(Par Erwan Garnier, Associate Vice President, Development Africa, Radisson Hotel Group)
À l’approche de 2030, le Maroc entre dans une phase où la question n’est plus seulement de savoir combien d’hôtels seront construits, mais où, pour quelle demande et avec quelle valeur durable pour les territoires. L’objectif de 26 millions de visiteurs et la perspective de la Coupe du Monde 2030 accélèrent les stratégies d’expansion des grands opérateurs internationaux, dans un marché appelé à augmenter rapidement sa capacité d’hébergement tout en diversifiant ses destinations.
C’est dans ce contexte que Radisson Hotel Group entend porter son portefeuille marocain à 30 établissements, en renforçant sa présence au-delà de Casablanca et Marrakech pour investir davantage Rabat, Tanger, Agadir et Fez. Une trajectoire qui pose une question centrale pour l’avenir du tourisme marocain : comment accompagner la croissance de l’offre sans reproduire les mêmes concentrations géographiques, ni confondre l’urgence de 2030 avec une stratégie de long terme ?
Dans cette tribune, Erwan Garnier, en charge du développement du Groupe Radisson en Afrique, défend une approche fondée sur l’ancrage territorial, les partenariats avec les investisseurs marocains, la différenciation des produits et, surtout, la patience. Car derrière les objectifs de signatures, de chambres et de nouvelles implantations se joue un enjeu plus structurel : faire de l’accélération hôtelière un levier de développement durable des destinations, au-delà des échéances sportives et de l’effet d’annonce.
« Le Maroc s’apprête à vivre la décennie la plus dense de son histoire touristique. Vingt-six millions de visiteurs attendus d’ici 2030, une Coupe du Monde coorganisée avec l’Espagne et le Portugal, un pipeline hôtelier parmi les plus actifs du continent africain. Ces chiffres impressionnent. Mais ils ne disent rien de l’essentiel : comment grandir vite sans perdre ce qui fait la valeur du pays, son identité, ses équilibres régionaux, sa capacité à créer une valeur qui dure au-delà d’un tournoi.
Une croissance qui doit dépasser Casablanca et Marrakech
Pendant une décennie, l’histoire hôtelière du Maroc s’est écrite depuis deux villes. Ce temps touche à sa fin. Notre ambition de porter le portefeuille national à 30 hôtels d’ici 2030 ne repose pas sur une concentration renforcée, mais sur un élargissement assumé : Rabat, Tanger, Agadir et Fès. Chacune de ces villes appelle un produit différent, hôtel d’affaires, résidence de service, offre resort, et non la simple réplication d’un modèle qui a fonctionné ailleurs.
Cet élargissement n’est pas un choix isolé. L’ensemble des grands groupes internationaux présents au Maroc suit la même logique : sortir des deux capitales touristiques historiques pour irriguer le territoire. C’est une responsabilité autant qu’une opportunité commerciale.
Le développement n’est pas qu’une question de mètres carrés, c’est une question d’ancrage
Nous parlons souvent de « pipeline », de « signatures », de « rooms count ». Mais un hôtel qui ouvre dans une ville n’a de sens que s’il s’inscrit dans son économie réelle, celle qui existera encore bien après l’euphorie d’un événement mondial. C’est pourquoi nous privilégions, chaque fois que possible, la conversion et le partenariat avec la propriété marocaine plutôt que la construction ex nihilo à grande échelle. Nos partenariats en témoignent, et ils sont volontairement pluriels.
À Al Hoceima, Saïdia et Taghazout, nous avons repositionné et développé sept établissements aux côtés d’acteurs majeurs de l’investissement touristique au Maroc, contribuant ainsi à la création de 1 500 emplois directs et indirects dans des territoires jusque-là peu couverts par l’offre hôtelière internationale. Dans le quartier Gauthier de Casablanca, nous avons signé le Radisson Hotel Casablanca Gauthier La Citadelle, notre première implantation premium dans la ville. À Casa-Anfa, nous poursuivons également le développement du Radisson Blu Hotel & Apartments et du Radisson RED Casablanca Finance City.
Trois partenaires, trois quartiers, une même conviction : faire grandir le Maroc hôtelier avec des acteurs marocains, pour que l’investissement, l’emploi et la valeur créée restent ancrés dans le tissu économique local. Un hôtel n’est pas qu’un bâtiment. C’est une promesse faite à une ville.
Deux disciplines à préserver : la différenciation et la patience
Je crois profondément à deux exigences trop souvent sacrifiées sur l’autel de la vitesse : La différenciation, cette capacité à refuser l’uniformité de marque au profit d’une lecture fine de chaque territoire. Un Radisson RED à Casablanca et une résidence à Taghazout ne répondent pas au même besoin, ne s’adressent pas au même voyageur, ne doivent pas se ressembler.
La patience, cet engagement à construire pour la décennie qui suivra 2030, et non pour les six semaines d’un tournoi. Les hôtels que nous ouvrons aujourd’hui à Rabat ou à Tanger fonctionneront
encore en 2040. Leur succès se mesurera à leur capacité à attirer une demande d’affaires, régionale et internationale, bien après que les stades se seront tus.
Donner un sens à la croissance, plutôt que des chiffres
Un objectif de 30 hôtels ne motive personne à lui seul. Ce qui donne du sens à nos équipes, c’est de comprendre pourquoi nous ouvrons à tel endroit plutôt qu’à tel autre, pourquoi nous choisissons la conversion plutôt que la construction, pourquoi certaines villes reçoivent un hôtel d’affaires et d’autres un resort. Quand un collaborateur comprend cette logique territoriale, il ne gère plus un établissement isolé : il participe à une stratégie nationale de rééquilibrage.
Faire de la discipline territoriale notre signature
Dans un secteur où tout peut être copié, les concepts, le design, les standards de marque, la vraie différence se joue ailleurs : dans la capacité à choisir où et comment grandir, plutôt que de grandir partout à la fois. Le Maroc dispose d’un atout que peu de marchés en développement rapide possèdent encore : le temps de bien faire les choses avant l’échéance de 2030. À nous, opérateurs et développeurs, de ne pas le gaspiller. C’est ainsi que l’on transforme une accélération en héritage ».





