L’ONMT lançait il y a quelques jours une nouvelle étude nationale d’envergure pour analyser en profondeur le comportement et les attentes des voyageurs résidents. Baptisée provisoirement « Tourisme interne : quel potentiel pour quel produit touristique ? », cette étape importante a pour finalité le revalorisation du tourisme domestique dans la stratégie nationale du secteur.
Rappelons-nous en, historiquement, le tourisme interne avait connu un pic lors de la fermeture des frontières liées à la pandémie de COVID-19, représentant jusqu’à 70% des nuitées hôtelières en 2021. Avec la reprise internationale, ce chiffre a chuté à environ 30% en 2024, retrouvant un niveau proche de celui d’avant crise. Un signe que le potentiel local reste mal exploité.
Pour autant, cette évolution s’éloigne des standards observés dans plusieurs pays européens où le tourisme domestique constitue la majorité des déplacements internes. Près de 67% en France, 63% en Espagne ou encore 52% en Turquie selon des benchmarks internationaux cités par l’ONMT.
On convient que le dispositif méthodologique annoncé se distingue par sa dimension statistique et qualitative robuste. Un grand échantillon de personnes interrogées, réparties équitablement sur toutes les régions du pays.
Au total, ce dispositif requiert un budget d’environ 2,5 millions de dirhams, confié à un prestataire externe. Lequel ?
Il faut l’avouer, ce niveau d’ambition est rare dans des études internes de cette échelle au Maroc, ce qui donne à ce projet une portée potentiellement capitale si et seulement si ses résultats sont convertis en actions concrètes. un point qui mérite de la part de l’ONMT une évaluation indépendante post-publication.
L’un des objectifs premiers de l’Office est vraisemblablement de produire des segments précis de voyageurs nationaux, assortis d’une méthodologie claire pour les prioriser. Pour chaque profil identifié, l’étude devra proposer des fiches détaillées ainsi qu’un algorithme de segmentation utilisable opérationnellement par les professionnels et les décideurs.
L’outil final attendu est une matrice d’aide à la décision, destinée à orienter précisément où investir, qu’il s’agisse de produits touristiques, de communication, de distribution ou d’animation territoriale. Par exemple, une destination montagne comme Azilal pourrait nécessiter davantage d’équipements d’hébergement alternatifs, tandis qu’une station balnéaire comme Larache bénéficierait plutôt d’une stimulation saisonnière et de campagnes ciblées vers les jeunes familles.
Pourquoi cette étude maintenant ? À première vue, il s’agit d’un prolongement logique de la Feuille de route du tourisme 2023-2026. Les autorités affirment que les marchés internationaux, aussi ambitieux soient-ils, doivent désormais être complétés par un marché domestique structuré et viable.
D’ailleurs, de précédentes initiatives de l’ONMT, comme la création de marques dédiées (« Ntla9awfbladna » ou campagnes locales, même si elles datent), avaient déjà montré l’intention d’activer le tourisme interne. Cependant, ces actions étaient souvent fragmentaires et davantage communicationnelles que stratégiques.
Un point d’analyse critique est immédiatement visible. L’étude, quel que soit sa qualité méthodologique, ne produit de valeur que si elle entraîne des décisions politiques claires et des mesures d’accompagnement. Sans changement concret sur l’offre touristique (produits, infrastructures, prix, accessibilité ou saisonnalisation), une étude peut rester lettre morte, n’est-ce pas ?
Autre limite. La focalisation sur des hébergements formels et même informels sans une intégration réelle des plateformes digitales de réservation peut réduire la valeur actionnable, étant donné que les comportements d’achat des Marocains sont très connectés à ces plateformes.
Enfin, si le benchmark international est intéressant, il doit être contextualisé : la diversité géographique et économique du Royaume (des métropoles littorales aux zones du désert) implique des modèles de tourisme interne très hétérogènes, ce qui rend toute approche nationale unique difficilement opérationnelle sans ajustements régionaux très fins.
La décision de l’ONMT de lancer une étude d’une telle portée sur le tourisme interne est une décision pertinente, au moment où le Maroc cherche à consolider ses acquis touristiques et à réduire sa dépendance aux marchés internationaux.
Cependant, la réussite de cette initiative se pèsera plutôt à l’intelligence et à la vitesse avec lesquelles ces données seront traduites en politiques publiques et en actions concrètes, adaptées aux réalités locales. Sans cela, l’étude risque d’être, comme trop souvent dans le passé, une énième analyse riche en chiffres mais pauvre en transformations concrètes.




