Après près de quatorze ans de fermeture, Habs Qara, l’un des sites les plus singuliers de la cité impériale de Meknès, doit prochainement retrouver les visiteurs. La fermeture obéissait à des exigences. En effet, les travaux engagés depuis la période du Covid ont notamment porté sur la consolidation de maçonneries et de couloirs fragilisés, dans un environnement souterrain où l’humidité constitue une contrainte technique importante. En 2025, le site n’était toutefois pas encore achevé à 100 %.
L’intérêt touristique de cette réouverture est réel, mais il ne réside pas dans le spectaculaire chiffre traditionnellement associé à Kara des 40 000 prisonniers. Ce nombre appartient au récit légendaire du monument. Le CPT Meknès présente lui-même une autre lecture selon laquelle la structure pourrait avoir été conçue à l’origine comme un vaste espace de stockage, comparable par son architecture aux greniers de Hri Souani, puis utilisée temporairement comme prison.
C’est finalement cette ambiguïté qui retient l’attention. Sachant que Kara ne doit pas être reléguée à une attraction folklorique racontant une histoire simplifiée de « prison géante ». Au contraire, sa valeur réside dans le croisement entre architecture, histoire impériale, captivité, logistique militaire et légende urbaine.
Kara se trouve au cœur de la Kasbah ismaélienne, à proximité immédiate de la Koubat Al Khayatine et des principaux monuments de la ville impériale. (Visit Meknes) Sa réouverture peut donc compléter un parcours patrimonial cohérent plutôt que constituer une attraction isolée.
Selon les professionnels locaux, Kara doit disposer d’un parcours sécurisé, d’une signalétique précise et surtout d’une médiation historique multilingue. Les visiteurs doivent savoir ce qui est établi, ce qui est probable et ce qui relève de la légende. C’est justement ici que se jouera la réussite de la réouverture.
Kara possède déjà le mystère. Meknès n’a pas besoin d’en rajouter. Elle a besoin d’exploiter ce mystère en produit culturel sérieux, identifiable et économiquement connecté au reste de la destination.
A espérer que la réouverture sera accompagnée de la capacité de Meknès à capitaliser son patrimoine exceptionnel, inscrit à l’UNESCO depuis 1996, en véritable économie touristique…





