Le Maroc entre dans une nouvelle phase de son développement sur les marchés du MICE et du voyage d’affaires.
La progression du trafic aérien, l’élargissement de l’offre hôtelière, l’amélioration des infrastructures et l’attractivité internationale croissante du Royaume créent des conditions
particulièrement favorables.
L’ambition nationale est désormais claire : atteindre 2,3 millions de visiteurs liés au tourisme d’affaires et aux congrès à l’horizon 2030.
Mais la prochaine étape ne consistera probablement pas seulement à accueillir davantage d’événements. Elle consistera à mieux organiser la destination.
Car le MICE ne se résume plus à une salle, un hôtel ou une capacité d’hébergement. Un organisateur regarde désormais l’ensemble du parcours : accessibilité aérienne, transferts, hôtels, espaces de réunion, restauration, technique, sécurité, activités, expérience de destination et capacité à répondre rapidement à un cahier des charges parfois complexe.
Le véritable produit MICE est donc de plus en plus la continuité entre tous ces éléments.
Sur ce terrain, le Maroc dispose d’atouts considérables.
Marrakech possède une reconnaissance internationale forte dans l’incentive, les conventions et l’événementiel.
Rabat renforce progressivement son rôle institutionnel et international. Les destinations balnéaires offrent d’autres possibilités pour les conventions résidentielles et les
programmes incentive.
Casablanca, elle, présente une caractéristique particulière : elle est à la fois destination et principal centre économique du Royaume. Entreprises, finance, industrie, sièges régionaux,
institutions et connectivité aérienne y génèrent naturellement du Corporate Travel.
Et cette dimension devient de plus en plus importante, car la frontière entre voyage d’affaires et MICE s’atténue. Une réunion de direction devient un séminaire. Un déplacement commercial peut être associé à une convention régionale. Une entreprise peut vouloir gérer dans une même politique ses voyages individuels, ses réunions, ses formations, ses
incentives et ses grands événements.
Les grands acteurs internationaux du Business Travel évoluent déjà dans cette direction en rapprochant voyage, dépenses, paiements, meetings et events. Ce mouvement doit nous interpeller.
Car demain, la compétition ne se jouera peut-être plus uniquement entre hôtels, agences ou destinations.
“Demain, la compétition ne se jouera peut-être plus uniquement entre hôtels, agences ou destinations. Elle se jouera entre écosystèmes capables de proposer une réponse complète, lisible et immédiatement mobilisable.”
Et c’est probablement là que se situe aujourd’hui l’un des principaux défis du MICE marocain.
Le Royaume ne manque pas d’actifs. Il dispose d’hôtels, de lieux événementiels, de destinations reconnues, de DMC expérimentées, de professionnels compétents et d’une connectivité de plus en plus importante.
Mais disposer de tous les éléments ne signifie pas encore disposer d’un système.
Lorsque l’offre reste fragmentée, l’acheteur international doit lui-même reconstruire la destination : chercher les capacités, rapprocher les prestataires, vérifier les distances, comprendre les complémentarités et identifier les bons interlocuteurs.
À l’inverse, une destination organisée rend immédiatement visible ce qu’elle peut accueillir, où, pour quel type d’événement et avec quelles capacités. Cette différence pourrait devenir déterminante dans les prochaines années.
Casablanca en offre une bonne illustration. La métropole et sa région ne proposent pas une seule expérience MICE : elles peuvent réunir corporate, finance, congrès, salons
professionnels, conventions résidentielles, littoral, incentives et retraites stratégiques dans des environnements différents
mais géographiquement proches.
La véritable opportunité consiste donc moins à faire de chaque territoire un concurrent des autres qu’à organiser leurs complémentarités.
Le même raisonnement peut s’appliquer à l’échelle du Maroc.
Marrakech n’a pas besoin de devenir Casablanca. Casablanca n’a pas besoin de reproduire Marrakech. Rabat, Tanger, Agadir ou les autres destinations n’ont pas davantage intérêtà proposer exactement la même chose.
Une destination forte est aussi une destination capable d’expliquer clairement pourquoi choisir chaque territoire et pour quel usage.
À l’horizon 2030, je pense donc que le MICE marocain sera plus international, plus exigeant et davantage lié au Corporate Travel.
Mais sa réussite ne se mesurera pas uniquement au nombre de chambres supplémentaires, de centres de congrès ou d’événements accueillis. Elle se mesurera aussi à notre capacité à transformer des infrastructures, des professionnels et des territoires aujourd’hui nombreux en une offre coordonnée, compréhensible et facile à acheter.
Le Maroc possède déjà une grande partie des pièces. Le prochain défi est peut-être simplement, mais fondamentalement, de les faire fonctionner ensemble.
Par Mounia Labsir
Experte en Tourisme d’Affaires (MICE) & Destination Maroc