services vérifiables.

Casablanca semble avoir compris qu’une ville ne se modernise pas seulement par ses tours ou ses infrastructures lourdes, mais par sa capacité à offrir des lieux de vie, de repos et de dignité à tous.

Si, par définition, dans une région la croissance urbaine est souvent synonyme de tension, la métropole esquisse la destinée d’une ville qui cesse de consommer son espace et commence à le restituer.

Sans langue de bois. Et, surtout, sans retour en arrière possible.

Read Previous

La faillite du tourisme social marocain implique l’échec politique des chèques-vacances

Read Next

Fez, 1270 ans d’histoire à revivre sans modération

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *