À Lyon, les Premières Rencontres franco-marocaines de la montagne ont réuni acteurs institutionnels, professionnels du tourisme, experts et représentants territoriaux autour d’une ambition commune: repenser la montagne comme un véritable territoire de destination, d’expérience et de développement économique.
Organisé en région Auvergne-Rhône-Alpes, ce rendez-vous inédit marque une nouvelle étape dans le dialogue entre la France et le Maroc autour des enjeux liés au tourisme de montagne. À travers les échanges, une conviction s’est imposée, l’avenir de ces territoires ne peut plus reposer uniquement sur leurs paysages ou sur la pratique de la randonnée. Il passe désormais par une offre plus structurée, plus immersive et mieux adaptée aux nouveaux usages touristiques.
J’ai eu le plaisir de prendre part à ces rencontres, qui ont permis de confronter les expériences françaises et marocaines et d’ouvrir de nouvelles perspectives de coopération autour de la formation, de l’hébergement, de l’aménagement, de la valorisation des territoires et de la création de nouvelles expériences touristiques.
Un dialogue entre territoires
La rencontre a rassemblé plusieurs acteurs engagés dans le développement de la montagne, parmi lesquels la Région Auvergne-Rhône-Alpes, la chambre française de commerce & de l’industrie du Maroc, le Cluster Montagne, Tétraktys et l’Association internationale des Régions francophones, aux côtés d’acteurs institutionnels et touristiques marocains, notamment le ministère du Tourisme et l’Office National Marocain du Tourisme.
Plusieurs régions marocaines ont également pris part aux échanges, notamment Souss-Massa, Fès-Meknès avec le territoire d’Ifrane, l’Oriental et Béni Mellal-Khénifra. Des territoires aux identités contrastées, mais qui partagent un même défi : transformer un patrimoine naturel exceptionnel en une véritable économie touristique, capable de générer de l’activité, de l’emploi et de nouvelles opportunités pour les populations locales.
Des métiers à réinventer
Au cœur des débats, la question des métiers de la montagne a occupé une place centrale. Guides, accompagnateurs, professionnels de l’accueil ou opérateurs touristiques sont aujourd’hui appelés à faire évoluer leurs compétences face à une clientèle plus exigeante, plus connectée et davantage en quête de sens et d’authenticité.
Le rôle du guide, notamment, dépasse désormais largement celui de l’accompagnement sportif. Il devient un véritable interprète du territoire, capable de raconter son histoire, d’en révéler les paysages, les traditions, les savoir-faire et les communautés.
La formation apparaît ainsi comme l’un des principaux leviers de développement. Professionnaliser ces métiers, enrichir les compétences et mieux structurer les parcours permettrait d’élever la qualité de l’expérience touristique tout en créant de nouvelles perspectives professionnelles dans les territoires de montagne.
La montagne, bien au-delà de la randonnée
L’un des enjeux majeurs soulevés lors de ces rencontres concerne la diversification de l’offre. Pendant longtemps, l’imaginaire touristique de la montagne s’est principalement construit autour de la randonnée, de la nature et des activités sportives. Un modèle qui reste essentiel, mais qui doit désormais être enrichi.
La montagne peut aujourd’hui devenir un territoire de gastronomie, de bien-être, d’artisanat, de découverte culturelle, d’agrotourisme ou encore d’expériences immersives.
Pour les destinations marocaines, cette diversification représente un formidable potentiel. Elle permettrait non seulement d’attirer de nouvelles clientèles, mais également de prolonger la durée des séjours et de répartir davantage les retombées économiques au sein des territoires.
L’enjeu n’est donc plus seulement de faire venir les visiteurs, mais de leur donner envie de rester.
L’hébergement, maillon essentiel de l’expérience
Cette évolution suppose également de repenser les capacités d’accueil. De nombreux territoires disposent aujourd’hui d’un véritable potentiel touristique, mais restent freinés par une offre d’hébergement encore insuffisante ou peu diversifiée.
Le développement de gîtes, de maisons d’hôtes, de petites structures hôtelières ou de restaurants valorisant les produits locaux constitue à ce titre une opportunité majeure. Ces établissements peuvent devenir bien plus que de simples lieux de séjour. Ils participent pleinement à l’expérience du voyageur et permettent de créer un lien direct avec le territoire.
L’objectif n’est pas de reproduire les modèles des grandes destinations touristiques, mais de développer une hospitalité à taille humaine, profondément ancrée dans les cultures locales et capable de préserver l’identité des lieux.
Séduire une nouvelle génération de voyageurs
Cette transformation répond également à l’évolution des attentes des clientèles. Les jeunes générations recherchent moins une destination qu’une histoire à vivre. Elles privilégient la découverte, l’authenticité, les rencontres et les expériences singulières.
Dormir dans un gîte au cœur d’un village, partager un repas local, rencontrer un artisan, découvrir une vallée avec un accompagnateur ou pratiquer une activité nouvelle sont autant de dimensions qui participent désormais pleinement à la valeur d’un séjour.
À cet égard, la montagne marocaine possède des atouts considérables : diversité des paysages, richesse culturelle, traditions vivantes, gastronomie, artisanat et hospitalité. Le défi consiste aujourd’hui à transformer ces atouts en une offre cohérente, lisible et accessible.
Faire émerger de véritables destinations de montagne
Au-delà des échanges techniques, ces Premières Rencontres franco-marocaines de la montagne ont posé une question plus large : quelle place donner à la montagne dans les stratégies touristiques de demain ?
Pour le Maroc, l’opportunité est réelle.
Certains territoires encore perçus comme des destinations d’excursion ou de passage peuvent devenir de véritables lieux de séjour, à condition de travailler simultanément sur l’hébergement, les activités, la formation, la mobilité, la restauration et la promotion. Cette approche implique de considérer la montagne non plus uniquement comme un espace naturel à préserver, mais comme un véritable écosystème touristique et économique.
Ma participation à ces rencontres conforte cette conviction, la montagne marocaine dispose d’un potentiel remarquable, mais son développement doit s’inscrire dans une vision globale, durable et profondément territoriale. L’enjeu est désormais de faire émerger des expériences capables de conjuguer attractivité touristique, qualité de l’accueil, valorisation du patrimoine et développement local.
Ces premières rencontres à Lyon auront ainsi permis d’ouvrir un nouveau chapitre dans la coopération franco-marocaine autour de la montagne.
Avec, en filigrane, une ambition forte : faire de ces territoires non plus seulement des paysages à contempler, mais des destinations à vivre.
Par Tarik Kerdoudi