CA de la SMIT: Quand l’information est là et que son détail fait défaut…

A la lecture du dernier communiqué de la SMIT, relatif à la tenue de son Conseil d’administration à Rabat le 17 décembre 2025, on sent que l’information demeure largement incomplète malgré le belles annonces. On dirait même de l’opacité.

Le chiffre est répété, repris, relayé : 43 000 nouveaux lits créés, portant la capacité nationale à plus de 304 000 lits. En apparence, c’est très réconfortant. En pratique, ce chiffre pose davantage de questions qu’il n’apporte de réponses.

Aucune ventilation territoriale n’est fournie. Dans quelles régions exactement ces lits ont-ils été créés ? Dans quelles villes ? Dans quelles zones touristiques, littoral comme montagne, désert, urbain et rural ?

L’absence de cartographie précise empêche toute lecture complète. Or, dans notre pays où les déséquilibres territoriaux de l’offre touristique sont connus, ne pas localiser l’investissement revient à neutraliser son impact analytique.

Mais de quels lits parle-t-on réellement ? Plus problématique encore, la nature même de ces 43 000 lits n’est jamais précisée.

Aucune distinction claire n’est faite entre l’hôtellerie classée (5*, 4*, 3*), les résidences touristiques, les maisons d’hôtes, les hébergements alternatifs ni non plus les projets intégrés ou diffus. Du moment qu’un lit en hôtel urbain 5* n’a ni le même coût, ni la même rentabilité, ni le même impact en emploi qu’un lit en écolodge rural. Du coup, l’agrégation brute gomme toute lecture économique sérieuse.

Et l’investissement? Là encore, silence total sur les coûts réels… En effet, le communiqué ne fournit aucune indication financière précise sur l’investissement global mobilisé, le coût moyen par lit ni celui par chambre, et aucune différenciation selon les catégories d’hébergement.

Or, pour les investisseurs lambda, les institutions financières, les analystes ou les collectivités territoriales, le coût par lit est un indicateur fondamental, permettant d’évaluer la soutenabilité des projets, leur compétitivité internationale et leur alignement avec les standards du marché.

Sans ces données, l’annonce reste macro-économique, abstraite et invérifiable.

Autre angle mort majeur du dit communiqué a évidemment trait au cycle de vie des projets.

Ce dernier ne précise pas combien de projets sont simplement autorisés, combien sont en construction, combien sont effectivement livrés et opérationnels.

En même temps, aucune indication n’est donnée ni sur la durée moyenne d’instruction, ni sur les délais entre autorisation et livraison et, ni non plus, sur les éventuels retards ou blocages.

Dans un contexte où les lenteurs administratives sont régulièrement pointées par les opérateurs, ce silence interpelle.

Qui exploite ces lits ? Là, la question de la gestion demeure entière car totalement absente. S’agit-Il alors d’une exploitation directe par le propriétaire ? D’une gestion confiée à un opérateur externe ? Quelles seraient les marques marocaines ? Quelles chaînes internationales ?

La SMIT indique dans son communiqué qu’elle accompagne plus de 1 500 projets d’animation touristique. Là encore, aucun détail structurant n’est fourni sur le taux de réalisation réel, les investissements moyens par projet, la viabilité économique, les emplois générés et l’impact mesurable sur la durée de séjour.

Le communiqué rappelle à juste titre la dynamique touristique et le rôle stratégique de la SMIT. Ok! Mais à l’heure où le Maroc ambitionne un positionnement touristique mondial, le niveau d’exigence informationnelle doit évoluer, n’est-ce pas ?

Pour la bonne raison que sans données précises sur les territoires, les catégories, les coûts, les délais et les modes de gestion, l’information annoncée dans ledit communiqué perd sa valeur opérationnelle. Elle devient déclarative, non exploitable et donc sans intérêt réel pour les acteurs professionnels.

À ce stade, les chiffres globaux ne suffisent plus. Ce qui est attendu aujourd’hui, ce sont des données détaillées, comparables, vérifiables, territorialisées…

Sans cela, même une annonce de 43 000 lits reste un chiffre nu. Et sans précision, l’information, aussi ambitieuse soit-elle, n’est plus une information.

A voir !

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