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Ce que nous apprend le petit « incident d’incendie » de l’hôtel El Andalous Marrakech

El Andalous

Un incendie aurait touché le spa de l’hôtel El Andalous à Marrakech le 12 juillet 2026. Un avis publié quelques jours plus tard par une cliente évoque un départ de feu vers 5 heures du matin et met directement en cause la capacité du personnel à réagir. Ces témoignages ne constituent évidemment pas une expertise et la cause du sinistre n’est pas établie publiquement. Mais ils posent une question autrement plus sérieuse : lorsqu’un hôtel accueille près de 200 chambres, qui vérifie réellement, régulièrement et indépendamment, que son dispositif de sécurité incendie fonctionne encore comme il le devrait ?

Peut-être ne faudrait-il pas aller trop vite en besogne en gonflant démesurément l’incident…

À ce jour, rien ne permet d’affirmer que l’incendie signalé à l’hôtel El Andalous aurait été provoqué par une chicha, une cigarette, un chargeur, une prise électrique défectueuse ou un autre équipement.

Une plateforme de réservation (Planet of Hôtels) reproduit toutefois le témoignage d’une cliente indiquant qu’un incendie du spa aurait été déclenché à 5 heures le 12 juillet 2026 et affirmant que le personnel n’aurait pas su comment réagir face à la situation. Ce témoignage reste un témoignage, pas un rapport d’enquête.

Qui est responsable ? Quand le feu a-t-il été détecté ? Par qui ? Par quel système ? À quel moment l’alarme a-t-elle été déclenchée ? Combien de temps s’est écoulé avant l’arrivée des secours ? Le personnel de nuit a-t-il déclenché la procédure prévue ? Les clients ont-ils été évacués ? Par quels itinéraires ? Les portes coupe-feu et les dispositifs de désenfumage ont-ils fonctionné ? L’incident a-t-il révélé une défaillance ou simplement démontré que les procédures existantes fonctionnaient ?

Avant tout, il faudrait savoir qu’El Andalous n’est pas une petite structure familiale. L’établissement compte 195 chambres et suites réparties sur cinq étages. Son site officiel décrit également un complexe implanté sur environ 7 000 m² de jardins, avec spa, restauration et différents espaces de services.

Dans un hôtel de cette dimension, le risque incendie ne se limite pas à la chambre où un client aurait laissé un chargeur branché.

Quand l’hôtel a-t-il été contrôlé pour la dernière fois sur l’ensemble de son dispositif de sécurité incendie, et qu’a révélé ce contrôle ?

Le Maroc dispose bel et bien d’un cadre réglementaire. Le règlement général marocain de construction relatif à la sécurité contre les risques d’incendie et de panique prévoit des dispositions spécifiques aux hôtels : escaliers, systèmes d’alarme, détection automatique, désenfumage et dispositifs destinés à empêcher ou ralentir la propagation du feu.

Pour les hôtels dépassant certains seuils d’effectif et de hauteur, les exigences sont précises. Le texte prévoit notamment des dispositions concernant les escaliers et permet, dans certaines configurations, de compenser l’absence d’un deuxième escalier par des dispositifs supplémentaires tels que la détection automatique, le désenfumage, des portes pare-flammes ou des possibilités d’accès aux secours.

Seulement, qui vérifie que les règles continuent d’être respectées plusieurs années après l’ouverture, après des travaux, après des modifications techniques et après le vieillissement des équipements ?

Depuis la réforme du classement touristique, le ministère du Tourisme indique que les établissements sont soumis à une visite de la commission régionale de classement, destinée notamment à vérifier leur conformité aux normes de construction et d’équipements. Depuis mai 2026, le dispositif des visites mystères concerne également 2 500 établissements à travers le Royaume.

Mais la visite mystère n’est pas un audit incendie. Elle porte essentiellement sur l’expérience client et la qualité du service. Le ministère explique que l’évaluation couvre notamment la réservation, l’accueil, la restauration, la propreté, le room service, les équipements de fitness et de piscine, le check-in et le check-out.

C’est très bien pour mesurer la qualité d’un séjour. Mais un client mystère n’est pas nécessairement un ingénieur sécurité incendie. Et, surtout, la qualité du service et la capacité d’un hôtel à évacuer 300 ou 400 personnes au milieu de la nuit sont deux sujets différents.

