L’Oriental demeurait souvent en marge des grands circuits événementiels nationaux, malgré un potentiel touristique et balnéaire considérable.
En quatre éditions seulement, le Tournoi International de Beach Rugby à 5 de Saïdia est pourtant parvenu à modifier cette perception. Ce qui n’était au départ qu’une initiative portée par des passionnés du ballon ovale est progressivement devenu un événement hybride où se croisent diplomatie sportive, tourisme balnéaire, mémoire rugbystique et nouvelles dynamiques territoriales.
Du 15 au 18 mai 2026, la station de Saïdia Mediterrania accueille ainsi la quatrième édition du tournoi organisé par Association des Anciens Joueurs de Rugby d’Oujda, plus connue sous l’acronyme AAJRO.
Contrairement au rugby traditionnel à XV, souvent associé à des infrastructures lourdes et à des cercles sportifs historiques, le rugby à 5 sur sable possède une mécanique beaucoup plus accessible et visuelle.
Format court, terrain réduit, rythme intense, proximité immédiate avec le public, le beach rugby répond parfaitement aux nouvelles logiques du sport-spectacle contemporain. Bref, la compétition devient aussi une expérience sociale.
Cette dimension « sport & lifestyle » explique en partie l’expansion internationale de la discipline depuis une dizaine d’années. À Saïdia, les organisateurs ont rapidement compris qu’il ne suffisait pas d’importer un tournoi sportif, il fallait construire une atmosphère capable de dépasser le simple cadre compétitif.

C’est aussi un événement volontairement transversal : compétitions, rencontres intergénérationnelles, animations balnéaires, conférences, convivialité festive et circulation permanente entre sportifs professionnels, vétérans et amateurs.
Dans le cas de Saïdia, l’événement contribue aussi à repositionner la station au-delà du seul tourisme estival classique. En mai, avant le pic de fréquentation estivale, le tournoi permet d’allonger la saison touristique et d’animer économiquement la destination.
Cette logique d’occupation événementielle hors haute saison devient aujourd’hui centrale dans les stratégies touristiques méditerranéennes.
L’un des éléments les plus significatifs de cette quatrième édition réside dans son internationalisation croissante. La participation annoncée d’équipes venues de France, Suisse, Belgique et Allemagne confirme que le tournoi commence à dépasser le simple cadre régional ou national.
Cette ouverture européenne repose sur plusieurs facteurs, dont la proximité géographique avec l’Europe méditerranéenne, la forte culture rugbystique de certains bassins français, le développement des réseaux vétérans internationaux et l’attractivité climatique de Saïdia au printemps. Une jonction harmonieuse entre rugby amateur compétitif et tourisme expérientiel.
Certainement, le modèle de Saïdia repose davantage sur la communauté rugbystique elle-même composée d’anciens joueurs, de clubs historiques, de familles sportives et de réseaux associatifs. C’est précisément cette dimension humaine qui donne à l’événement sa singularité.
Mais la véritable rupture de cette édition 2026 réside dans l’intégration assumée du rugby féminin international. L’arrivée d’équipes féminines françaises comme Graine Rugby Montpellier ou Clamart/Plessis-Meudon Rugby marque, en effet, une évolution structurelle du tournoi.
Le choix de l’AAJRO d’intégrer pleinement cette dimension féminine donne ainsi au tournoi une portée plus contemporaine et plus inclusive.
L’autre particularité du tournoi réside dans son ADN profondément vétéran et intergénérationnel. L’Association des Anciens Joueurs de Rugby d’Oujda agit ici en gardienne d’une mémoire rugbystique régionale souvent peu documentée. Car l’Oriental possède une histoire ancienne avec le rugby. Oujda, notamment, fut pendant plusieurs décennies un foyer actif du rugby marocain, porté par des clubs, des établissements scolaires et des générations de joueurs qui ont contribué à diffuser ce sport dans la région.
Le tournoi réactive cette mémoire collective à travers la présence d’équipes vétérans venues de Marrakech, Safi, Rabat, Fez ou Oujda. Cette circulation des anciens joueurs produit une atmosphère rare dans le paysage sportif contemporain, une compétition où la transmission compte presque autant que le résultat.
L’impact du tournoi dépasse désormais largement le terrain de jeu installé sur la plage ouest de Saïdia. Pour la région de l’Oriental, l’événement agit sur la visibilité touristique de la destination, sur l’animation économique locale, sur la valorisation de l’image balnéaire de la station et sur le développement du tourisme sportif.
En d’autres termes, Saïdia expérimente ici une formule encore relativement rare au Maroc d’un événement sportif capable de produire à la fois du contenu touristique, culturel et communautaire.
Le Tournoi International de Beach Rugby à 5 exprime finalement quelque chose de plus large sur l’évolution de Saïdia elle-même. La station semble progressivement sortir d’une identité exclusivement balnéaire pour explorer une logique plus porteuse d’une destination de loisirs, d’espace événementiel, de territoire sportif et de lieu de rencontres internationales.





