À Saïdia, les professionnels du voyage ont opéré un choix sans ambiguïté. Réunis en assemblée générale ordinaire, les membres de l’Association des agences de voyages de l’Oriental ont élu à une très large majorité Mounir Kaddiji à leur présidence, avec 18 voix sur 20 votants. Un score net.
Directeur général de l’agence Oumacine Voyages et jusqu’ici trésorier de l’association, Kaddiji hérite d’une structure validée sans réserve via rapports moral et financier adoptés à l’unanimité, mais confrontée à des fragilités persistantes de désintermédiation accélérée, pression sur les marges et montée d’une concurrence informelle qui échappe aux cadres réglementaires.
Dans sa première déclaration, le nouveau président évite toute rhétorique convenue. Il parle d’un «mandat de responsabilité», appelant à une recomposition collective du secteur. En d’autres termes, les agences de voyages, longtemps pivot de la chaîne de valeur touristique, voient leur rôle contesté par les plateformes numériques et les opérateurs non structurés. Dans l’Oriental, cette mutation est d’autant plus brutale qu’elle se conjugue à une saisonnalité marquée et à une dépendance encore forte à certains marchés émetteurs.
Kaddiji place ainsi la lutte contre la «concurrence déloyale» au cœur de son agenda. Un terme souvent galvaudé, mais qui recouvre ici les pratiques précises de vente de prestations sans agrément, de contournement des obligations fiscales, ou encore d’offre de transport touristique non déclarée. Autant de distorsions qui fragilisent un tissu de PME déjà sous-capitalisées.
L’autre ligne de fracture identifiée est financière. Le nouveau bureau interpelle explicitement les institutions bancaires, pointant des conditions d’accès au crédit jugées inadaptées aux cycles du secteur touristique. La demande consiste en des produits financiers calibrés pour accompagner l’investissement, la digitalisation et la montée en gamme des services. Sans cet ajustement, préviennent plusieurs opérateurs, la perspective nationale d’un tourisme à haute valeur ajoutée risque de se heurter à un déficit d’outillage local.
Car l’horizon, lui, est ambitieux. Le Maroc se prépare à accueillir des échéances internationales majeures, au premier rang desquelles la Coupe du Monde 2030. Pour les agences de voyages, ces événements impliquent une capacité logistique, commerciale et technologique à la hauteur des standards internationaux. Dans cette équation, leur rôle d’interface, entre offre territoriale et demande internationale, redevient stratégique, à condition d’être consolidé.
Un élément distingue toutefois cette élection, c’est certainement le profil du président. Parallèlement à ses nouvelles fonctions, Kaddiji dirige également la structure régionale du transport touristique. Une double casquette qui pourrait, selon plusieurs observateurs, favoriser une convergence opérationnelle entre deux segments souvent cloisonnés, soit la distribution et la mobilité. Ce continuum de service est précisément ce qui manque aujourd’hui à l’Oriental pour structurer des produits touristiques compétitifs à l’échelle internationale.
Reste à dire que la nouvelle gouvernance de l’association sera jugée sur sa capacité à dépasser le simple plaidoyer pour produire des mécanismes concrets à travers la mutualisation des offres, la normalisation des pratiques et l’intégration effective dans les circuits internationaux.
En filigrane, c’est une question de crédibilité qui se joue. Celle d’un secteur appelé à redevenir localement structurant dans l’économie régionale, mais qui doit, pour cela, se réinventer sans attendre.





