Dès l’approche de la Coupe d’Afrique des Nations 2025, le Conseil Régional du Tourisme de Casablanca-Settat a tôt fait d’engager une démarche rarement documentée avec un niveau de granularité aussi responsable, à savoir analyser en temps réel l’expérience vécue par les visiteurs et habitants de la métropole à travers leurs publications spontanées sur les réseaux sociaux. L’objectif consistait à alimenter en temps réel, et par la suite et à terme, l’Observatoire Régional du Tourisme en données opérationnelles sur la qualité des services, les irritants concrets et les leviers d’attractivité de Casablanca.
Pour mener à bien cette mission, le CRTCS a mandaté Archipel Digital, avec sa solution d’analyse conversationnelle Achgal Insights, afin de capter et interpréter les récits numériques liés à Casablanca durant les premières semaines de la CAN. Le principe est d’observer les contenus produits « à chaud » par les visiteurs, supporters et résidents, sans filtre promotionnel, pour identifier ce qui structure réellement l’expérience touristique.
Entre l’ouverture de la compétition et la troisième semaine d’événements, plus de 90.000 publications et commentaires ont été collectés et analysés. Ils émanent d’environ 50.000 contributeurs distincts et de plus de 2.800 sources sur Facebook, Instagram, TikTok et YouTube.
Casablanca a représenté 12,7 % du volume conversationnel total des villes hôtes. Un niveau inférieur à celui de certaines autres destinations de la compétition, principalement en raison d’une programmation sportive moins dense et de l’absence de rencontres à très forte audience internationale. Ce décalage révèle un potentiel d’exposition encore sous-activé, notamment sur les temps hors-matchs et les expériences urbaines parallèles.
Les résultats montrent une image globale nettement favorable, le sentiment net associé à Casablanca atteint +33. En revanche, l’expérience effectivement vécue et racontée génère un enthousiasme plus modéré (sentiment net +18).
Autrement dit, Casablanca est perçue positivement, mais produit encore trop peu d’expériences emblématiques capables de déclencher un fort partage en ligne.
L’analyse thématique est sans équivoque à travers plus de 70 % des conversations portent sur l’expérience globale du séjour et de la ville, 17 % concernent les fan zones et 12 % évoquent l’expérience au stade.
Le centre de l’expérience touristique se situe donc dans les services du quotidien : transport, restauration, hébergement, accueil et ambiance urbaine.
Parmi les éléments les plus commentés, l’hospitalité et l’ambiance représentent près de 40 % des échanges liés au séjour. Les témoignages valorisent l’accueil, l’interaction avec les habitants et l’énergie de la ville.
La sécurité et l’ordre public, qui concentrent environ 19 % des conversations, font l’objet d’un consensus largement positif : sentiment de tranquillité, présence visible des forces de l’ordre et gestion fluide des flux.
La gastronomie est également déterminante en souvenirs, street-food, cafés historiques et restaurants de quartier alimentent un sentiment fort, souvent associé à la convivialité locale.
Le principal irritant identifié concerne la mobilité, qui représente près de 19 % des conversations, avec une tonalité majoritairement critique. Les commentaires évoquent des temps de déplacement imprévisibles, des difficultés d’orientation pour les visiteurs étrangers et des problèmes d’accessibilité entre certains sites clés.
Les fan zones, bien que festives et largement appréciées, deviennent des zones de fragilité lorsque les conditions de confort (signalétique, ombrage, sanitaires, fluidité d’accès) ne sont pas optimales. Les publications soulignent une corrélation directe entre qualité d’aménagement et intensité des retours positifs.
La veille met en évidence une chaîne d’acteurs interdépendants qui structure l’expérience touristique, particulièrement en termes d’hébergement, de restauration, de mobilité, d’animation urbaine et de sécurité.
L’analyse montre que les retours positifs se construisent lorsque ces maillons fonctionnent de manière cohérente. À l’inverse, une défaillance sur la mobilité ou le confort urbain peut rapidement neutraliser l’effet des autres atouts.
Hormis la CAN 2025, cette mission de veille constitue une première brique de l’Observatoire Régional du Tourisme de Casablanca-Settat. Le défi est d’installer un dispositif pérenne capable de suivre, en continu, la perception des visiteurs, l’évolution des attentes, la performance des services et les tendances à venir.
Pour les professionnels du tourisme, ces données offrent des repères concrets : identifier les points de rupture, ajuster l’offre, améliorer la coordination entre acteurs publics et privés et renforcer la production d’expériences distinctives.
Cette approche confirme la solidité des fondamentaux, hospitalité, sécurité, ambiance, tout en soulignant les marges de progression sur la mobilité et la création de moments emblématiques.
Ce travail, recommandé par plusieurs administrateurs du CRTCS soucieux de disposer d’une lecture réelle et non déclarative de la situation, s’inscrit dans une logique d’amélioration continue de l’offre touristique.
Le CRT Casablanca-Settat pose, donc, les bases d’un pilotage par la donnée et par l’écoute active.
Cette analyse fournit aux acteurs du tourisme des repères concrets pour ajuster leurs actions, renforcer la coordination et produire des expériences plus mémorables. Elle rappelle surtout qu’à l’ère des réseaux sociaux, la bataille de l’attractivité se joue aussi dans la maîtrise d’une conception collective.
Pour Casablanca, cette veille stratégique, fondée sur l’écoute directe des visiteurs, fournit désormais une base factuelle pour y parvenir.



