Évasion à Bin El Ouidane, chez Abla Room…

Il y a des lieux qui ne vendent ni du luxe, ni du prestige, ni cette idée standardisée du séjour haut de gamme devenue la grammaire paresseuse d’une partie du tourisme marocain. Ils offrent autre chose, une sensation de justesse. Une impression rare d’être exactement là où il faut être.

À Bin El Ouidane, sur la route de Ouaouizeght, à moins de deux kilomètres du très policé Widiane Resort, cette sensation porte un nom et toute sa dimension chez Abla Room.

Vu de la route, rien ne laisse vraiment deviner ce qui nous attend. Une maison joliment incrustée, presque effacée, à flanc de relief. Puis soudain, au bout de quelques marches, le paysage s’ouvre comme un rideau. Et l’on comprend immédiatement pourquoi certains hébergements chez l’habitant valent moins pour ce qu’ils sont que pour ce qu’ils donnent à voir. Et c’est ce qui ajoute à leur crédit, même chez la communauté booking.com qui accorde à Abla Room une note de 9,3…

Ici, tout commence par la vue.

Le lac de Bin El Ouidane s’étire en contrebas dans une ampleur presque irréelle. Depuis la chambre, depuis la terrasse principale, depuis le toit-terrasse encore plus spectaculaire, le regard ne rencontre aucun obstacle. Seulement l’eau, les collines, les lignes brunes et vertes des reliefs, les barques minuscules, et cette lumière si particulière du Haut Atlas qui change le paysage d’heure en heure.

À l’aube, le lac prend des teintes bleu pâle presque métalliques. En fin de journée, les montagnes se chargent d’ocre et de cuivre. Puis vient cette heure très brève où tout bascule dans un silence orangé. Peu d’adresses autour du lac bénéficient d’un point de vue aussi frontal, aussi dégagé, aussi souverain. Même les établissements plus ambitieux et plus coûteux n’offrent pas toujours cette sensation de surplomb absolu.

Ce qui frappe ensuite, c’est l’écart entre la simplicité du lieu et le sérieux avec lequel il est tenu.

La chambre ne cherche pas à impressionner. Pas de décoration démonstrative, pas de mise en scène pseudo-berbère, pas de folklore touristique plaqué sur les murs. À la place : de l’espace, de la sobriété et surtout une propreté irréprochable.

Dans une région où de nombreux hébergements chez l’habitant souffrent encore d’un entretien aléatoire, Abla Room se distingue par un niveau de soin rarement atteint dans ce segment. Aucune odeur de renfermé, aucune poussière oubliée, aucune approximation. La literie est nette, les draps impeccables, les couvertures parfaitement entretenues. Le matelas, particulièrement confortable, surprend même tant il tranche avec ce que l’on rencontre souvent dans ce type de structure d’hébergement.

La salle de bain suit la même logique, propre, fonctionnelle, parfaitement tenue. Et surtout, détail plus important qu’il n’y paraît dans la région, l’eau chaude est disponible en permanence. Cela semble banal. Cela ne l’est pas toujours sur les hauteurs de Bin El Ouidane, où les coupures et les installations défaillantes restent fréquentes. Plusieurs clients évoquent d’ailleurs régulièrement ce problème dans d’autres hébergements du secteur. Ici, rien de tel.

Aussi, le vrai luxe de cette adresse n’est ni la vue ni le confort. Il est humain. Car tout autour, d’honnêtes gens sympas et besogneuses vous marquent, ce sont elles qui donnent au lieu sa véritable singularité.

L’une pratique une hospitalité qui n’a rien de mécanique. Elle n’en fait jamais trop. Elle n’envahit pas. Elle veille. Toujours humble, toujours attentive, toujours juste. Elle remarque ce qui manque avant qu’on le lui demande. Elle prend le temps. Elle écoute. Dans une époque où tant d’établissements confondent service et automatisme, cette qualité de présence a quelque chose de presque désarmant.

Un autre, lui, plus âgé, est la mémoire vivante du secteur. Disponible à tout moment, facilement joignable, il répond vite, avec précision, sans jamais donner l’impression de réciter un discours appris. Il connaît les routes, les détours, les meilleurs points de vue, les horaires, les pièges à éviter, les bonnes adresses qui ne figurent sur aucune brochure. Et surtout, il sait distinguer ce qui est authentique de ce qui ne l’est plus. C’est ainsi qu’il recommande un petit restaurant au centre du village, loin des cartes convenues et des établissements pensés pour les touristes de passage…

Un délice. Le tajine de chèvre y mérite à lui seul le détour : cuisson lente, viande fondante, sauce profonde, juste ce qu’il faut d’épices, sans surcharge ni effets faciles. Un plat généreux, précis, qui dit quelque chose de la région mieux que bien des discours touristiques.

C’est d’ailleurs tout le paradoxe de Bin El Ouidane. Depuis quelques années, la destination se développe, attire davantage de visiteurs, voit apparaître de nouveaux hébergements, de nouvelles activités, de nouvelles expériences. Mais à mesure que l’offre s’élargit, une partie du territoire risque aussi de perdre ce qui faisait sa singularité, la simplicité, le rapport direct, la vérité des lieux.

Fort heureusement, Abla Room appartient encore à ces rares hébergements chez l’habitant qui ne convertissent pas à l’excès le paysage en décor ni l’accueil en produit.

Le petit-déjeuner est correct, honnête, servi avec soin. Le pain maison, notamment, est excellent, frais, croustillant, particulièrement réussi. Davantage de produits locaux, de fruits de saison, de miel de montagne, d’huile d’olive du secteur, de fromages frais, de msemen, de spécialités régionales. Quelque chose qui raconte davantage le territoire.

Le décalage reste mineur. Il ne gâche rien. Il surprend simplement, tant le reste tutoie presque l’irréprochable.

Et c’est précisément parce que les honnêtes gens qui y travaillent ont déjà compris l’essentiel, qu’un lieu ne vaut que par l’attention que l’on porte à ceux qui y séjournent, qu’on imagine sans peine cette dernière réserve disparaître elle aussi.

Au fond, ce que l’on retient d’Abla Room n’est pas seulement une vue spectaculaire ou une chambre impeccable. C’est cette impression devenue rare, celle d’avoir trouvé une adresse sincère. Une adresse où le silence n’est pas vide. Où l’on dort bien. Où l’on respire mieux. Et surtout, une adresse que l’on quitte avec une seule idée en tête… retourner !

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