Une présence professionnelle calibrée du Maroc à l’ITB Berlin

Berlin n’est jamais un simple salon. À la 60e édition de ITB Berlin, organisée par Messe Berlin du 3 au 5 mars 2026, l’ONMT a réellement occupé le terrain. Dans un espace où près de 6 000 exposants et plus de 170 destinations rivalisent de nouveautés, la délégation marocaine s’est bien déployée pour avoir ses parts de marché.

La présence conjointe d’Achraf Fayda, directeur général de l’ONMT, et de Hamid Bentahar, président de la Confédération nationale du tourisme, acte un alignement stratégique sur l’offre marocaine auprès d’un marché allemand exigeant et peu sensible aux effets d’annonce. L’inauguration du pavillon en présence de Zohour Alaoui a ajouté une dimension diplomatique assumée à une opération résolument commerciale.

Avec plus de 1 000 m² et 140 professionnels mobilisés, le pavillon marocain a été agencé en plateforme de contractualisation. Sept régions étaient représentées, dont l’Oriental, Fez-Meknès et Souss-Massa, mises en avant pour des raisons de capacité hôtelière disponible, potentiel aérien sous-exploité et produits porteurs du balnéaire atlantique, du city-break patrimonial, du tourisme nature et du surf.

L’acheteur allemand, qu’il soit tour-opérateur ou OTA, ne négocie plus une « destination Maroc »,  mais des blocs de sièges, des allotements hôteliers et des circuits packagés sur des hubs identifiés. Ce choix répond évidemment aux logiques de programmation saisonnière allemandes, particulièrement sensibles à la régularité opérationnelle.

L’annonce la plus concluante reste aérienne. Des accords conclus avec Condor, Eurowings et Discover Airlines actent une hausse significative des capacités et l’ouverture de nouvelles routes vers des destinations marocaines à fort potentiel.

La compagnie nationale Royal Air Maroc consolide ce mouvement avec de nouvelles liaisons Nador-Francfort et Nador-Düsseldorf, en complément de Casablanca-Munich lancée récemment. Soit une progression globale des capacités de 34 % pour la saison 2025-2026.

Deuxième constat, moins visible mais tout aussi décisif est celui de la distribution. Le partenariat consolidé avec TUI Group sécurise une base volumique sur le segment balnéaire et famille. Plus stratégique encore, l’accord signé avec DER Touristik, deuxième tour-opérateur allemand, vise une progression de 25 % sur trois ans.

Cette projection triennale tranche avec la volatilité habituelle des engagements marketing. Elle traduit une volonté d’inscrire la croissance dans des cycles programmatiques stables, alignés sur les catalogues allemands, souvent planifiés 18 à 24 mois à l’avance.


En 2025, plus de 930 000 touristes allemands ont visité le Maroc, soit +11 % sur un an. L’Allemagne devient le septième marché émetteur du Royaume, représentant environ 5 % des arrivées internationales.

À première vue, la performance est honorable. Mais rapportée aux plus de 70 millions de voyages internationaux effectués chaque année par les Allemands, la marge de progression reste considérable. Le Maroc capte encore une fraction modeste d’un marché réputé pour son pouvoir d’achat élevé et sa fidélité lorsqu’il est convaincu.

Reste le défi de maintenir la qualité d’exécution. Le touriste allemand sanctionne rapidement l’irrégularité, retards, standards hôteliers fluctuants, logistique approximative. La croissance de 34 % des sièges créera sans doute une pression immédiate sur l’écosystème local.

Le test se jouera désormais dans les aéroports régionaux allemands, dans les systèmes de réservation et, surtout, dans l’expérience vécue à Agadir, Fez ou Nador.

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