SETO: Le Maroc une destination de substitution crédible

À première vue, accueillir le Forum annuel du SETO à Tamuda Bay pourrait passer pour une simple opération de relations publiques made in ONMT. En réalité, le choix est tout sauf protocolaire. En faisant venir du 25 au 27 mars 2026 près de 140 dirigeants de tour-opérateurs français, journalistes spécialisés et décideurs du secteur dans le nord du Maroc, l’Office ne cherche apparemment pas seulement à re-séduire le marché français, il tente plutôt de redessiner la géographie touristique du Royaume. Pourquoi pas ?

Car, amplifiée par les chiffres flatteurs du tourisme marocain, la réalité de croissance du secteur reste encore trop concentrée sur les quelques destinations historiques de Marrakech, Agadir, Fez ou Casablanca, tandis que des territoires entiers, tels Ouarzazate, l’Oriental, Béni-Mellal Khénifra, Meknès et d’autres, peinent à exister dans les catalogues des grands réseaux de distribution européens. En accueillant le Forum du SETO à Tamuda Bay, l’ONMT mise précisément sur cette faille qui aurait dû convaincre les professionnels français que le nord et le sud du Royaume peuvent devenir autre chose qu’une destination secondaire ou saisonnière.

Le pari est d’autant plus stratégique que la France demeure, de très loin, le premier marché émetteur du Maroc. En 2025, plus de 5,7 millions de visiteurs français ont séjourné dans le Royaume, soit près de 29 % des arrivées internationales et une hausse de 11 % en un an. Les premiers mois de 2026 confirment cette accélération, avec une progression de 14 % des arrivées françaises dès janvier.

Tout de même, cette dynamique ne saurait être la résultante immédiate seulement de la performance marketing marocaine. Elle s’explique aussi par un bouleversement plus large des flux touristiques européens. Les tensions persistantes au Moyen-Orient, l’instabilité de certaines destinations méditerranéennes et la hausse des inquiétudes sécuritaires poussent les voyageurs français vers des marchés perçus comme plus stables, plus proches et plus prévisibles. Dans cette nouvelle carte du tourisme, le Maroc est considéré destination de repli rassurante, une destination de substitution crédible.

C’est précisément ce que cherchent aujourd’hui les tour-opérateurs français, une destination capable d’absorber une demande croissante tout en offrant une diversité de produits. Or, le Maroc dispose de cet avantage de proximité, en moins de trois heures de vol depuis Paris, il peut proposer simultanément du balnéaire, de la montagne, du désert, du patrimoine, du luxe, du golf, du bien-être et du tourisme culturel. Le problème n’a jamais été l’offre. Le problème a longtemps été sa visibilité.

D’où l’importance du choix de Tétouan et de sa région comme théâtre de cette offensive française. Le lancement du vol direct Paris-Tétouan par Royal Air Maroc, transporteur officiel de l’événement, verse justement dans cette tendance de diversification offre-produit. Pour la bonne raison que tant qu’une destination n’est pas facilement accessible, elle reste absente des brochures, des forfaits et des circuits. Une ligne aérienne transporte des passagers mais transporte aussi une destination vers le marché.

Le nord du Maroc souffrait jusque-là du paradoxe d’une région riche en patrimoine, dotée d’un littoral exceptionnel, d’hôtels haut de gamme et d’une proximité immédiate avec l’Europe, mais encore insuffisamment connectée et mal identifiée par les grands réseaux de vente français. En choisissant d’y organiser le Forum du SETO, l’ONMT cherche à construire un nouveau challenge touristique régional.

Certainement, cette stratégie tranche avec une certaine culture institutionnelle marocaine, souvent tentée par les campagnes d’image généralistes, les slogans consensuels et les grands discours sur « la destination Maroc ». Ici, le raisonnement est plus précis, plus offensif et plus efficace : réunir physiquement les décideurs là où l’on veut créer du tourisme, leur faire découvrir un territoire encore sous-exploité, leur démontrer qu’il existe des hôtels, des infrastructures, une desserte aérienne et un potentiel commercial.

En ce sens, l’opération menée par Achraf Fayda s’inscrit franchement dans la continuité de la campagne engagée quelques mois plus tôt sur le marché américain après la mobilisation marocaine au congrès de l’USTOA. Mais la France n’est pas un marché comme les autres. Elle représente à la fois la proximité géographique, la profondeur historique, la diaspora et la principale réserve de croissance immédiate du tourisme marocain. Le Royaume ne peut donc plus se contenter d’y défendre ses positions, il doit désormais y conquérir de nouveaux territoires.

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