(Communiqué de presse)
Matisse Art Gallery abrite une exposition exclusive, en marge de la Foire artistique 1.54, dédiée aux regards croisés de trois maîtres figuratifs, André Derain (1880-1954), l’un des pères du fauvisme, Mohamed Drissi, né il y a 80 ans (1946-2003), chantre de référence de l’expressionnisme marocain, et Abderrahim Iqbi (1971), initiateur d’une nouvelle interprétation du corps comme lecture d’un univers forcément dramatique et absurde.
Les hasards d’une collection peuvent conduire à une confrontation des regards artistiques sur une thématique identique, autant que chaque interprétation traduit un contexte social et culturel. Et celle du corps féminin est certainement une formidable inspiratrice pour trois créateurs que tout sépare pourtant, autant l’espace géographique qu‘un presque siècle et demi d’évolution de l’art
A priori, André Derain, Mohamed Drissi et Abderrahim Iqbi ne partagent donc rien, ni leur cheminement et leur période d’existence, ni leurs influences, leurs parcours. Ils ne partagent même pas les intentions de leur représentation.
Ils se confrontent simplement à travers notre regard de galeriste autour d‘un thème figuratif réimmiscent, le corps de la femme.
Sans doute, peut-on imaginer que Mohamed Drissi et Abderrahim Iqbi ont dû contempler au cours leurs études (les beaux-arts à Tétouan pour l’un, la linguistique et la littérature pour l’autre), les œuvres de Derain tout comme celles de Matisse, son complice, notamment un portrait envoûtant de la « Danseuse » ou « Femme en Chemise », dont les traits anguleux et es yeux proéminents ont pu les inspirer dans leurs propres compositions.
Mais les dessins et esquisses de l’artiste français dans la présente exposition illustrent davantage son retour à un certain classicisme, après son engouement bref mais dense pour le cubisme.
Ils contrastent donc brutalement avec la violence de l’interprétation des deux artistes marocains. Pour ceux-ci, leur vision prend vraisemblablement sa source dans le contexte culturel des interdits et conflits liés à la différence des genres dans lequel ils ont grandi, et leur besoin de transgresser un ordre à la fois moral et esthétique.
Le corps féminin représenté devient sous leur pinceau un livre de revendication, de provocation mais aussi d’amertume, un recueil de poésies qui ne se prive ni d’autodérision chez M. Drissi, ni d’ironie cruelle chez A. Iqbi.
Dans les trois visions proposées, il reste que le corps féminin se lit plus comme l’expression d’un fantasme de l’âme et d’une intention souvent éloignée d’une contemplation érotisée ou de l’expression exaltée d’une sensualité.
Les corps vus par André Derain sont sages, simples, sereins, presque rigoureux. Ils deviennent davantage une ode à la forme à la liberté plastique qu’un appel au désir. Les corps chez Mohamed Drissi souvent exaltés par la déformation parlent eux d’une humanité inquiète, d’une relation angoissante avec le monde.
Les personnages de Abderrahim Iqbi montrent leur nudité comme une contestation des normes et deviennent sous notre regard des actrices ectoplasmiques échappant avec une ironie cruelle à tout archétype.
Nous invitons le public à cette confrontation particulière, qui reste cependant une illustration de la richesse inspirante du sujet féminin chez les peintres et de sa signification comme symbole de la liberté artistique tant sur la plan esthétique qu’émotionnel et intellectuel.



