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Tourisme marocain : Le « projet » avance, mais son exécution fera la différence

La stratégie touristique marocaine va dans la bonne direction : elle traite enfin le tourisme comme une industrie stratégique à part entière, et non comme une juxtaposition de textes consacrés aux hôtels, agences, guides, etc.
Une gouvernance à moderniser
La commission interministérielle, une meilleure articulation ONMT-SMIT, l’Observatoire du tourisme et le rôle accru des régions et communes constituent une architecture cohérente, proche de modèles développés notamment en Espagne et en Thaïlande.
La formalisation de l’hébergement informel est également un progrès important : numéro d’enregistrement simple et gratuit, intégration des meublés et locations de courte durée, et possibilité pour les plateformes de collecter la taxe.
Mais le numérique pourrait aller beaucoup plus loin. Le Maroc gagnerait à s’inspirer de l’Espagne avec un Tourism ID national unique, partagé entre communes, ministère, plateformes, fiscalité et statistiques, avec transmission automatisée des données.
Même logique pour la simplification administrative : guichet unique des CRI, télédéclaration unique et interdiction de demander deux fois la même autorisation.
Un principe devrait être clairement inscrit : « once only ». Une entreprise touristique ne devrait fournir une même donnée qu’une seule fois à l’administration.
Investir dans les destinations, pas seulement dans les projets
Le volet investissement est pertinent : foncier touristique, PPP, OPCI et meilleure visibilité sur les capacités et les besoins.
Le Maroc pourrait toutefois reprendre davantage de la Turquie: des zones touristiques clairement identifiées, avec master plan, foncier, infrastructures, appels à investisseurs, calendrier de réalisation et mécanismes de reprise ou de sanction en cas de non-réalisation.
La durabilité est également bien présente, notamment autour de l’eau, de la réutilisation des eaux usées, de la capacité de charge et du patrimoine. Il faudrait y intégrer plus clairement l’énergie, le carbone et l’adaptation climatique.
Autre enseignement turc intéressant : une certification durable progressive, avec plusieurs niveaux, plutôt qu’une norme uniforme. Un petit riad ne peut être soumis aux mêmes exigences qu’un resort de 500 chambres.
Changer d’indicateurs
Le projet doit surtout raisonner davantage en termes de destination. Marrakech, Agadir, Essaouira, Tanger ou Chefchaouen ne rencontrent ni les mêmes contraintes ni les mêmes enjeux. Les outils et les KPI doivent donc pouvoir varier selon les territoires.
Il faut également passer progressivement d’un tourisme de volume à un tourisme de valeur : ne plus mesurer seulement les arrivées, mais aussi la dépense par touriste, la valeur ajoutée locale, la durée de séjour, la saisonnalité, l’emploi, la satisfaction des habitants, la consommation d’eau par nuitée et la pression sur le logement.
D’où l’intérêt de créer un véritable « Tourism Data Space Maroc », réunissant données hôtelières, locations, plateformes, transport, fréquentation, prix, eau et emploi. L’Espagne développe précisément ce type d’approche nationale de la donnée touristique.
Enfin, l’obligation d’évaluer les politiques publiques à travers un rapport annuel, des délais pour les textes d’application et une évaluation après trois ans constitue un bon principe.
Les six priorités
Si six améliorations devaient être retenues, elles seraient les suivantes :
  1. Tourism ID national unique, avec plateforme et API nationales.
  2. Principe « once only » pour les démarches administratives.
  3. Véritables DMO/offices de destination, dotés de budgets, compétences et KPI.
  4. Zones d’investissement touristique avec foncier, master plan et obligations de réalisation.
  5. Certification durable progressive, sur le modèle turc.
  6. Pilotage par la valeur et la capacité de charge, et non par le seul nombre d’arrivées.
L’exécution sera le véritable test
Le principal risque reste celui de l’exécution. Une loi ne peut pas reposer uniquement sur des formulations telles que « l’État encourage », « l’État veille » ou « l’État favorise ».
Chaque grande ambition devrait avoir un responsable identifié, un calendrier, un KPI et un mécanisme de contrôle.
En résumé, le projet est moderne dans ses intentions. L’Espagne, la Türkiye et la Thaïlande montrent surtout comment transformer ces intentions en dispositifs opérationnels. Les recommandations de l’OCDE vont d’ailleurs dans le même sens : gouvernance multiniveaux, gestion des destinations, données numériques, simplification réglementaire et tourisme davantage orienté vers la valeur et la résilience.
By CAA Aziz Chérif Alami co IA Assistance

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