Un éductour allemand a été organisé depuis le 11 mai et durera jusqu’au 17 mai dans la région Béni Mellal-Khénifra. L’occasion pour les invités du CRT Béni Mellal-Khénifra de s’initier aux tracés des randonnées, les visites de coopératives et les démonstrations d’activités outdoor, de quoi démontrer la crédibilité internationale d’un nouveau positionnement touristique de la région qui se joue.
Le programme, baptisé Morocco’s Undiscovered High Atlas, a été donc porté par le CRT Béni Mellal-Khénifra, le Conseil régional et l’ONMT, avec l’objectif évident de convaincre les professionnels germanophones que le Moyen Atlas central et les vallées du Haut Atlas peuvent devenir une destination européenne crédible pour les prescripteurs du tourisme de nature, d’aventure douce et d’expérience rurale.
Il était temps, car depuis longtemps, ces territoires ont souffert du paradoxe devenu structurel d’un capital paysager considérable mais une quasi-absence dans les circuits internationaux. Alors que des régions montagneuses comparables en Europe ont construit depuis des décennies des économies touristiques intégrées autour du trekking, du cyclotourisme, du slow travel ou de l’écotourisme, une grande partie du Moyen Atlas marocain est restée cantonnée à un tourisme domestique saisonnier, peu structuré et rarement exporté commercialement vers les marchés étrangers.
L’éductour allemand tente précisément de corriger cette faiblesse historique. Les touristes allemands, autrichiens et suisses figurent parmi les clientèles européennes les plus sensibles aux critères de durabilité, d’authenticité territoriale, de faible densité touristique et d’activités de pleine nature. Ce sont aussi des touristes qui recherchent davantage l’expérience que le simple séjour hôtelier.
Le programme conçu pour les agences et médias spécialisés va justement dans cette nouvelle orientation. Dès le 12 mai, les délégations ont quitté Marrakech pour rejoindre les Cascades d’Ouzoud avant de poursuivre vers Bin El Ouidane. Le choix d’Ouzoud comme première escale est opportun vu que le site reste l’un des rares espaces naturels marocains bénéficiant déjà d’une notoriété internationale relativement installée. Encore que le CRTBK a surtout cherché à montrer ce qui existe au-delà des cartes postales les plus connues.
La journée du 13 mai a ainsi constitué le noyau expérientiel du programme par navigation dans les gorges de l’Oued Ahenssal, démonstration de pêche sportive No Kill, découverte de l’éco-dôme d’Aït Chribou en 4×4, déjeuner chez l’habitant à Anounichou et visites d’écoles locales.
Un ensemble d’expériences hybrides mêlant activités sportives douces, interaction communautaire, patrimoine vivant et faible artificialisation. Dans cette perspective, la région tente de valoriser des éléments de plus en plus plébiscités par les touristes nouvelle génération, comme les villages d’altitude, la gastronomie rurale, l’artisanat coopératif, la pêche écologique ou les différents modes de vie montagnards.
La province d’Azilal a bien été au centre de cet éductour. Les étapes prévues à Géoparc M’Goun, dans la vallée d’Aït Bouguemez ou à Zaouiat Ahensal ont, d’ailleurs, capté l’intérêt de la délégation en regard de ses magnifiques sites naturels et patrimoniaux en pleines zones de montagne avec des produits touristiques cohérents et commercialisables.
La vallée des Aït Bouguemez concentre, en effet, particulièrement l’attention des opérateurs européens. Son faible niveau d’urbanisation, son climat estival tempéré et son environnement agricole traditionnel correspondent presque parfaitement aux nouvelles tendances du slow adventure travel ». Certaines agences spécialisées considèrent déjà cette région une alternative méditerranéenne crédible aux destinations alpines estivales saturées.
Le programme lui-même révèle d’ailleurs cette volonté de rassurer les opérateurs. Les organisateurs ont intégré des visites de maisons d’hôtes, d’écolodges et de structures hybrides comme Widiane Resort ou Adazen Ecolodge afin de démontrer que l’offre d’hébergement évolue progressivement vers des standards plus adaptés aux clientèles européennes spécialisées.
Les coopératives rurales occupent également une place centrale dans cette stratégie territoriale. La visite de la coopérative féminine de safran Amagar ou des ateliers de tissage d’Aït Bouguemez montre que la région tente d’intégrer l’économie sociale dans la chaîne de valeur touristique. Cette orientation répond directement aux attentes d’une partie du marché allemand, particulièrement attentive aux dimensions éthiques et communautaires du voyage.
Toutefois, plusieurs professionnels reconnaissent en privé que la région se trouve encore dans une phase de transition. La commercialisation digitale reste approximative, les produits touristiques manquent parfois de standardisation et certaines zones souffrent encore d’une accessibilité complexe.
Malgré ces réserves, quelque chose semble néanmoins évoluer dans la région. Pour la première fois depuis plusieurs années, Béni Mellal-Khénifra dispose d’une offre d’expérience touristique relativement cohérente d’un Maroc de montagne, d’eau douce, de forêts, de villages et d’expériences immersives. Une identité distincte du tourisme urbain traditionnel et plus alignée avec les mutations actuelles de la demande européenne.





