Pickalbatros rachèterait-il aussi le Mövenpick Casa?

Le bruit court avec insistance dans les coulisses professionnelles de Casablanca. Le groupe égyptien Pickalbatros Hotels & Resorts serait en discussions avancées pour reprendre le Mövenpick Hotel Casablanca. À ce stade, rien n’a été officialisé. Plusieurs sources du secteur évoquent toutefois une fenêtre de communication située entre la fin avril et le début mai 2026, une fois les derniers arbitrages bouclés.

Le scénario n’aurait rien d’absurde. Depuis dix-huit mois, Pickalbatros Hotels & Resorts mène au Maroc une stratégie d’achats opportunistes. Tout y passe… hôtels en difficulté, actifs vieillissants, établissements mal repositionnés ou détenus par des investisseurs souhaitant sortir. En 2024, le groupe a déjà repris plusieurs hôtels à Marrakech et Agadir, avant de signer début 2026 le rachat du Sofitel Casablanca Tour Blanche pour 450 millions de dirhams (Pickalbatros a t-il fait une bonne affaire en rachetant le Sofitel Casablanca ? – premiumtravelnews). Cette opération a été officialisée il y a quelques jours seulement.

Dans ce contexte, voir Pickalbatros s’intéresser aussi au Mövenpick n’aurait rien d’un hasard. Le groupe cherche manifestement à constituer à Casablanca un portefeuille suffisamment dense pour peser sur le marché corporate, les congrès et la clientèle affaires. Le Mövenpick, avec son emplacement au cœur du quartier d’affaires et sa taille intermédiaire, coche précisément cette logique de plateforme urbaine. L’hôtel existe sous enseigne Mövenpick depuis 2014, après la reprise de l’ancien Husa Casablanca Plaza.

Mais le vrai sujet n’est peut-être pas la vente. C’est ce qui se passerait après.

Après ces acquisitions en série, plusieurs professionnels du secteur racontent déjà des complexités dans certains établissements marocains récemment absorbés par Pickalbatros. Les difficultés ne porteraient pas tant sur les actifs eux-mêmes que sur le choc culturel entre deux manières de gérer un hôtel.

D’un côté, des équipes marocaines ou internationales habituées à des standards plus souples, plus lifestyle, plus proches de la culture Accor ou des codes classiques de l’hôtellerie haut de gamme. De l’autre, la méthode Pickalbatros qui consiste en une centralisation forte, un contrôle serré des dépenses, un reporting quotidien, une standardisation des achats et une obsession des coûts fixes.

Plusieurs managers décrivent en privé ce qu’ils appellent l’esprit pharaon, une gouvernance très verticale, peu portée sur la concertation, où les décisions descendent vite et se discutent peu. Dans certains hôtels déjà acquis, des frictions seraient apparues avec des directeurs historiques, des chefs de département ou des équipes commerciales qui supportent mal une gestion perçue comme brutale et très comptable.

Le reproche revient souvent d’un Pickalbatros qui sait acheter, rénover et remplir. Mais beaucoup s’interrogent encore sur sa capacité à préserver l’âme d’un hôtel haut de gamme lorsqu’il applique ses recettes de volume et de rendement. La question est particulièrement sensible à Casablanca, où le Mövenpick ne vit pas de tourisme balnéaire ou de packages familiaux, mais d’une clientèle d’affaires plus exigeante, plus fidèle et moins tolérante aux économies visibles.

Car le risque est là. Vouloir faire du cinq étoiles au prix du trois étoiles. Réduire les coûts sur les équipes, la restauration, la maintenance ou les services peut rapidement détériorer une adresse dont la valeur repose justement sur la constance et la qualité perçue. À court terme, la rentabilité grimpe. À moyen terme, l’image s’use.

Le paradoxe est d’ailleurs frappant. Pickalbatros arrive au Maroc comme un cost killer très offensif, au moment où une partie du marché marocain essaie au contraire de remonter en gamme avant la Coupe du monde 2030. La tentation existe donc de faire vite, d’acheter beaucoup, de rénover au minimum et de standardiser partout. Mais Casablanca n’est ni Hurghada ni Sharm el-Sheikh. Ce qui fonctionne dans un resort balnéaire de masse ne fonctionne pas forcément dans un hôtel d’affaires urbain.

Pour l’instant, il faut donc rester prudent. Le dossier Mövenpick n’est pas confirmé. Mais une chose est sûre, si l’opération se concrétise, ce ne sera pas seulement un changement d’actionnaire. Ce sera un test grandeur nature. Celui de la capacité de Pickalbatros Hotels & Resorts à prouver qu’il peut faire autre chose qu’acheter des murs et couper dans les coûts. À Casablanca, on ne jugera pas uniquement le nouveau propriétaire sur ses investissements. On le jugera sur ce qu’il laissera ou non de l’identité de l’hôtel.

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