1 million de touristes américains cap 2035

La présence, pour la première fois au Maroc, de USTOA, organisation qui fédère les plus grands tour-opérateurs américains, intervient dans un contexte d’incertitude touristique quasi-mondiale. Pourtant, réunis à Rabat le 25 mars, leurs membres ne donnaient pas du tout dans le protocolaire simpliste, mais pour sonder un marché stable, tester une ambition porteuse et, surtout, mesurer la crédibilité d’une destination enracinée dans ses fondements et éminemment ouverte et attractive. Bref,  une destination premium incontournable pour la clientèle américaine à horizon 2030.

Qui plus est, l’événement s’est tenu au The Ritz-Carlton Rabat, Dar Es Salam, symbole d’un repositionnement assumé vers le segment luxe. Dans une atmosphère sereine et maîtrisée, où chaque détail relevait d’un storytelling calibré, les professionnels marocains ont cherché à convaincre une audience réputée exigeante, orientée rendement et expérience client.

La présentation conduite par Achraf Fayda, DG de l’ONMT, a justement posé les bases d’un Maroc qui ne se vend plus comme une simple destination culturelle accessible, mais comme une niche d’expériences haut de gamme, capable de capter une clientèle à forte valeur ajoutée.

Le cœur du discours et des débats tient en une équation simple mais pragmatique d’un touriste américain « deluxe » qui peut générer jusqu’à sept fois plus de revenus qu’un visiteur européen standard. Donc, un basculement stratégique marchés de plus qui pointe à l’horizon. Il ne s’agit plus uniquement pour l’Office d’augmenter les arrivées, mais d’optimiser la dépense par visiteur, en ciblant des segments à forte contribution : FIT premium, MICE haut de gamme, circuits privés.

Aujourd’hui, le Maroc accueille environ 450 000 touristes américains par an. L’objectif officieux, évoqué dans les échanges, vise le cap du million à l’horizon 2035. Une tendance ambitieuse, mais pas irréaliste si l’on considère l’évolution de la connectivité aérienne.

Le développement du marché américain repose d’abord sur le prérequis  de l’accessibilité. Or, les signaux sont au vert. Plusieurs liaisons directes ou en renforcement relient déjà le Maroc à des hubs majeurs nord-américains (New York, Washington, Miami) avec des fréquences allant de 4 à 7 vols hebdomadaires selon les routes.

À horizon 2030, les projections évoquées tablent sur un maillage beaucoup plus dense incluant Boston, Chicago, Los Angeles ou encore Montréal et Toronto, voire Mexico. Une capacité quotidienne estimée autour de 2 000 sièges, dont près de 60 % orientés vers le Maroc, transformerait radicalement l’équation d’accès.

Mais cette montée en puissance pose la question rarement abordée publiquement de l’offre hôtelière, logistique et expérientielle ? Est-elle prête à absorber une clientèle plus exigeante, plus volatile, et surtout plus attentive à la qualité de service?

Dans cette recomposition, Casablanca est une pièce maîtresse encore sous-exploitée mais qui peut devenir une destination à part entière pour le marché américain.

Les professionnels présents évoquent un repositionnement possible autour du tourisme d’affaires, du city break premium et des circuits combinés. La proximité avec Marrakech, déjà solidement installée dans l’imaginaire américain, offre un levier évident de complémentarité.

La densité des acteurs présents à Rabat témoigne d’une volonté de convergence rarement observée, en l’occurrence Hamid Bentahar pour la Confédération Nationale du Tourisme, les représentants de la Fédération Nationale de l’Industrie Hôtelière, de la Fédération Nationale des Agences de Voyages du Maroc, ainsi que plusieurs Conseils Régionaux du Tourisme et DMC.

Cette présence coordonnée traduit une prise de conscience de la conquête du marché américain qui ne peut, en effet, être fragmentée. Elle suppose une orchestration fine entre promotion, distribution, capacité aérienne et qualité produit.

Les deux panels animés par la représentation de l’ONMT aux États-Unis ont permis d’entendre directement les attentes des tour-opérateurs américains. Leur message est limpide : le Maroc séduit, mais souffre encore d’un déficit de lisibilité produit.

Les demandes sont précises. A savoir davantage d’eductours ciblés pour les agents et décideurs, des programmes MICE structurés et compétitifs, une simplification des parcours clients (transport, guides, expériences) une promotiontion plus claire autour des destinations émergentes, notamment Casablanca, etc.

La réussite de cette séquence tient autant à la qualité des échanges qu’à l’image projetée. L’accueil au Ritz-Carlton, salué unanimement, a contribué à installer un standard. Mais dans un marché américain ultra-concurrentiel, où des destinations comme le Portugal, la Grèce ou les Émirats investissent massivement, l’effet cliché ne suffit pas.

L’idée d’une offensive ciblée « America for Casablanca » circule désormais ouvertement parmi les professionnels. Elle suppose des actions concrètes : workshops aux États-Unis, tournées de promotion, co-marketing avec les compagnies aériennes, et surtout une implication directe des opérateurs marocains dans la distribution.

La question n’est plus de savoir si les Américains viendront. Elle est de savoir combien ils dépenseront et pourquoi ils reviendront…

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