Des promesses pour l’Oriental

Le mercredi 8 avril, le Directeur général de l’ONMT Achraf Fayda mettait le cap sur Oujda, capitale de l’Oriental. Le déplacement était opportun et fort attendu par les professionnels de la région. Et pour cause, depuis des années, la région de l’Oriental n’a jamais été complètement couverte par les radars du développement touristique gouvernemental. Pourtant, la destination possède un littoral spectaculaire, des arrière-pays parmi les plus dépaysants du royaume, une identité culturelle forte, avec toutefois une desserte irrégulière, une saison estivale trop courte et un déficit chronique de visibilité.

D’ailleurs, le constat est connu de tous : l’Oriental ne manque pas d’atouts, il manque de continuité. Entre la station balnéaire de Saïdia, la lagune de Marchica, les montagnes de Beni Snassen, les oasis de Figuig et le désert de Bouârfa, la région dispose déjà d’une offre plus variée que beaucoup d’autres destinations marocaines. Ce qui lui manque encore, c’est la capacité à faire venir des visiteurs toute l’année, et pas seulement entre le 15 juillet et le 20 août.

Le premier chantier reste celui de l’aérien. À force d’être enclavée, la région a longtemps subi un paradoxe absurde. Elle disposait d’hôtels, de plages et de paysages, mais pas des sièges d’avion suffisants pour les remplir. Justement, l’ONMT entend désormais corriger ce déséquilibre en renforçant les liaisons vers les aéroports d’Oujda et de Nador. Les marchés français, espagnol, portugais, belge et néerlandais restent prioritaires, avec davantage de vols directs, de programmes charters et d’allotements négociés auprès des compagnies partenaires. L’Allemagne est dorénavant considérée prochain gisement de croissance, tandis que des opérations ponctuelles sont prévues sur plusieurs pays d’Europe de l’Est.

Selon les chiffres avancés par l’ONMT, la capacité aérienne sur les deux aéroports de l’Oriental a augmenté de 50 % en trois ans. Une progression significative, qui reste pourtant insuffisante si la région veut rivaliser avec Marrakech, Agadir ou même Tanger, où les fréquences sont plus nombreuses et les dessertes mieux réparties sur l’année.

L’autre enjeu, peu visible mais tout aussi stratégique, concerne l’image. Pendant longtemps, l’Oriental a été réduit à deux clichés : les vacances familiales des Marocains résidant à l’étranger à Saïdia et le transit estival vers la frontière algérienne fermée. L’ONMT aurait l’ambition de sortir la région de cette caricature. Une nouvelle campagne internationale est prévue à partir de 2027, consistant à présenter l’Oriental plutôt comme une destination complète, capable de mêler mer, montagne, patrimoine, gastronomie, musique et désert.

Car la région possède une matière première touristique rare. Peu d’endroits au Maroc peuvent offrir, dans un rayon de quelques centaines de kilomètres, une plage méditerranéenne, une médina, un train du désert, une oasis, une forêt de cèdres et un patrimoine musical aussi singulier que le gharnati ou le raï oriental. Le problème n’a jamais été l’absence de richesse ; le problème a toujours été l’absence de pack cohérent et de moyens de promotion suffisamment puissants pour l’imposer.

L’ONMT mise également sur les Marocains du monde, qui restent le socle le plus fidèle de la fréquentation touristique de l’Oriental. Une étude sur leurs habitudes de voyage, leurs attentes et leurs freins doit servir à mieux cibler les campagnes digitales. L’objectif affiché est de transformer ces visiteurs de passage, souvent concentrés sur quelques semaines d’été, en véritables ambassadeurs de la région, capables de revenir plus souvent et de prolonger leur séjour.

Cependant, la bataille ne se gagnera pas uniquement avec des publicités et des billets d’avion. Elle dépendra aussi de la capacité de la région à créer de la vie en dehors de la haute saison. Là encore, l’ONMT promet de soutenir davantage les festivals, les événements culturels et les manifestations sportives, tout en délocalisant certains rendez-vous nationaux vers l’Oriental. L’idée est simple. Si la région veut exister dans l’imaginaire touristique international, elle doit produire des images, des événements et des raisons concrètes d’y venir en avril, en octobre ou en décembre, pas seulement au cœur de l’été.

C’est précisément dans cette logique que les responsables de l’ONMT ont visité, en marge de leur déplacement, les deux grands dossiers balnéaires de la région de Saïdia et Marchica. La première souffre encore d’une image de destination saisonnière, trop dépendante des mois de juillet et août. La seconde dispose d’un potentiel considérable mais reste en quête d’un positionnement clair à l’international. Dans les deux cas, la question n’est plus de savoir s’il faut investir, mais comment. Plus de lits ne suffiront pas. Il faudra des expériences, des événements, des activités ouvertes toute l’année et, surtout, une identité plus forte que celle d’une simple station de bord de mer.

L’Oriental entre ainsi dans une phase décisive. Depuis plusieurs années, la région bénéficie d’une nouvelle gouvernance, d’investissements publics croissants et d’une volonté politique plus affirmée. En 2023, elle a accueilli près de 430 000 visiteurs, un niveau encore modeste à l’échelle nationale mais qui confirme une progression régulière. La signature du contrat d’application régional du tourisme et la création d’une société de développement dédiée témoignent d’un changement d’échelle. Reste maintenant à transformer les annonces en résultats concrets. Dans le tourisme marocain, les discours ne manquent jamais. Ce qui manque souvent, ce sont les avions, les événements, les hôtels ouverts en hiver et les visiteurs qui reviennent. C’est précisément sur ce terrain-là que l’Oriental sera jugé dans les deux prochaines années.

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