Oui, parmi les destinations de montagne les plus connues du Maroc, la région de Béni Mellal-Khénifra conserve cet avantage rare d’offrir certains des plus grands espaces de randonnée du pays sans subir encore les effets d’une surfréquentation massive.
Située entre les reliefs du Moyen Atlas et ceux du Haut Atlas central, la région concentre une diversité de paysages exceptionnelle. Extraordinaire! En quelques dizaines de kilomètres seulement, le randonneur peut passer des cédraies d’altitude aux canyons calcaires, des hauts plateaux pastoraux aux vallées agricoles suspendues, des lacs de montagne aux falaises dominant les gorges les plus spectaculaires du Royaume.
Cette richesse géographique explique pourquoi d’ailleurs ce beau territoire constitue aujourd’hui l’un des principaux réservoirs de tourisme de nature du Maroc. Pourtant, contrairement aux itinéraires emblématiques du Toubkal ou du M’Goun, nombre de ses sentiers demeurent relativement peu connus du grand public.
Pour de nombreux spécialistes du trekking marocain, la vallée d’Aït Bouguemez, surnommée la « Vallée Heureuse », demeure l’un des plus beaux itinéraires de randonnée du pays. Vaste cuvette située à près de 1 800 mètres d’altitude, elle comporte plusieurs dizaines de kilomètres de sentiers reliant villages traditionnels, greniers collectifs, cultures en terrasses et pâturages d’altitude.
L’intérêt du parcours réside moins dans la difficulté sportive que dans son intégrité culturelle. Les chemins traversent des douars où l’activité agricole demeure principale et où les modes de vie montagnards continuent de façonner le paysage.
Les randonnées les plus appréciées relient Tabant, Agouti, Aït Imi et le grenier collectif de Sidi Moussa, l’un des plus remarquables points de vue de la vallée.
Au printemps, lorsque les vergers sont en fleurs et que les sommets enneigés dominent encore l’horizon, le spectacle rivalise avec certaines vallées alpines européennes.
Plus au sud, Zaouiat Ahansal représente l’un des magnifiques territoires les plus spectaculaires de toute la région. L’itinéraire traverse des reliefs monumentaux où les parois calcaires atteignent parfois plusieurs centaines de mètres de hauteur.
La célèbre cathédrale rocheuse de Taghia attire depuis plusieurs années grimpeurs et randonneurs internationaux. En plus de l’escalade, les sentiers reliant Zaouiat Ahansal, Taghia et les hauts plateaux environnants figurent parmi les plus impressionnants du Maroc.
Ici, le paysage devient presque minéral. Les villages semblent accrochés à la montagne tandis que les chemins suivent d’anciens itinéraires pastoraux utilisés depuis des générations.
D’expérience client, la sensation d’isolement est réelle et constitue une partie essentielle de l’expérience.
Associé aux sports nautiques, lac Bin El Ouidane est également devenu un territoire de randonnée particulièrement intéressant. Les reliefs qui entourent le lac offrent une succession de sentiers panoramiques dominant l’une des plus vastes retenues d’eau du Royaume. Les marcheurs évoluent entre formations géologiques spectaculaires, falaises calcaires, forêts éparses et points de vue ouverts sur les eaux turquoise du barrage.
Des travaux scientifiques consacrés au Géoparc UNESCO du M’Goun ont d’ailleurs identifié plusieurs géo-itinéraires permettant de découvrir simultanément le patrimoine géologique, naturel et culturel de la zone. Les chercheurs soulignent que le potentiel de randonnée et de géotourisme autour du lac demeure encore largement sous-exploité malgré sa richesse exceptionnelle.
Revers de la médaille : plusieurs sentiers existent mais tous ne bénéficient pas encore d’une signalisation homogène ou d’équipements adaptés.
À proximité de Demnate, le pont naturel d’Imi N’Ifri constitue certainement l’un des phénomènes géologiques les plus impressionnants du Maroc. Les randonnées qui entourent le site permettent de découvrir un canyon creusé durant des millions d’années dans les formations calcaires du Haut Atlas.
Le parcours combine géologie, biodiversité et patrimoine rural. Les contrastes entre les zones agricoles, les falaises abruptes et les cavités naturelles offrent une grande diversité de paysages sur des distances relativement courtes. Cette accessibilité explique pourquoi le site attire aussi bien les randonneurs expérimentés que les familles.
Incontournable Ouzoud dans toute cette architecture naturelle, malheureusement cantonnée à ses seules cascades. Erreur ! Les sentiers qui rayonnent autour du site permettent d’explorer un territoire beaucoup plus vaste composé de vergers, d’oliveraies, de forêts et de plateaux dominant les chutes.
Plusieurs boucles de randonnée permettent d’éviter les secteurs les plus fréquentés et de découvrir des panoramas rarement observés par les visiteurs de passage. Les chemins reliant Ouzoud à certains villages voisins offrent notamment une lecture intéressante du paysage agricole traditionnel du piémont atlasique.
Quant à Khénifra, celle-ci propose une expérience radicalement différente. Ici, les randonnées traversent les grandes cédraies du Moyen Atlas, les hauts plateaux et les zones humides qui alimentent le bassin de l’Oum Er-Rbia.
Les itinéraires autour du parc national de Khénifra et des environs d’Aguelmame Azegza figurent parmi les plus beaux parcours forestiers du Maroc. Le randonneur y découvre un environnement plus frais, marqué par la présence de cèdres centenaires, de lacs d’altitude et d’une biodiversité remarquable.
Malheureusement, cette partie de la région demeure paradoxalement moins médiatisée que le Haut Atlas alors qu’elle possède un potentiel considérable pour le tourisme de nature.
Somme toute, on voit bien que la principale force de Béni Mellal-Khénifra réside dans sa diversité. En effet, peu de régions marocaines peuvent réunir sur un même territoire les cascades d’Ouzoud, les vallées d’Aït Bouguemez, les reliefs de Taghia, les paysages lacustres de Bin El Ouidane, les forêts du Moyen Atlas et les grands espaces pastoraux du Haut Atlas central. Pourtant, cette richesse reste encore insuffisamment valorisée à l’échelle internationale. On peine encore à construire une véritable économie de la randonnée à travers une signalisation des sentiers, la formation des guides locaux, le développement des hébergements ruraux, une sécurisation viable des parcours, une cartographie numérique digne, etc.
Si notre pays souhaite réellement diversifier son offre touristique au-delà du littoral et des villes impériales, les montagnes de Béni Mellal-Khénifra représentent probablement l’un des plus grands gisements de tourisme durable du pays.
Oui. Le potentiel existe déjà. Les paysages aussi. Reste désormais à capitaliser sur cette richesse naturelle pour rendre véritablement la région une destination de randonnée de référence capable de rivaliser avec les grandes régions de montagne de la Méditerranée.





