La nouvelle édition de « Future Leaders Challenge Morocco » est plus courageuse

Apparemment, le Future Leaders Challenge Morocco 2026 pourrait ressembler à une compétition étudiante de plus. Douze écoles, quelques jurys prestigieux, une finale à Rabat, des équipes sélectionnées pour Dubai. Une parfaite mise en scène très institutionnelle. Conforte par une année 2025 de bon cru…

En trois ans, le secteur a créé 92 000 emplois. Des chiffres rarement atteints, régulièrement mis en avant par le gouvernement, mais l’essentiel de cette croissance demeure paradoxalement capté par les quelques pôles déjà installés de Marrakech, Agadir, Casablanca ou Tanger, tandis qu’une grande partie des territoires ruraux ou de l’intérieur reste en marge des flux touristiques.

C’est précisément ce fossé que le Future Leaders Challenge a choisi d’exposer cette année. Le sujet soumis aux étudiants ne portait ni sur les hôtels de luxe, ni sur la montée en gamme de l’offre aérienne, mais sur la question beaucoup plus politique du comment faire du tourisme un levier de redistribution économique et sociale entre les territoires ?

Présente lors de la finale, Fatim-Zahra Ammor a reconnu, en creux, les limites du modèle actuel. « Les jeunes connaissent leurs régions et proposent des solutions innovantes, avec un vrai impact », a déclaré la ministre, ajoutant que l’État devait désormais faciliter l’accès au financement et intégrer ces projets dans la stratégie nationale.

Le propos est éminemment réaliste. Depuis trois ans, la feuille de route 2023-2026 promet un tourisme « plus inclusif » et « plus territorial ». Pourtant, sur le terrain, les investissements bien portants continuent majoritairement de privilégier les destinations déjà rentables. Les infrastructures, les dessertes aériennes et les grands projets hôteliers se concentrent encore sur les mêmes zones, laissant aux territoires moins visibles la charge de se réinventer avec des moyens limités.

Les étudiants réunis à Rabat ont, eux, choisi une autre lecture. Plusieurs équipes ont proposé de sortir d’une logique fondée presque exclusivement sur les grandes destinations et les séjours standardisés. Leurs projets misaient sur des micro-destinations, des circuits courts, des plateformes de réservation locale ou encore des expériences bâties autour de l’artisanat, des traditions agricoles et du patrimoine immatériel.

En filigrane, un tourisme qui attire beaucoup, mais redistribue peu, un secteur performant dans ses indicateurs macroéconomiques, mais encore inégal dans ses effets territoriaux.

Le choix du comité stratégique, composé notamment d’Imad Barrakad, directeur général de la SMIT, et de Hamid Bentahar, président de la Confédération nationale du tourisme, révèle d’ailleurs une prise de conscience progressive au sein même de la filière. Pour la première fois, la question n’était plus seulement de savoir comment attirer davantage de touristes, mais comment faire en sorte que leur présence profite réellement à des territoires qui, jusqu’ici, ne figuraient qu’en marge des brochures et des investissements.

La finale du Future Leaders Challenge ne changera pas, à elle seule, la géographie du tourisme marocain. Mais elle a mis en lumière une réalité que les chiffres de fréquentation ne suffisent plus à masquer : le défi du tourisme marocain n’est plus tant d’attirer des visiteurs que de mieux répartir les bénéfices de leur venue.

Et sur ce terrain, les jeunes générations semblent parfois poser les questions que les institutions évitent encore.

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