Au siège du Conseil Régional du Tourisme de Casablanca-Settat, la réunion du conseil d’administration tenue ce jeudi 21 mai était généralement consacrée au debrief des résultats 2025, la préparation de l’Assemblée Générale Ordinaire, l’organisation d’une Assemblée Générale Extraordinaire pour la révision des statuts et lancement du processus électoral du futur bureau 2026-2028. Un palmarès honorable dont le CRTCS a bien su mener à bien, contribuant efficacement à son repositionnement dans une région appelée à devenir l’un des principaux moteurs du tourisme marocain à l’horizon 2030.
Et il était temps, car depuis plusieurs années, le Conseil Régional du Tourisme de Casablanca-Settat évoluait dans une équation complexe. D’un côté, la région concentre le premier bassin économique du Royaume, le plus grand hub aérien national, la majorité des sièges d’entreprises, la plus forte densité MICE du pays et une offre culturelle, sportive et événementielle en forte mutation. De l’autre, Casablanca souffrait encore d’un déficit d’image touristique structuré, souvent réduite à son rôle de ville d’affaires ou de plateforme de transit.
Le conseil d’administration du 21 mai semble précisément vouloir rompre avec cette lecture restrictive.
Le rapport d’actions 2025 présenté aux administrateurs montre d’ailleurs que cette évolution commence à se traduire par des mécanismes opérationnels plus concrets : campagnes digitales segmentées, structuration d’offres thématiques, montée en puissance du MICE, activation des marchés africains et européens, mais aussi tentative de territorialisation plus fine de l’offre régionale.
Les documents internes révèlent surtout une rupture méthodologique importante. Jusqu’ici, les campagnes touristiques régionales restaient largement centrées sur la notoriété générale de la destination. Le CRTCS cherche désormais à muter vers une logique plus orientée business et conversion. Le principe présenté dans le rapport l’explique aisément. Il consiste, en effet, à promouvoir directement les offres des professionnels, créer des pages thématiques dédiées, intégrer des call-to-action et générer des retombées commerciales mesurables pour les opérateurs locaux. Ce qui rapproche progressivement le CRTCS des modèles internationaux de « destination management », où les organismes touristiques deviennent plutôt des canaux de mise en marché.
Les campagnes s’appuient sur des segments précis : tourisme sportif, week-ends premium, bien-être, golf, patrimoine, tourisme rural, loisirs familiaux ou encore MICE.
La CAN 2025 aura permis au CRTCS de cibler simultanément les marchés africains, les supporters des pays participants, les voyageurs domestiques, les agences de voyages et les médias spécialisés. Les premiers indicateurs avancés dans le rapport montrent une volonté assumée d’entrer dans une culture de performance digitale : plus de 12,6 millions d’impressions et 4,8 millions de vues pour la campagne africaine CAN25.
Même logique pour la campagne nationale autour de la CAN, où les indicateurs de portée, clics et engagement sont désormais suivis de manière détaillée. Cela peut sembler banal dans les standards internationaux, mais pour un CRT marocain, cette montée en sophistication des métriques traduit une évolution réelle vers une gestion davantage pilotée par les données.
Le changement le plus tendance concerne probablement le tourisme rural, longtemps resté marginal dans la stratégie de Casablanca-Settat.
Le CRTCS a engagé un travail de recensement et de digitalisation de 207 points d’intérêt ruraux avec création de sites dédiés, intégration sur visitcasablanca.ma, développement de réseaux sociaux propres et accompagnement des opérateurs concernés.
Aussi, cette initiative démontre une prise de conscience importante où la région Casablanca-Settat ne peut plus se limiter à l’image d’une métropole d’affaires. Elle doit désormais valoriser ses périphéries, ses expériences nature, ses circuits courts, ses patrimoines locaux et ses territoires secondaires si elle veut allonger les durées de séjour et diversifier ses flux.
Les premiers résultats annoncés donnent une idée de l’ampleur du potentiel : plus de 2,2 millions d’impressions générées pour la campagne rurale et près de 63 000 visites sur la rubrique “Nature et Découvertes” du portail régional.
Le site visitcasablanca.ma devient lui aussi un outil plus stratégique qu’auparavant. Les nouvelles landing pages créées autour de la CAN25 ou des week-ends montrent que le CRTCS tente désormais d’utiliser ses supports numériques comme des plateformes de conversion commerciale et non plus comme de simples vitrines institutionnelles.
Cette évolution rejoint précisément les nouvelles logiques mondiales du tourisme territorial. Aujourd’hui, les destinations qui performent ne vendent plus uniquement des chambres d’hôtel ou des monuments. Elles organisent des écosystèmes complets capables de produire du flux toute l’année : événements, contenus digitaux, expériences urbaines, gastronomie, sport, industries créatives, affaires et mobilité internationale. Casablanca commence progressivement à entrer dans cette logique.
Les événements programmés pour 2026 traduisent clairement cette volonté de structuration continue du territoire. Le Forum Interactif du Tourisme prévu autour du thème « Casablanca Métropole Touristique Mondiale à l’Horizon 2030 » ambitionne explicitement d’installer une vision régionale commune et de mobiliser élus, opérateurs, entreprises publiques, universitaires et acteurs du marketing territorial.
Le futur Forum Africain du Tourisme pousse encore plus loin cette orientation continentale avec une thématique centrée sur l’entrepreneuriat touristique africain porté par la jeunesse et l’innovation. Là encore, le message est que Casablanca cherche à se positionner comme plateforme régionale africaine, pas uniquement comme destination domestique.
Le volet MICE constitue probablement l’un des axes les plus stratégiques du dispositif. Le projet “MICE Meetings Casablanca 2026” prévoit notamment 45 stands dédiés aux professionnels, des plateformes B2B, des speed meetings avec des hosted buyers internationaux ainsi qu’un programme scientifique structuré.
Ce point est central car Casablanca possède encore un potentiel sous-exploité sur le tourisme d’affaires malgré ses infrastructures aériennes, hôtelières et corporate. Contrairement à Marrakech, la ville dispose d’un tissu économique naturel capable de générer des flux professionnels permanents, mais souffre encore d’un déficit d’orchestration événementielle internationale.
Les retombées observées autour de certaines opérations donnent néanmoins des signaux intéressants. L’exemple de la convention italienne Welcome Travel Group constitue probablement l’un des cas les plus parlants du rapport : plus de 1 500 professionnels accueillis, plus de 4 500 nuitées générées, mobilisation de plus de 18 hôtels entre Casablanca et Bouznika et un taux d’occupation hôtelier de 76 % en avril 2025, soit +17 points par rapport à la moyenne observée entre janvier et août.
Autre signal fort demeure, certainement, l’intensification des workshops et éductours internationaux. Le rapport mentionne huit opérations sur huit marchés étrangers différents couvrant notamment l’Italie, la France, le Royaume-Uni, la Corée, le Japon, l’Europe de l’Est ou encore les marchés panafricains.
Ce que tente progressivement le CRTCS ressemble de plus en plus à une stratégie globale de destination branding régional, où le tourisme devient un levier d’attractivité économique, culturelle et internationale.
Casablanca possède objectivement plusieurs avantages rarement réunis dans une même métropole africaine : connectivité aérienne, puissance économique, densité hôtelière, positionnement continental, infrastructures sportives, écosystème corporate et capacité d’accueil événementielle.
Le CRTCS semble désormais vouloir inscrire Casablanca-Settat dans cette logique de temps long.





