Les hôtels de Risma bientôt sous franchise ?

Circule, depuis plusieurs jours déjà dans les cercles les plus fermés de l’hôtellerie marocaine, une information selon laquelle les hôtels de RISMA actuellement exploités sous mandat de gestion par Accor devraient basculer, dès ce mois d’avril 2026, vers un modèle de franchise.

Dans un contrat de gestion, Accor pilote directement les établissements avec souvent prise de la direction générale, les standards opérationnels, la stratégie commerciale, la politique RH, les systèmes de réservation et le contrôle de la rentabilité. En échange, le groupe perçoit des redevances de gestion qui atteignent généralement entre 8 % et 12 % du chiffre d’affaires hôtelier, parfois davantage lorsque s’ajoutent les frais de marketing, de distribution et les primes de performance. En franchise, au contraire, le propriétaire garde la main sur l’exploitation et ne verse à l’enseigne qu’une redevance d’utilisation de la marque, bien plus faible.

Le basculement de la gestion vers la franchise ferait donc disparaître, presque du jour au lendemain, une part essentielle des revenus d’Accor au Maroc. Pour le groupe français, l’impact serait loin d’être superflu : selon plusieurs estimations internes évoquées par des professionnels du secteur, la perte de revenus liée au portefeuille RISMA pourrait représenter jusqu’à 50 % du chiffre d’affaires généré localement par Accor. Une baisse comptable assurément; mais aussi une remise en cause du modèle historique du groupe dans le Royaume.

Le timing est vraisemblablement bien étudié. Depuis 2023, les deux partenaires ont méthodiquement défait les liens capitalistiques qui les unissaient depuis près de trente ans. Accor a cédé sa participation dans RISMA, tandis que RISMA a vendu sa part dans Accor Gestion Maroc. Officiellement, les contrats de gestion devaient rester inchangés. Officieusement, cette séparation préparait déjà une redistribution des rôles. A RISMA les murs et l’investissement, à Accor la marque et les canaux de distribution.

Le changement de modèle répond également à une logique économique de plus en plus assumée par les grands propriétaires hôteliers marocains. Avec la montée en puissance des équipes locales, beaucoup considèrent qu’ils n’ont plus besoin d’un opérateur international pour gérer directement leurs établissements. Ils veulent conserver les enseignes ibis, Novotel, Sofitel ou MGallery, mais reprendre le contrôle des décisions quotidiennes, des recrutements, des achats, des budgets marketing et des marges. Comme quoi, une franchise coûte moins cher qu’un mandat de gestion et laisse davantage de flexibilité.

Pour RISMA, le calcul est simple. Si un hôtel réalisant 100 millions de dirhams de chiffre d’affaires verse aujourd’hui entre 8 et 12 millions de dirhams de frais de gestion, une conversion en franchise pourrait ramener la facture à seulement 3 à 5 millions de dirhams. À portefeuille constant, l’économie potentielle se chiffre en dizaines de millions de dirhams par an. Dans un marché où les coûts salariaux, énergétiques et financiers augmentent rapidement, cette différence devient stratégique.

Bon gré mal gré, la véritable question dépasse RISMA. Si le premier propriétaire hôtelier du pays franchit le pas, pourquoi les autres ne suivraient-ils pas ? Les grands investisseurs marocains observent attentivement l’évolution des relations entre opérateurs internationaux et propriétaires. Si RISMA démontre qu’il est possible de conserver la puissance commerciale d’Accor tout en supprimant la couche coûteuse de gestion, le risque d’un effet domino est réel.

C’est précisément ce qui inquiète les observateurs du secteur. Car le portefeuille marocain d’Accor repose largement sur quelques grands propriétaires institutionnels. Une fois le précédent créé, d’autres groupes pourraient demander les mêmes conditions : maintien des marques, mais abandon des mandats de gestion. Accor conserverait alors une présence visible, mais beaucoup moins rentable.

Le paradoxe est cruel pour le groupe français. Depuis plusieurs années, Accor défend partout dans le monde une stratégie dite « asset light », fondée sur les contrats de gestion et de franchise plutôt que sur la détention d’actifs. Pourtant, au Maroc, des professionnels pensent que la franchise pure pourrait finir par réduire fortement sa valeur ajoutée locale. Du coip, Accor continuerait d’apparaître sur les façades, dans les campagnes publicitaires et sur les plateformes de réservation. Mais derrière les logos, le pouvoir opérationnel et, surtout la rentabilité, passerait progressivement du côté des propriétaires marocains.

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