Le classement 2025 des pays par nombre de passagers aériens au départ du Royaume-Uni pourrait, à première lecture, ressemble à une hiérarchie attendue. L’Espagne domine largement, suivie des États-Unis et de l’Italie.
Avec près de 35 millions de passagers et une croissance de +4,33 %, l’Espagne confirme sa position hégémonique. Mais cette domination repose sur un modèle intensif, ultra-dépendant des hubs touristiques comme les Îles Canaries ou les Baléares.
Le problème est connu de saturation des infrastructures, pression environnementale, et rentabilité marginale en baisse sur certains segments. L’Espagne continue de gagner en volume, mais au prix d’un modèle qui montre des signes d’essoufflement. La question n’est plus sa puissance, mais sa capacité à se réinventer sans perdre son avantage compétitif.
La baisse de -1,63 % des flux vers les États-Unis est, en réalité, moins préoccupante qu’il n’y paraît. Le pays reste solidement ancré à la deuxième place avec plus de 20 millions de passagers.
Ce recul s’explique en partie par des arbitrages tarifaires et une concurrence accrue des destinations long-courriers émergentes. Mais en valeur, le marché américain demeure extrêmement performant. Un touriste britannique aux États-Unis dépense en moyenne deux à trois fois plus qu’en Europe du Sud, un indicateur clé que beaucoup de destinations méditerranéennes commencent à intégrer dans leur stratégie.
Italie (+4,97 %), Grèce (+3,37 %) et Portugal (+1,43 %) confirment leur attractivité. Mais leur croissance reste étroitement corrélée à la saisonnalité estivale et à une clientèle européenne relativement sensible aux prix.
À l’inverse, des marchés comme Turquie ou les Émirats arabes unis progressent avec des stratégies plus hybrides : diversification des marchés émetteurs, montée en gamme de l’offre, et investissements massifs dans les infrastructures.
C’est dans le bas du classement que se dessinent les dynamiques les plus intéressantes.
Arabie saoudite affiche une croissance spectaculaire de +31,86 %, portée par une stratégie volontariste d’ouverture touristique. Tunisie (+36,14 %) rebondit fortement, profitant d’un repositionnement prix agressif et d’un retour progressif de la confiance. Mais le cas le plus révélateur reste celui du Maroc.
Avec 3,03 millions de passagers et une croissance de +15,63 %, le Maroc signe l’une des meilleures performances du classement. Sur le papier, la trajectoire est impressionnante.
Mais ce chiffre mérite d’être déconstruit. D’abord, le volume reste modeste (21e position), loin derrière des concurrents directs comme le Portugal ou la Grèce. Ensuite, cette croissance repose encore largement sur des marchés traditionnels européens et sur des logiques de prix compétitifs. Autrement dit : le Maroc croît vite, mais pas encore “mieux”.
La véritable transformation se joue ailleurs, dans la capacité à capter des clientèles à forte valeur, notamment nord-américaines et moyen-orientales. Sans cela, le risque est de rester un marché de volume à marge contrainte.
Ce classement met aussi en lumière une dépendance structurelle : celle des destinations au marché britannique.
Malgré le Brexit, le Royaume-Uni demeure l’un des premiers émetteurs touristiques au monde. Mais cette dépendance est à double tranchant. La volatilité économique, les fluctuations de la livre sterling et les arbitrages budgétaires des ménages britanniques peuvent rapidement inverser les tendances.
Ce classement 2025 révèle une fracture de plus en plus nette entre deux modèles : Les destinations de volume, dominées par l’Europe du Sud et les destinations de valeur, qui misent sur le long-courrier et le haut de gamme
Dans ce contexte, le Maroc se trouve à un point d’inflexion stratégique. Sa croissance actuelle est réelle, mais elle ne sera durable que si elle s’accompagne d’un changement de modèle.
Car au fond, le véritable indicateur de performance touristique n’est plus le nombre de passagers. C’est leur valeur.





