Faut-il, si l’on veut et peut, attirer les compagnies aériennes low-cost à Casablanca ? Quelle place la métropole entend-elle occuper dans la nouvelle géographie du tourisme international à l’horizon 2030 ?
Dans toutes les grandes destinations urbaines, le transport aérien, adducteur incontournable de mobilité, est devenu un outil de politique économique, un accélérateur de compétitivité et un puissant moteur de développement territorial. D’ailleurs, Barcelone, Lisbonne, Porto, Budapest, Athènes, Marseille ou encore Istanbul ont bâti une partie de leur croissance touristique sur une stratégie aérienne articulant compagnies traditionnelles, transporteurs low-cost et politique volontariste de développement des destinations.
Casablanca dispose aujourd’hui d’une riche panoplie d’atouts pour rejoindre ce cercle, à condition que les pouvoirs publics cessent de considérer les compagnies low-cost comme un simple apport de trafic et les intégrer dans une stratégie globale de création de valeur.
L’aéroport Mohammed V constitue déjà la principale porte d’entrée aérienne du Royaume. Avec une progression continue du trafic et les investissements programmés dans le cadre de la stratégie « Aéroports 2030 », Casablanca est appelée à renforcer son statut de plateforme continentale. Dans le même temps, le contrat-programme de Royal Air Maroc prévoit une montée en puissance spectaculaire de la flotte afin de consolider le rôle du Royaume comme hub entre l’Europe, l’Afrique, les Amériques et, progressivement, l’Asie.
Sans doute, cette dynamique modifie profondément les équilibres. Contrairement à une idée encore répandue, les compagnies low-cost et les compagnies traditionnelles ne poursuivent pas les mêmes objectifs économiques. Les premières excellent sur les flux européens de proximité, les voyages de loisirs, les courts séjours et les déplacements spontanés. Les secondes développent les correspondances internationales, les marchés affaires, les vols long-courriers et les connexions intercontinentales.
C’est-à-dire que leur coexistence ne constitue pas une contradiction, amis devenue la norme dans les grands hubs mondiaux.
Pour Casablanca, cette complémentarité représente une opportunité et un pot aux roses dans l’histoire récente de son développement touristique.
Pendant plusieurs décennies, Casablanca avait surtout la vocation d’une ville de passage. On y transitait pour rejoindre Marrakech, Fez, le désert ou les stations balnéaires. Aujourd’hui, cette logique montre ses limites. Le voyageur européen a profondément changé. Les études de marché montrent une progression continue des courts séjours à Casablanca de deux à trois nuits, bien que pas encore favorisés par les billets à bas prix, les réservations mobiles et la multiplication des liaisons low-cost directes.
Dans cette économie du « city break », la destination Casablanca vend un patrimoine exceptionnel, une expérience complète, architecture, gastronomie, vie nocturne, événements, shopping, mobilité simple, sécurité, animation culturelle et facilité d’accès.
La Mosquée Hassan II demeure l’un des monuments les plus emblématiques du continent. Son patrimoine Art déco est l’un des ensembles urbains les plus importants hors d’Europe. La Corniche connaît une profonde mutation. La scène gastronomique s’enrichit d’établissements innovants. Les espaces culturels se multiplient. Le tramway améliore progressivement la mobilité urbaine tandis qu’Al Boraq ouvre des perspectives inédites vers Rabat et Tanger, dans la perspective de rallier bientôt Marrakech, etc.
Le problème n’est donc plus celui des ressources. Il est celui de leur mise au-devant. C’est probablement le principal enseignement que les décideurs publics devraient retenir. Car les touristes internationaux n’achètent pas une addition de prestations. Ils achètent une promesse de séjour.
Or Casablanca continue d’être commercialisée de manière fragmentée. Les compagnies aériennes vendent un vol. Les hôtels vendent une chambre. Les musées communiquent séparément. Les restaurateurs développent leur propre stratégie. Les collectivités portent leur propre promotion.
Cette juxtaposition d’initiatives réduit considérablement la compétitivité de la destination. À l’inverse, les métropoles européennes les plus performantes proposent une offre intégrée où le billet d’avion devient la porte d’entrée d’une expérience globale. Cette évolution devrait inspirer les forces vives et mes bonnes volontés de Casablanca. Pourquoi pas, du moment qu’il en existe vraiment ?
Pour davantage de nuitées, un meilleur taux d’occupation hôtelier, une hausse du RevPAR, davantage de repas consommés, une fréquentation accrue des commerces, plus de taxis, de tramways et de trains utilisés, davantage de visites culturelles, davantage d’emplois créés, davantage de recettes fiscales, etc.
C’est précisément cette logique de « multiplicateur économique » que le CRT Casablanca-Settat souhaite placer au cœur du débat public. A vrai dire, son approche mérite d’être entendue, car elle déplace la discussion d’une logique quantitative vers une logique de création de richesse.
L’expérience internationale montre également que les compagnies low-cost ne constituent pas une solution miracle. Barcelone, Amsterdam, Venise ou Dubrovnik illustrent les dérives possibles lorsqu’une croissance du trafic n’est pas accompagnée d’une véritable gouvernance. Pression immobilière. Saturation des espaces publics. Développement anarchique des locations touristiques. Dégradation de l’expérience des visiteurs. Affaiblissement de la qualité urbaine…
Fort heureusement, Casablanca dispose aujourd’hui d’un avantage précieux : elle peut anticiper ces risques avant qu’ils ne deviennent structurels. Cela suppose un pilotage exigeant fondé sur des indicateurs précis, une régulation de l’hébergement touristique, une amélioration continue de l’espace public et une stratégie assumée de montée en gamme.
La perspective de la Coupe du Monde 2030 offre une fenêtre d’opportunité exceptionnelle. Cela suppose des produits touristiques prêts à être commercialisés, des packages intégrés avec les compagnies aériennes, un Casablanca Pass numérique, une meilleure articulation avec Al Boraq et une gouvernance réunissant l’ensemble des acteurs publics et privés autour d’indicateurs communs de performance. Une décision qui engage l’avenir économique de la métropole
Le débat sur les compagnies low-cost dépasse largement les intérêts du secteur touristique. Il concerne l’attractivité des investissements internationaux, l’organisation des congrès, le développement des industries créatives, l’accueil des talents, la compétitivité des entreprises et le rayonnement international de Casablanca.
Casablanca with love..






