Du 1er au 5 avril 2026, Casablanca accueillera la 19ᵉ édition de Marocotel, le salon international consacré aux équipements et services destinés à l’hôtellerie, à la restauration et aux métiers de bouche. Organisé à l’ICEC d’Aïn Sebaâ sous le Haut Patronage royal et avec l’appui du ministère du Tourisme, ce salon continue son bon bout de chemin dans l’écosystème CHR.
Créé à la fin des années 1980, Marocotel s’est progressivement trouvé une bonne place parmi les rares rendez-vous africains exclusivement dédiés aux équipements professionnels du CHR. Sur près de quatre décennies, le salon a accompagné l’évolution du parc hôtelier marocain, depuis les grandes vagues d’investissements des années 2000 jusqu’aux transformations plus récentes liées à la digitalisation et à l’expérience client.
L’édition 2026 prévoit plus de 300 exposants représentant plus de 2 400 marques réparties sur 30 000 m² d’exposition. L’offre couvre l’ensemble de la chaîne d’équipement : cuisines professionnelles, arts de la table, literie, solutions de blanchisserie, technologies de gestion hôtelière, mobilier, équipements de bien-être ou encore infrastructures aquatiques.
Ce spectre très large fait de Marocotel un rendez-vous d’assez bonne facture des mutations du secteur. Les innovations présentées dans les stands comporteront sans doute l’hôtellerie de demain.
L’édition 2026 est explicitement placée sous le thème du « Challenge 2030 ». Cette orientation est pleine de sens, vu que notre pays se prépare à une séquence touristique exceptionnelle à travers la co-organisation de la Coupe du Monde 2030 et l’accélération de la stratégie nationale visant à porter le pays parmi les grandes destinations mondiales.
Une partie importante des établissements construits lors des cycles d’investissement des années 1990 et 2000 souffre aujourd’hui d’un vieillissement visible : chambres mal insonorisées, équipements énergivores, cuisines obsolètes, systèmes de gestion dépassés. La rénovation devient une nécessité économique autant qu’une question d’image.
Dans ce contexte, Marocotel joue un rôle de marché technique où les exploitants vont identifier les solutions capables d’améliorer leur performance opérationnelle, économies d’énergie, automatisation des cuisines, digitalisation de la gestion des réservations ou nouvelles normes de confort.
Hormis l’apparente technicité du salon, on devine en réalité un marché stratégique. Dans un projet hôtelier, l’équipement représente généralement entre 15 % et 25 % de l’investissement total, selon le standing de l’établissement. Pour un hôtel de 200 chambres, cela peut représenter plusieurs dizaines de millions de dirhams.
La literie haut de gamme, les cuisines professionnelles, les systèmes de climatisation intelligents ou encore les solutions de gestion centralisée constituent des dépenses lourdes mais déterminantes. Un mauvais choix d’équipement peut peser pendant des années sur les coûts d’exploitation en consommation énergétique excessive, maintenance fréquente, expérience client dégradée.
Les groupes hôteliers internationaux l’ont compris depuis longtemps. Ils imposent des cahiers des charges très stricts à leurs franchisés et opérateurs, ce qui explique l’intérêt croissant de ces acteurs pour les salons professionnels capables de présenter des solutions certifiées et compatibles avec leurs standards.
L’une des évolutions marquantes de Marocotel ces dernières années est la montée en puissance des prescripteurs : architectes, designers et bureaux d’études spécialisés dans l’hospitalité.
Le Club Archi & Design traduit cette tendance. L’espace se transforme en lieu où se croisent maquettes, prototypes et concepts d’aménagement destinés aux futurs projets hôteliers.
Parmi les animations phares du salon figure le Resto des Chefs-Arabesque, un restaurant gastronomique éphémère à découvrir.
Durant cinq jours, plusieurs chefs reconnus s’y succéderont, parmi lesquels Badr Chguifi, Issam Rhachi, Myriam Ettahri ou encore Aissam Aït Ouakrim. Chaque service sera une démonstration grandeur nature de techniques culinaires, de dressage et de gestion de brigade. Le dispositif permet à de jeunes cuisiniers d’intégrer temporairement les brigades et d’observer les méthodes de chefs confirmés. Dans un secteur confronté à une pénurie croissante de main-d’œuvre qualifiée, ces espaces de transmission deviennent précieux.
Autre mutation qui sera visible sur les stands réside dans la place croissante des technologies numériques. Les exposants proposent désormais des plateformes complètes de gestion hôtelière intégrée, contrôle énergétique des chambres, check-in mobile, intelligence artificielle pour l’analyse des avis clients, ou encore gestion prédictive de la maintenance. L’automatisation permet par exemple d’ajuster la climatisation en fonction de l’occupation réelle des chambres ou de prévoir les interventions techniques avant qu’une panne ne survienne.
Pour les exploitants, ces technologies représentent à la fois une promesse d’efficacité et un investissement parfois difficile à amortir, notamment pour les établissements indépendants.
Le salon reflète les ambitions d’un pays qui veut hisser son industrie touristique à un niveau international plus élevé. En ce sens, l’édition 2026 pourrait être l’une des plus importantes de l’histoire du salon. Car à l’approche de 2030, la question est de savoir si l’ensemble de la chaîne touristique marocaine, investisseurs, opérateurs, architectes, restaurateurs et fournisseurs, sera capable de se moderniser suffisamment vite pour répondre aux standards internationaux.