Il ne faut donc pas laisser croire qu’une réforme du classement hôtelier règle automatiquement le problème de la sécurité incendie. Elle ne le règle pas.

Où est donc l’audit incendie périodique ? C’est ici que cela devient réellement intéressant. Y aurait-il un mécanisme général imposant à tous les hôtels marocains un audit incendie indépendant, global et systématiquement renouvelé tous les trois ans, exactement selon le modèle évoqué dans le débat professionnel? Un hôtel de 195 chambres doit-il attendre son prochain classement pour qu’un regard extérieur réévalue l’ensemble de son système incendie ? Sinon, qui intervient ? A quelle fréquence ? Selon quel référentiel ? Avec quel rapport écrit ? Avec quelles obligations de correction ?

Le scénario le plus dangereux n’est pas forcément celui d’un incendie à midi. C’est celui qui commence à 4 ou 5 heures du matin. L’hôtel dort. Les clients dorment. Une partie du personnel n’est pas présente. Les cuisines sont peut-être fermées. La direction n’est pas nécessairement sur place. Les couloirs sont silencieux.

C’est pourquoi la question du personnel de nuit devrait être au cœur de tout audit hôtelier. Le règlement marocain prévoit que des employés spécialement désignés soient entraînés à mettre en œuvre les moyens de secours.

Mais combien de membres de l’équipe présente à 5 heures du matin savent réellement conduire une évacuation ? Pas combien ont signé une feuille de formation. Pas combien ont assisté à une présentation PowerPoint.

La loi n°80-14 encadre les projets de construction, de transformation et d’extension des établissements d’hébergement touristique. Ceci dit, après chaque rénovation ou transformation significative, une nouvelle évaluation complète du risque incendie a-t-elle été réalisée ? Pas seulement une réception des travaux, mais une véritable réévaluation.

Là, on commence à parler sérieusement.

Ok, le Maroc a produit ces dernières années plusieurs évolutions réglementaires importantes dans l’hébergement touristique. Le nouveau cadre de classement a notamment actualisé les normes d’équipement, dimensionnelles, fonctionnelles et de qualité des services. Or,

une réglementation n’est qu’un début. Combien d’hôtels ont été contrôlés ? Combien présentaient des anomalies de sécurité incendie ? Combien ont reçu des réserves  Combien ont corrigé les anomalies ? Combien ont fait l’objet de sanctions ou de suspensions ? Combien d’exercices d’évacuation ont été réalisés ? Combien d’incendies ont touché des établissements touristiques ? Quelles ont été leurs causes ? Combien ont fait des victimes ?

Sans ces données, le débat reste condamné aux anecdotes. Et une politique publique sérieuse ne se pilote pas à partir d’anecdotes.

Le cas El Andalous ne doit surtout pas devenir un procès médiatique. Il serait parfaitement injuste de conclure aujourd’hui qu’El Andalous aurait mal géré son incendie.

Car un feu peut partir malgré toutes les précautions. Une installation peut être conforme et un appareil peut tomber en panne. Un client peut avoir un comportement imprudent. Un accident peut survenir. La sécurité incendie ne promet jamais le risque zéro.

Si demain, à 5 heures du matin, un incendie se déclare au troisième étage d’un hôtel de 195 chambres, qui sait quoi faire ? Le réceptionniste ? Le veilleur de nuit ? L’agent de sécurité ? Le technicien ? Les femmes et hommes de chambre présents ? Mieux, ont-ils tous déjà fait l’exercice ensemble ?

À Marrakech, puis dans les autres grandes destinations d’ailleurs, les professionnels devraient, peut-être, accepter un audit ciblé des établissements d’hébergement touristique en incendie, électricité, évacuation, personnel de nuit, maintenance et en assurance.

Pas une campagne de communication. Pas une opération destinée à rassurer. Un véritable état des lieux. Avec des anomalies identifiées. Des délais de correction. Des contrôles de suivi. Et, lorsque cela est nécessaire, des sanctions.

Parce qu’un hôtel peut afficher quatre étoiles et posséder une très belle réception. Mais lorsque l’alarme incendie retentit à 5 heures du matin, ce ne sont ni les étoiles, ni le marketing, ni les brochures qui évacuent les clients. Ce sont les équipements. Les procédures. Les hommes. La formation. Et les secondes.

C’est forcément là que l’hôtellerie marocaine doit désormais accepter d’être jugée.

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