En marge de sa participation à l’IFTM Top Resa 2026, le Conseil régional du tourisme de Casablanca-Settat remet au premier plan deux segments qui correspondent assez naturellement à l’ADN de la métropole : le MICE et le City Break.
Le pari est désormais clairement formulé. Le CRTCS travaille sur une montée en puissance du tourisme d’affaires, des congrès, incentives et événements professionnels, tout en cherchant à convertir Casablanca en destination de courts séjours urbains. L’objectif avancé en juin 2026 par son président, Othmane Cherif Alami, est particulièrement ambitieux, consistant à faire passer les nuitées de quelque 6 millions actuellement, en incluant l’hébergement hôtelier et les appartements meublés, à 12 millions à l’horizon 2030-2035.
Bien sûr, entre le potentiel et la réalité, il reste un marché à construire. Casablanca n’a pas besoin d’être artificiellement transformée en ville d’affaires, elle l’est depuis longtemps déjà. Elle concentre sièges sociaux, banques, assurances, industries, cabinets de conseil, organismes professionnels, administrations économiques, les grandes DMC du Maroc et une importante communauté d’affaires africaine. Et c’est justement là que le MICE devient stratégique.
Le Maroc dispose d’une infrastructure hôtelière internationale à Casablanca qui permet déjà d’accueillir des réunions, conventions, incentives et événements de taille intermédiaire. Le Hyatt Regency, par exemple, dispose de quelque 2 500 m² d’espaces événementiels et d’une salle Arena de 900 m² annoncée pour des conférences, conventions et expositions jusqu’à 700 personnes.
Le Four Seasons Hotel Casablanca propose de son côté environ 1 150 m² d’espaces événementiels, dont une ballroom de 580 m² pouvant accueillir jusqu’à 800 personnes en réception et 400 en banquet.
Le Barceló Anfa Casablanca dispose de huit salles modulables et d’une salle principale de 514 m² donnée pour jusqu’à 600 personnes en configuration théâtre.
Le Kenzi Tower complète ce dispositif avec onze salles de réunion, de 38 à 333 m², et des capacités allant jusqu’à 300 personnes selon les espaces.
Et d’autres, bien entendu…
Casablanca possède cependant une infrastructure souvent moins capitalisée dans le discours touristique, à savoir le Centre international de conférences et d’expositions de l’Office des Changes (CICEC). Situé à proximité des grands axes routiers et à 25 kilomètres de l’aéroport Mohammed V, le complexe s’étend sur 115 000 m². Il comprend notamment deux halls d’exposition de 5 000 m² chacun, un auditorium de 1 480 places, ainsi qu’un restaurant pouvant accueillir 400 personnes assises ou 800 debout. Donc, la métropole possède déjà une première architecture MICE. Ce qui lui manque encore, c’est une infrastructure emblématique capable de changer d’échelle et de rendre l’offre immédiatement lisible pour les grands organisateurs internationaux.
C’est la raison pour laquelle la perspective d’un futur grand palais des congrès conserve une importance stratégique. Othmane Cherif Alami estime que le futur palais et le parc des expositions ne devraient pas être opérationnels avant 2030, tout en considérant que l’existant peut être davantage exploité dans l’intervalle. Nuance toutefois, il ne faut pas attendre 2030 pour commercialiser Casablanca.
L’aéroport Mohammed V a dépassé 11,5 millions de passagers en 2025, contre 10,5 millions en 2024, soit une progression de 9,3 %. Il représentait environ 31 % du trafic aéroportuaire national. Le réseau de Royal Air Maroc renforce cette fonction de porte d’entrée, notamment vers l’Afrique, l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud. Le réseau officiel de la compagnie recense notamment Montréal, New York, Toronto, Washington, Miami, São Paulo, ainsi qu’un important maillage européen et africain au départ de Casablanca. Pour le MICE africain, c’est probablement l’un des actifs les plus novateurs de Casablanca. Mais il serait imprudent de transformer cette connectivité en argument absolu.
