À force de se plaire à raconter comme une évidence redondante les fameuses locutions hypnotiques de « levier stratégique », « priorité nationale », « horizon 2030 », le tourisme marocain a fini par esquiver ses propres failles. Car hormis les discours rassurants du Ministère du Tourisme, qui a réellement le droit de faire du tourisme, d’en vivre et à quelles conditions juridiques et économiques ?
Il faut admettre qu’aujourd’hui, qu’on l’accepte ou pas, le secteur avance avec une architecture réglementaire cahin-caha, parfois obsolète, souvent contournée. Résultat? insécurité juridique pour les petits opérateurs, distorsion de concurrence et, surtout, cet impensé majeur qu’est le tourisme domestique.
C’est tellement lié. Il n’existe pas, à proprement parler, de grande loi-cadre unifiée sur le tourisme au Maroc. À la place, une superposition de textes de classement hôtelier, transport touristique, guides, plateformes numériques… mais sans colonne vertébrale qui tienne sur les droits fondamentaux du voyageur et de l’opérateur.
Automatiquement, ce vide a produit. et continue de le faire, des effets concrets. Une précarité bien installée chez les acteurs informels, qu’ils soient propriétaires de logements meublés, petits investisseurs ou porteurs de projets en zones rurales… tous naviguent entre tolérance et illégalité. Des acteurs comme Airbnb ou Booking.com structurent de facto le marché, sans cadre fiscal et social totalement stabilisé à l’échelle nationale.
Face à cela, une loi-cadre pourrait, au contraire, clarifier davantage le droit d’exploiter ainsi que les normes minimales, une fiscalité désormais simplifiée, une protection suffisante du client et, surtout, une liberté d’investir et de circuler dans un cadre plus sécurisé.
Paradoxalement, le discours officiel insiste sur la montée en gamme, le luxe expérientiel, les resorts intégrés. Tandis que la majorité des Marocains n’a pas accès au tourisme structuré.
Aujourd’hui, une famille de 4 à 6 personnes se heurte à un mur tarifaire. L’offre à moins de 300 dirhams la nuitée est soit informelle, soit inadaptée, soit inexistante dans les zones à fort potentiel.
L’idée avancée des résidences touristiques accessibles (250-350 DH/nuit) n’est pas nouvelle. Ce qui manque, c’est un modèle opérationnel crédible. Comme, par exemple, du foncier mobilisé en location longue durée plutôt qu’en acquisition spéculative, des unités standardisées (appartements meublés, bungalows, mobile homes), une gestion mutualisée et une fiscalité allégée conditionnée à des plafonds de prix. Pourquoi pas ?
Le Maroc dispose d’un avantage comparatif évident grâce à son climat, la diversité de ses paysages, la proximité européenne. Pourtant, le tourisme de plein air bien capitalisé reste marginal. Dans des pays comme la France ou l’Espagne, ce segment représente une part significative des nuitées. Au Maroc, il reste freiné par des procédures d’autorisation longues et opaques, un manque de normes claires adaptées aux petites structures et par l’absence de financements dédiés.
Etc, etc…
Eureka ! Ce que changerait, par contre, une vraie loi sur le tourisme une loi ambitieuse qui ne serait pas un simple toilettage administratif, c’est d’instaurer un statut clair pour les hébergements alternatifs meublés, campings, caravaning, avec une fiscalité proportionnée et, automatiquement, un cadre de protection du voyageur. Une loi qui permette des incitations ciblées pour le tourisme social, tout en régulant les plateformes numériques adaptée au contexte marocain.
Qui plus est, continuer à concentrer l’investissement sur des pôles premium déjà saturés, ou ouvrir un second front moins rentable à court terme, mais infiniment plus inclusif du tourisme accessible.





