La SMIT a très récemment lancé un Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI) pour la région Dakhla-Oued Ed-Dahab.
Ouvert du 18 février au 30 mars 2026, ce dispositif assure, d’après la SMIT, un «accompagnement stratégique, appui financier et ingénierie sur mesure» pour mettre en valeur des projets innovants à Dakhla, territoire d’exception, entre lagune, dunes et Atlantique. Mais encore, s’agit-il d’un véritable tournant dans la manière d’investir à Dakhla, déjà sous pression?

Toutefois, cette attractivité a évidemment un coût. Pression foncière accrue. Risques de banalisation architecturale. Fragilité écologique. Infrastructures encore incomplètes. Modèle économique saisonnier. Dépendance à une clientèle européenne spécifique, particulièrement dans le segment des sports de glisse.
Du coup, dans ce contexte, l’AMI de la SMIT ne peut se contenter d’attirer plus de projets. Il doit attirer mieux. C’est d’ailleurs l’objet annoncé par la SMIT.
Mieux. L’intérêt de cet AMI réside moins dans l’appel lui-même que dans un accompagnement sur-mesure au niveau de l’ingénierie personnalisée, l’appui au montage financier, la facilitation administrative et l’alignement stratégique avec les priorités nationales.
Apparement, la SMIT affirme vouloir dépasser la logique foncière pour privilégier la cohérence d’impact. Autrement dit : sélectionner des projets capables de structurer durablement le territoire plutôt que de l’occuper.
Cette évolution est du moins importante. Dakhla ne peut pas reproduire les erreurs de stations balnéaires surconstruites ailleurs. Elle est appelée à inventer un modèle adapté à son écosystème fragile et à son éloignement géographique.
Si l’AMI est cohérent avec les ambitions nationales, certains professionnels de la région pensent qu’il devrait privilégier l’hôtellerie à faible empreinte. Des unités limitées en capacité, intégrées au paysage, utilisant des matériaux locaux, optimisant l’énergie et l’eau.
Pas des volumes importés, ni des copies génériques d’écolodges internationaux.
Ils privilégient également des centres de recherche sur les écosystèmes marins, hubs de sports nautiques structurés, tourisme scientifique, observatoires environnementaux ouverts au public.
En même temps, les chaînes de valeur locales devraient, toujours selon eux, comporter des projets intégrant pêche artisanale, gastronomie territoriale, artisanat saharien, circuits courts.
« Un AMI crédible doit exiger un pourcentage raisonnable d’intégration locale », explique un investisseur. Il ajoute qu’il faudrait, avant tout, envisager la mise en place d’infrastructures intelligentes, telles des « centres de formation aux métiers du tourisme durable. Plateformes logistiques pour produits halieutiques premium.
Espaces culturels ancrés dans l’identité saharienne contemporaine ».
En revanche, les projets purement spéculatifs, les résidences touristiques sans programmation claire ou les concepts lifestyle déconnectés du territoire devraient être écartés.
Il serait naïf d’ignorer la dimension stratégique de la région. Dakhla est aujourd’hui un cas réussi du développement territorial du Sud marocain. Chaque investissement y a une portée symbolique et diplomatique.
Ce qui veut dire que la qualité des projets sélectionnés sera scrutée au-delà du secteur touristique. Architecture, durabilité, création d’emplois locaux, tout devient message.
Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 30 mars 2026. Une fenêtre d’un peu plus d’un mois. Ce délai court suggère que la SMIT cible des porteurs déjà structurés, capables de présenter des dossiers solides rapidement.
Ce n’est donc pas un appel aux idées théoriques, mais aux projets mûrs.
Cependant, la sélection privilégiera-t-elle la solidité financière ou la singularité stratégique ?
Un territoire comme Dakhla ne peut plus se permettre des investissements tièdes.
Cet AMI pourrait devenir un cas d’école. Soit il confirme une montée en gamme réelle du modèle d’ingénierie publique, orientée impact et excellence territoriale. Soit il s’inscrit dans la continuité administrative, sans transformation profonde.
Dakhla mérite mieux qu’un simple cycle d’investissement. Elle mérite un projet de territoire exigeant et exportable comme référence africaine du tourisme durable.
La balle est désormais dans le camp des porteurs de projets, mais aussi dans celui des institutions. Car à Dakhla, plus qu’ailleurs, chaque décision façonne le paysage pour des décennies.



