Les pluies historiques au Maroc ont influencé les vacances hivernales

Les précipitations abondantes qui ont touché le Maroc ces dernières semaines constituent, à l’échelle du pays, une excellente nouvelle stratégique malgré les dégâts causés et les désagréments sociaux constatés. Après plusieurs années de stress hydrique aigu, donc, les réserves en eau potable et les niveaux de barrages connaissent une amélioration significative. Dans certains milieux institutionnels, on évoque prudemment un horizon de plusieurs années de sécurité hydrique si les apports se maintiennent.

Mais cette séquence météorologique exceptionnelle a produit un effet moins commenté manifeste dans une perturbation sensible de la fréquentation touristique en janvier, notamment au départ de marchés européens classiques.

Le phénomène dénote t-il des fragilités du modèle touristique hivernal marocain, très dépendant des conditions climatiques perçues en Europe ?

Pour les marchés émetteurs que sont la France, le Royaume-Uni et l’Espagne, le Maroc est d’abord une destination soleil d’hiver. L’image dominante reste celle d’un climat sec, lumineux et stable, notamment sur Marrakech, Agadir ou le Sud.

Lorsque les bulletins météo européens diffusent des images de pluies continues à Marrakech, Casablanca ou Tanger, l’effet psychologique est immédiat par des reports de départs, raccourcissement de séjours, baisse des réservations de dernière minute.

Les professionnels du secteur ont noté plusieurs signaux concrets sur janvier à travers un ralentissement des ventes de city-breaks au départ de Paris, Londres et Madrid, des reports de voyages courts vers les Canaries ou le sud de l’Espagne, des hésitations sur les réservations de riads et maisons d’hôtes à Marrakech et un impact sur les circuits dans le désert, avec des routes parfois perturbées. Ce qui tend à dire que la perception météorologique influence la décision de voyage à court terme, même lorsque les pluies sont localisées ou temporaires.

Il serait toutefois exagéré de parler de recul massif. Les premières tendances indiquent surtout un tassement ponctuel.

Si le mois de janvier 2026 devait finalement égaler celui de janvier 2025 en termes de nuitées ou d’arrivées, la performance serait même remarquable compte tenu des conditions climatiques inhabituelles. Car la diversification des marchés (États-Unis, Moyen-Orient, Afrique), l’augmentation des liaisons aériennes low-cost, la montée en puissance du tourisme interne et la résilience des longs séjours et des télétravailleurs, en atténuent, en effet, l’impact.

Autrement dit, la pluie a surtout affecté le segment le plus volatil du court séjour européen de dernière minute.

Ce qui frappe dans cet épisode c’est le décalage entre la réalité nationale et la perception touristique.

Pour l’économie marocaine dans son ensemble, ces pluies sont une bénédiction : agriculture relancée, tension hydrique réduite, sécurité alimentaire renforcée, stabilité sociale accrue. Pour le tourisme d’hiver, elles créent un choc conjoncturel en brouillant l’image de destination ensoleillée.

Ce paradoxe consacre une dépendance persistante à un positionnement marketing simplifié d’un Maroc soleil garanti. Or, avec le changement climatique, les épisodes météorologiques extrêmes, sécheresses prolongées puis pluies intenses, risquent de se répéter. Le secteur touristique doit intégrer cette variabilité dans sa communication et son offre ? Pourquoi pas ?

Les opérateurs marocains ont parfois du mal à ajuster leur discours en temps réel.

Lors d’épisodes pluvieux, les réseaux sociaux et certaines chaînes étrangères diffusent des images spectaculaires d’inondations localisées et rues sous l’eau qui peuvent décourager les réservations.

Dans le même temps, peu de messages institutionnels viennent contextualiser : durée limitée des perturbations, ensoleillement maintenu dans d’autres régions, normalité des activités touristiques.

Un effort de communication de crise météo rapide, factuel et multilingue serait sérieusement à faire afin de limiter les annulations de dernière minute.

D’ailleurs, certaines destinations méditerranéennes concurrentes, comme les Canaries ou la Grèce, ont développé ce type de stratégie par bulletins météo touristiques, vidéos en direct, messages rassurants des professionnels.

C’est peut être aussi l’occasion de repenser le positionnement du Maroc en hiver. Plutôt que de vendre uniquement le soleil, le pays pourrait valoriser le tourisme bien-être et thermal, la gastronomie et les expériences culturelles, les paysages verdoyants après la pluie, les séjours longs pour télétravailleurs, le tourisme rural et de montagne. Pourquoi pas ? Les pluies transforment le paysage marocain des vallées verdoyantes, barrages remplis, agriculture relancée. Pour certains visiteurs, notamment européens du Nord, cette image d’un Maroc « vivant et fertile » peut être attractive.

Si janvier 2026 se situe au niveau de janvier 2025 malgré ces perturbations, ce sera un indicateur fort de la résilience du secteur. Cela signifiera que le tourisme marocain est capable d’absorber un choc climatique ponctuel sans perte structurelle.

À moyen et long terme, l’amélioration des ressources hydriques est une excellente nouvelle pour l’attractivité du Maroc. Un pays moins exposé au stress hydrique est plus stable, plus rassurant pour les investisseurs et plus durable pour le tourisme.

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