À travers un nouvel appel à projets lancé par le Centre Régional d’Investissement de Fez-Meknès, on y cherche un investisseur privé capable de développer un projet touristique sur un terrain domanial situé dans la commune de Sidi Youssef Ben Ahmed, relevant de la province de Sefrou.
Opération foncière en apparence classique mais qui tend à transformer le potentiel naturel et paysager de l’arrière-pays de Fez en une destination touristique pleine, capable de générer des flux, de l’emploi et de la valeur ajoutée locale.
L’appel à projets concerne deux parcelles domaniales référencées sous les titres fonciers 5284/F et 4774/F, représentant une superficie globale d’environ 36.717 m².
Le terrain est situé dans la commune de Sidi Youssef Ben Ahmed, territoire stratégique de la province de Sefrou qui bénéficie d’une position géographique particulière. À proximité des grands bassins émetteurs de visiteurs de Fez et du Moyen Atlas, la zone se trouve également dans l’orbite touristique d’Ifrane, d’Azrou, de Bhalil, de Sefrou et des principaux circuits de montagne de la région.
Le foncier est classé en zone RB selon les dispositions urbanistiques applicables, permettant la réalisation d’un programme touristique d’envergure.
Contrairement à de nombreux appels à manifestation d’intérêt qui restent volontairement ouverts sur la nature du projet attendu, le CRI fournit ici une orientation relativement précise. Le programme indicatif prévoit la création d’un hôtel-club classé 4 étoiles d’environ 80 chambres, complété par des infrastructures de loisirs et d’animation comprenant notamment des piscines, un aqua park, des équipements sportifs ainsi que des espaces destinés aux événements et conférences.
Comme quoi, les autorités régionales privilégient un équipement touristique de loisirs adossé à une structure d’hébergement capable de créer une destination à part entière.
L’un des enseignements majeurs de cet appel à projets réside dans la nature même du produit touristique envisagé. Depuis plusieurs années, de nombreuses régions marocaines ont d’ailleurs augmenté leurs capacités d’hébergement sans parvenir pour autant à accroître significativement la durée moyenne de séjour des visiteurs. La simple création de chambres ne suffit plus à garantir l’attractivité d’un territoire. Le modèle recherché à Sidi Youssef Ben Ahmed semble répondre à cette réalité. L’objectif est davantage de développer une offre expérientielle intégrée associant hébergement, loisirs, sport, détente et événements professionnels.
Mais Sefrou demeure un territoire qui cherche encore son modèle touristique La province possède néanmoins et depuis longtemps des atouts reconnus mais insuffisamment valorisés à l’échelle nationale. La ville est historiquement connue pour son patrimoine culturel, sa médina, ses cascades, son Festival des Cerises ainsi que ses villages de montagne. Pourtant, malgré sa proximité immédiate avec Fez, elle demeure largement en retrait des principaux flux touristiques nationaux. Cette situation contraste avec celle d’Ifrane qui a réussi à construire une image forte autour de la montagne, de la nature et des loisirs, attirant aussi bien les touristes marocains qu’internationaux.
L’intérêt suscité par cet appel à projets constituera un indicateur pertinent de l’attractivité réelle du territoire auprès des investisseurs privés.
Les candidatures doivent être déposées au siège du Centre Régional d’Investissement de Fez-Meknès avant le 10 août 2026 à 16 heures.
Faut-il rappeler qu’à l’échelle régionale, Sefrou représente à peine 2,6 % de la capacité d’hébergement classée de Fez-Meknès. Cette faiblesse quantitative s’accompagne d’une structure d’offre relativement fragmentée. Le territoire est surtout caractérisé par la présence de petites unités, représentées majoritairement par des maisons d’hôtes, gîtes ruraux, auberges, relais, hébergements de montagne et quelques hôtels de capacité limitée. L’absence d’un véritable complexe touristique intégré constitue l’une des principales lacunes du dispositif d’accueil local. Bref, une destination davantage excursionniste que résidentielle…
Le principal paradoxe touristique de Sefrou est que son attractivité dépasse largement ses performances en matière de nuitées. La province bénéficie pourtant d’actifs touristiques réels : la médina historique de Sefrou, les cascades et les espaces naturels environnants, le patrimoine culturel judéo-marocain, le Festival des Cerises, le village troglodytique de Bhalil, les reliefs pré-atlasiques, la proximité immédiate de Fez, la connexion naturelle avec les circuits d’Ifrane, Azrou et du Moyen Atlas… Cependant, une part importante des visiteurs effectue aujourd’hui des excursions à la journée depuis Fez ou Ifrane avant de retourner dormir dans ces deux destinations mieux équipées. Autrement dit, Sefrou attire des visiteurs mais peine encore à les transformer en touristes séjournants.
La demande touristique locale présente plusieurs pics saisonniers relativement identifiables. Le premier correspond au printemps, notamment entre avril et juin, période durant laquelle les paysages sont les plus attractifs et qui coïncide avec la saison des cerises ayant construit une partie de l’image touristique de la province. Le deuxième intervient durant l’été, particulièrement auprès de la clientèle familiale nationale recherchant des températures plus clémentes que dans les plaines voisines. Les week-ends prolongés, vacances scolaires et fêtes religieuses génèrent également une fréquentation importante provenant principalement de Fez, Meknès, Rabat et Casablanca.
Cette saisonnalité reste toutefois insuffisamment exploitée en raison du manque d’infrastructures de loisirs de taille significative.
Alors, comment un hôtel-club de 80 chambres pourrait changer l’équation ? Le projet proposé par le CRI est particulièrement intéressant parce qu’il ne vise pas uniquement à augmenter le nombre de lits. Avec environ ses 80 chambres, ce futur établissement de ce type pourrait représenter entre 160 et 250 lits selon sa configuration finale. Cela signifierait à lui seul une augmentation potentielle comprise entre 20 % et 35 % de la capacité actuelle de la province. Mais l’impact le plus important serait ailleurs.
Aujourd’hui, l’offre de Sefrou repose essentiellement sur des établissements de petite taille qui répondent bien au tourisme individuel, au tourisme de nature ou aux courts séjours. En revanche, elle dispose de peu d’infrastructures capables d’accueillir des groupes organisés, des séminaires d’entreprise, des événements sportifs, des séjours familiaux de grande capacité, des programmes incentive ou des circuits touristiques internationaux nécessitant un volume significatif de chambres.
On pense bien que l’arrivée d’un hôtel-club avec piscines, équipements sportifs, espaces de loisirs et salles de conférence permettrait précisément d’adresser ces segments.
Des professionnels de la région pensent que le principal indicateur à surveiller ne sera probablement ni le nombre de chambres créées ni même le volume d’investissement. Selon eux, ce serait la capacité du projet à augmenter la durée moyenne de séjour dans la province.
Quand on sait que Sefrou est principalement une destination de passage ou d’excursion. Demain, l’objectif pourrait être de devenir une destination de séjour de deux à quatre nuits, intégrée à un triangle touristique associant Fez, Sefrou et le Moyen Atlas.