L’aéroport Mohammed V connaît lui-même une phase de transformation. L’ONDA a instauré à partir de l’hiver 2025-2026 un plafond annuel de 96 000 mouvements, dont 16 000 mouvements de nuit, dispositif appelé à être réévalué après les travaux.
Le second chantier est encore plus délicat. Pendant des décennies, Casablanca a surtout été consommée comme une ville de transit pesant une nuit avant Marrakech, une étape professionnelle, un passage obligé par Mohammed V ou un déplacement d’affaires. Or la métropole possède une matière touristique singulière, qui ne ressemble ni à Marrakech ni à Agadir.
Son avantage réside dans son urbanité. Médina, architecture Art déco, Habous, patrimoine du XXe siècle, Mosquée Hassan II, Corniche, gastronomie, shopping, vie nocturne, galeries, musées, design, street art et culture contemporaine constituent un produit urbain qui peut fonctionner sur 48 ou 72 heures. L’ONMT lui-même présente désormais Casablanca autour de cette combinaison entre modernité, patrimoine, océan, architecture et vie culturelle.
Le portail officiel du CRTCS décline d’ailleurs des circuits consacrés à la Médina, au centre-ville, à l’art, aux musées, aux galeries, aux Habous et à plusieurs destinations de la région Casablanca-Settat.
L’autre force de la stratégie établie par le CRTCS consiste à ne pas réduire Casablanca au seul périmètre urbain. En effet, le site du Conseil intègre désormais Casablanca, El Jadida, Benslimane, Mohammedia, Settat, Azemmour, Oualidia et Bouznika dans une même destination régionale. Donc, congrès à Casablanca, incentive sur le littoral, golf, gastronomie, patrimoine à El Jadida, escapade à Azemmour, nature ou activités balnéaires.
Faut-il le rappeler, le CRTCS a commencé à travailler dans cet objectif. Le MICE Meeting Casablanca 2026, programmé les 26 et 27 novembre, se présente précisément comme une plateforme B2B destinée à connecter professionnels régionaux et acheteurs nationaux et internationaux. Cette démarche permet inévitablement de tester la capacité réelle de l’écosystème à transformer des rendez-vous en contrats.
Néanmoins, le discours sur le City Break ne peut pas contourner la question de la ville elle-même. Driss Benhima, ancien ministre, ancien directeur général de Royal Air Maroc et ancien wali du Grand Casablanca, a justement insisté en juillet 2026 sur plusieurs faiblesses : déficit d’animation culturelle régulière, circulation, valorisation de la Corniche, attractivité de certains espaces patrimoniaux et nécessité d’une identité touristique plus claire.
Exemples : La Corniche n’est pas uniquement une façade maritime. Elle peut devenir un espace d’événementiel. La Mosquée Hassan II n’est pas seulement un monument emblématique. Elle constitue un élément fort d’un parcours de découverte, dans le respect évidemment de ses règles de visite et de sa vocation religieuse. Le musée, la galerie, le design, le street art et la création contemporaine peuvent compléter ce dispositif. Comme quoi, le véritable produit MICE de Casablanca doit donc être la ville elle-même.
Casablanca dispose d’un avantage rare : elle n’a pas à attendre 2030 pour commencer. L’aéroport existe. Les hôtels existent. Les salles existent. Le CICEC existe. Les entreprises existent. Le tissu économique existe. Le réseau aérien existe. Une partie du produit touristique existe déjà.
Après plusieurs années de campagnes autour du positionnement « Business and Chill », le CRT poursuit désormais une logique de prospection B2B, de Hosted Buyers et de présence spécialisée. À l’IFTM 2026, Visit Casablanca annonçait notamment la prochaine édition du MICE Meeting Casablanca et son dispositif de Hosted Buyers internationaux. Le MICE peut apporter la demande internationale régulière. Le City Break peut apporter les séjours de loisirs. Le Bleisure peut faire le lien entre les deux. Et le futur palais des congrès peut, à terme, permettre de changer d’échelle.
Et à l’heure où Casablanca prépare déjà le marché de 2030, qui va les assembler en produits commercialisables, avec quels moyens, quels objectifs chiffrés, quels marchés prioritaires et quels résultats vérifiables ?





