Othmane Ibn Ghazala : « Pour une représentativité forte de l’agence de voyage nationale »

À l’heure où l’industrie touristique mondiale connaît de profondes mutations, les agences de voyage marocaines sont confrontées à de nouveaux défis : digitalisation des parcours clients, évolution des comportements de consommation, concurrence des plateformes internationales et nécessité de renforcer leur représentativité institutionnelle. Dans ce contexte, l’Association des Agences de Voyage de Rabat-Salé-Kénitra (AVRSK) entame un nouveau cycle stratégique. Son président, Othmane Ibn Ghazala, revient sur les ambitions de l’association, les enjeux du secteur et les priorités du prochain mandat.

Vous présentez aujourd’hui une nouvelle feuille de route pour l’AVRSK. Pourquoi ce nouveau plan stratégique ?

Lorsque nous avons rejoint l’AVRSK, notre priorité était de bâtir des fondations solides. Il fallait structurer l’association, mettre en place une gouvernance efficace, fédérer les professionnels de la région et créer une dynamique collective.

Aujourd’hui, nous entrons dans une nouvelle phase. Nous devons passer d’une logique de structuration à une logique d’impact. Le secteur évolue rapidement et les agences de voyage ont besoin d’une organisation capable non seulement de les représenter mais aussi de défendre leurs intérêts, d’anticiper les mutations du marché et de contribuer aux grandes réflexions sur l’avenir du tourisme.

Ce plan stratégique traduit, d’ailleurs, cette ambition.

Quel bilan tirez-vous de votre premier mandat dans l’association ?

Je pense que nous avons réussi à installer confortablement l’AVRSK dans le paysage professionnel régional.

Nous avons développé notre identité institutionnelle, lancé plusieurs actions de formation, renforcé notre présence auprès des acteurs du tourisme et créé un cadre d’échange entre professionnels qui n’existait pas auparavant à cette échelle.

Mais nous considérons ce bilan comme une étape et non comme une finalité. Les défis auxquels les agences sont confrontées aujourd’hui nécessitent une mobilisation encore plus forte.

L’un des objectifs affichés est d’atteindre 100 adhérents. Pourquoi ce chiffre est-il important ?

Parce que la représentativité constitue le principal capital d’une organisation professionnelle. Plus nous rassemblons d’agences, plus nous sommes légitimes pour porter leurs préoccupations auprès des décideurs publics, des institutions et des partenaires économiques.

L’objectif n’est pas simplement d’augmenter le nombre de membres. Il s’agit surtout de construire une communauté professionnelle forte, capable de parler d’une seule voix lorsque les intérêts de la profession sont en jeu.

Cette masse critique nous permettra également de développer davantage de services à valeur ajoutée pour nos adhérents.

Comment convaincre davantage d’agences de rejoindre l’AVRSK ?

Les professionnels attendent aujourd’hui des résultats concrets. Une association ne peut plus se limiter à organiser quelques réunions ou événements. Elle doit apporter une réelle valeur ajoutée à ses membres.

Nous travaillons donc sur plusieurs axes : la formation continue, l’accompagnement réglementaire, le partage d’expertise, les opportunités de networking, les partenariats stratégiques et la représentation institutionnelle.

Notre ambition est que chaque adhérent puisse mesurer concrètement l’utilité de son appartenance à l’association.

Le plan stratégique accorde une place importante à la visibilité. Pourquoi cet axe est-il devenu prioritaire ?

Parce que la visibilité est désormais un enjeu économique autant qu’institutionnel. Nous devons d’abord mieux faire connaître le rôle réel des agences de voyage auprès du grand public. Beaucoup de consommateurs ignorent encore la valeur ajoutée que nous apportons en matière de conseil, d’accompagnement, de sécurisation des voyages ou de gestion des imprévus.

Mais nous devons également renforcer notre visibilité auprès des décideurs publics. Les agences de voyage représentent un maillon essentiel de l’économie touristique. Cette contribution doit être davantage reconnue dans les politiques publiques et les stratégies de développement du secteur.

Justement, quel rôle les agences de voyage peuvent-elles encore jouer face aux plateformes numériques internationales ?

Je pense qu’il faut dépasser cette opposition entre agences et plateformes. La question n’est pas de lutter contre la technologie mais de savoir comment créer davantage de valeur pour le client.

Les plateformes excellent dans l’automatisation et la rapidité. Les agences, elles, apportent l’expertise, le conseil personnalisé, l’accompagnement humain et la capacité à gérer des situations complexes.

Les crises récentes ont démontré que les voyageurs recherchent de plus en plus de sécurité, de fiabilité et d’assistance. C’est précisément là que les agences peuvent faire la différence.

Notre défi consiste à intégrer pleinement les outils numériques tout en préservant cette dimension humaine qui constitue notre principal avantage concurrentiel.

Vous évoquez également un renforcement du dialogue avec les institutions. Quel type de relation souhaitez-vous développer ?

Nous souhaitons être un partenaire de réflexion et de proposition. Les professionnels du terrain disposent d’une connaissance directe des réalités du marché. Cette expertise peut être utile dans l’élaboration des politiques publiques, des réformes réglementaires ou des stratégies de développement touristique.

Notre objectif est donc de renforcer les mécanismes de concertation avec les administrations concernées, les collectivités territoriales et l’ensemble des acteurs institutionnels. Pour la bonne raison qu’une industrie touristique performante repose sur un dialogue permanent entre le secteur public et le secteur privé.

Le Maroc se prépare à accueillir plusieurs événements internationaux majeurs dans les prochaines années. Quelles opportunités cela représente-t-il pour les agences de voyage ?

Nous entrons dans une période particulièrement importante pour le tourisme marocain. Les investissements engagés dans les infrastructures, la connectivité aérienne, les équipements touristiques et l’organisation de grands événements vont générer de nouvelles opportunités pour l’ensemble de l’écosystème.

Les agences de voyage doivent se préparer dès maintenant à accompagner cette dynamique, notamment à travers l’innovation, la montée en compétences et le développement de nouvelles offres adaptées aux attentes des visiteurs internationaux.

Cette préparation est essentielle pour que les retombées économiques profitent pleinement aux entreprises du secteur.

Quelle est votre vision pour l’AVRSK à moyen terme ?

Je souhaite que l’AVRSK devienne une référence régionale en matière de représentation professionnelle, de formation et de réflexion stratégique.

Nous voulons être une plateforme qui fédère les énergies, valorise les expertises et contribue activement au développement du tourisme dans la région Rabat-Salé-Kénitra.

Plus largement, nous voulons participer à la construction d’une profession forte, moderne et capable d’anticiper les transformations de son environnement.

L’avenir des agences de voyage ne dépend pas uniquement des évolutions du marché. Il dépend aussi de notre capacité collective à nous organiser, à innover et à porter une vision commune pour le secteur.

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