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Les CRTs, ce qui marche et ce qui ne marche pas !

Désormais, il ne s’agit plus de demander aux CRTs de « faire davantage », mais plutôt leur demander ce qu’on attend réellement d’eux, avec quels moyens, quelles données, quelle responsabilité et quel financement. C’est de cette façon là et pas autrement que la régionalisation touristique cessera d’être une simple juxtaposition de structures pour devenir un véritable système de pilotage territorial. C’est tout !

Parallèlement, si le secteur va si bien, pourquoi la relève associative professionnelle ne suit pas, l’engagement des entreprises du tourisme et leur mobilisation autour des instances associatives régionales, notamment les CRTs, semblent-ils parfois si difficiles à susciter ?

Quelle dichotomie ! Comment expliquer que le tourisme va mieux et que sa gouvernance territoriale va moins bien ?

Nos territoires disposent-ils réellement des moyens humains, financiers, technologiques et institutionnels nécessaires pour aller de pair avec cette croissance nationale et créer, en retour, de la valeur locale ? Les CRT sont bel et bien au cœur de cette équation. Leur problème est aussi celui de leur modèle.

N’empêche que certains CRTs démontrent qu’avec une équipe engagée et une stratégie porteuse, une structure touristique régionale peut produire des résultats. Marrakech-Safi organise régulièrement ses assemblées générales avec les autorités, les élus, les organisations professionnelles et les partenaires institutionnels. Celui de Casablanca-Settat porte la barre un peu haute, en asseyant la région en produit mult-pôles en voie de confirmer la destination  comme destination de séjour, d’affaires bien sûr, de culture et des sports. Celui de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma peaufine la mise à jour de nouvelle marque régionale. Celui de Béni-Mellal khénifra, dont l’équipe est majoritairement composée de jeunes femmes aguerries et battantes, restitue au produit de montagne et tourisme de nature toutes se lettres de noblesse. Celui d’Agadir Souss Massa qui n’a rien à se reprocher, rééquilibre l’identité territoriale sans beaucoup de fracas. Celui de Fez-Meknès s’est fait sa petite révolution en s’activant merveilleusement bien dans l’organisation de grands événements golfiques, sportifs et culturels avec les moyens du bord. Jamais la destination n’a été aussi animée. L’Oriental a engagé avec l’ONMT une feuille de route destinée à réduire de saisonnalité, dure problématique de qui lui a longtemps collé à la peau sa.

Le problème n’est donc pas si les CRTs fonctionnent-ils, mais pourquoi leur capacité à fonctionner dépend-elle encore autant de la qualité des personnes, de la mobilisation des professionnels et de la configuration institutionnelle de chaque territoire…

En réalité, c’est beaucoup plus sérieux. Le succès national masque une bévue territoriale flagrante. Comment ?

Commençons par le commencement ! Le Maroc possède désormais une stratégie nationale de promotion 2026-2030 qui associe l’ONMT, les CRTs, les fédérations professionnelles et l’Observatoire du tourisme. La CNT a elle-même organisé en 2025 une rencontre réunissant l’ensemble de cet écosystème autour de la nouvelle stratégie de promotion. Malgré tout, reste la capacité d’exécution sur le terrain.

Combien d’entreprises touristiques d’une région participent réellement à la gouvernance de leur CRT et avec quel poids ? Quand la majorité des grandes entreprises hôtelières multinationales n’y adhèrent pas?

Quid du nombre d’entreprises potentiellement éligibles, le nombre de membres actifs, le taux de cotisation, la participation aux assemblées générales, le nombre de voix effectivement exercées et la représentation par métier. Parce qu’une assemblée générale remplie de dirigeants institutionnels et de quelques organisations professionnelles ne produit pas nécessairement la même représentativité qu’une organisation où hôtels, agences de voyages, transporteurs touristiques, restaurants, guides, loisirs, événementiels, tourisme rural, plateformes et nouveaux opérateurs participent effectivement aux décisions.

La CNT affiche déjà parmi ses services aux membres l’accompagnement, la formation, le networking, la promotion et l’information. Les CRTs ne devraient-ils pas, pour la plupart, être capables de pouvoir proposer une valeur territoriale comparable? pourquoi pas?

Dans le cas de Casablanca-Settat, par exemple, le CRT fonctionne historiquement autour de plusieurs collèges associant autorités, élus et professionnels. Le renouvellement de ses instances 2026-2028 était précisément à l’ordre du jour du conseil d’administration de mai 2026, avec une révision des statuts et le lancement du processus électoral.  Cet épisode est intéressant parce qu’il pose une question qui vaut également pour les autres :  les règles de représentation des CRT sont-elles encore parfaitement adaptées à l’économie touristique de 2026 ?

Et pourtant, la gouvernance territoriale continue souvent de raisonner principalement à travers des catégories professionnelles classiques. Il faudrait aussi « cesser de demander aux douze CRT de fonctionner selon un modèle identique », dira un ex-président de CRT.

Casablanca-Settat travaille sur le MICE, le city-break, le tourisme d’affaires, les grands événements et la captation de la dépense d’une clientèle internationale qui ne séjourne parfois que peu de temps.

Marrakech-Safi traite simultanément la pression sur la destination, la diversification territoriale, l’extension de séjour et la diffusion des retombées au-delà de Marrakech.

Souss-Massa doit articuler Agadir avec l’arrière-pays et réduire la concentration géographique de l’offre. Les chiffres disponibles montrent déjà cette concentration quand Agadir représente une part très importante de la capacité régionale.

L’Oriental doit résoudre la question de la saisonnalité et de l’accessibilité. Draa-Tafilalet, malgré toute la bonne volonté de ses opérateurs, est toujours en bute à des problèmes structurels à la recherche de cette main tendue qui tarde à venir, bloquée à la deuxième vitesse…

Drâa-Tafilalet doit capitaliser ses extraordinaires actifs naturels et culturels pour devenir des produits efficacement commercialisables, accessibles et économiquement pérennes.

Béni Mellal-Khénifra doit résoudre davantage le problème classique des territoires à fort potentiel mais à faible visibilité internationale.

Et ainsi de suite. A quelles conditions ? Le financement doit changer de logique. Le financement public ne devrait pas disparaître. Au contraire.

C’est normal, pour bien assumer sa représentativité, un quelconque CRT devrait disposer d’un financement de fonctionnement sécurisé, d’un budget territorial de promotion, d’un budget d’ingénierie de projets, d’un budget consacré aux données  et d’un financement privé clairement identifié. Malheureusement, ce n’est pas du tout le cas…

Bon gré mal gré, il serait injuste de présenter les CRTs du Royaume comme les maillons faibles du tourisme marocain. Les réalisations de plusieurs régions montrent au contraire qu’ils peuvent être des contributeurs efficaces. Mais il serait tout aussi imprudent de considérer que les succès nationaux démontrent automatiquement leur solidité, quand le corps associatif professionnel a très rarement la forme, pour ne pas dire handicapé dans l’exercice de ses missions…

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