L’ONMT et la CNT consolident discours et terrain Stronger Together

Mieux qu’une photo officielle ou une photo cliché, on pourrait dire que c’est presque une photo de famille…

À première vue, tout y est. Un slogan consensuel: Stronger Together, un lieu feutré: Mazagan, des décideurs alignés: ONMT, CNT, régions, opérateurs privés. Pendant deux jours, les 18 et 19 décembre 2025, le secteur touristique marocain s’est donné rendez-vous pour co-construire un plan d’action à l’horizon 2026. Bien sûr, derrière, la rencontre révèle surtout un moment charnière du tourisme marocain qui ne peut plus se contenter de stratégies déclaratives. Il lui faut désormais produire des résultats traçables, cohérents et assumés.

La présence conjointe d’Achraf Fayda, directeur général de l’ONMT et de Hamid Bentahar, président de la CNT, entourés d’une soixantaine de décideurs et experts nationaux, est quand même intéressante. Elle consacre une tentative de recentrage du pilotage touristique, longtemps éclaté entre institutions, régions et opérateurs privés. Le message est aisé à deviner: l’ère des stratégies parallèles touche à ses limites.

Convergence bienvenue et bienveillante qui pose toutefois une question imparable: s’agit-il d’un alignement réel ou d’un exercice de synchronisation de discours ? On pencherait plutôt pour la première hypothèse. Du moment que si le Maroc a su retrouver des volumes impressionnants de visiteurs après la crise sanitaire, la mécanique reste fragile mais réparable, quoique dépendante de quelques marchés sources et d’un nombre restreint de destinations locomotives.

Les marchés d’Europe de l’Ouest demeurent, sans surprise, au cœur des priorités. Ils concentrent l’essentiel des flux, des nuitées et des recettes. À Mazagan, l’ONMT a insisté sur la nécessité d’un ciblage plus fin et d’une meilleure conversion de la notoriété en flux qualifiés. Une inflexion sémantique rassurante.

La segmentation par grands ensembles -Chine, Amériques, Moyen-Orient, Afrique- constitue une rupture bienvenue avec l’approche uniforme. À Mazagan, les échanges ont montré une prise de conscience que les marchés lointains ne se conquièrent ni par des slogans universels ni par des ouvertures aériennes isolées.

La Chine, par exemple, exige une introduction très poussée dans ses écosystèmes digitaux, ses plateformes et ses prescripteurs, là où le Maroc reste encore largement dépendant de schémas occidentaux. Les Amériques, elles, exigent des séjours longs, lisibles et fortement expérientiels. Autrement dit, ces marchés ne tolèrent plus l’improvisation stratégique.

L’un des moments les plus forts de la rencontre réside, sans doute, dans la place accordée aux territoires. Chaque région a été appelée à identifier une destination locomotive et une destination émergente, en explicitant ses besoins réels plutôt que ses ambitions théoriques. Fort heureusement, cette nouvelle démarche rompt avec la pratique ancienne d’un discours régional souvent déconnecté des capacités d’accueil, de la gouvernance locale et de l’ingénierie touristique.

Le message transmis à Mazagan est désormais sans ambiguïté : la performance nationale ne se décrète plus depuis Rabat. Elle se construit à partir des réalités locales, des identités culturelles, des paysages, mais aussi des contraintes humaines et logistiques. Le Maroc touristique ne peut plus se penser comme un bloc homogène tout de même.

À Mazagan, la désaisonnalisation est devenue un leitmotiv. Lisser les flux, sécuriser l’investissement, stabiliser l’emploi : l’enjeu est connu. Ce qui l’est moins, ce sont les outils concrets pour y parvenir. Car désaisonnaliser suppose des arbitrages difficiles pour revoir les calendriers aériens, accepter des rendements moindres à court terme, investir dans des produits adaptés hors saison. Autant de décisions qui nécessitent une coordination étroite entre État, régions et opérateurs privés, coordination encore largement perfectible.

Mazagan a surtout mis en lumière une méthode émergente de confrontation directe, échanges sans faux-semblants, recherche d’indicateurs réels. En ce sens, Stronger Together pourrait constituer un nouveau point de départ, à condition de ne pas en rester là.

Car le véritable test commencera après Mazagan. Dans la capacité de l’ONMT et de la CNT à maintenir ce dialogue, à arbitrer collectivement et, surtout, à assumer des choix clairs, y compris ceux qui dérangent. Le tourisme marocain n’a plus besoin de promesses fédératrices. Il a besoin d’un pilotage lucide et responsable.

Mazagan a posé une question essentielle : le Maroc touristique est-il prêt à passer de la communication concertée à la décision partagée ? 2026 apportera la réponse.

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