Selon un communiqué de presse diffusé par Royal Air Maroc, on apprend que celle-ci lancera le 1er novembre 2026 une liaison directe entre Casablanca et Essaouira, à raison de deux allers-retours par semaine, avec un tarif annoncé de 800 DH en classe économique. Certes, une avancée attendue pour l’accessibilité de la cité des Alizés, qui pourra bénéficier des correspondances internationales via Casablanca. Néanmoins, quel appareil sera affecté à la ligne, quelle contribution financière la région Marrakech-Safi s’est-elle engagée à apporter et comment mesurer les retombées économiques de cette desserte ?
La nouvelle est bienvenue pour Essaouira. En rétablissant une liaison aérienne directe avec Casablanca, Royal Air Maroc ouvre une possibilité supplémentaire aux voyageurs marocains, aux visiteurs internationaux en correspondance et aux professionnels qui souhaitent rejoindre la ville sans dépendre exclusivement des transferts routiers depuis Marrakech ou d’autres points du Royaume.
La compagnie annonce deux allers-retours hebdomadaires, le mercredi et le dimanche, dans le cadre d’une convention signée avec la région Marrakech-Safi. Le tarif est fixé à 800 DH l’aller-retour en classe économique et à 1 600 DH en Business. Le vol du mercredi quittera Casablanca à 16 heures pour arriver à Essaouira à 17 h 20, avant le retour programmé à 18 heures. Le dimanche, le départ de Casablanca est prévu à 8 h 20, avec une arrivée à 9 h 40 ; le vol retour décollera d’Essaouira à 10 h 20.
La durée annoncée du trajet est d’une heure vingt. Selon la compagnie, cette nouvelle desserte permettra également de relier Essaouira aux 86 destinations internationales de son réseau via son hub de Casablanca.
L’annonce est donc on ne peut plus claire sur le calendrier, les horaires et les tarifs. Elle l’est beaucoup moins sur les paramètres économiques de l’opération. Or, une liaison aérienne soutenue dans le cadre d’un partenariat territorial doit aussi être appréciée à partir de ses coûts, de son remplissage et des retombées qu’elle génère.
Quel avion Royal Air Maroc affectera-t-elle à cette liaison ? La flotte de la compagnie comprend notamment des ATR 72-600 de 70 sièges, des Embraer 190 de 96 sièges et des Boeing 737 dont la capacité varie selon la configuration. Or, on ignore encore quel type d’appareil est retenu pour Casablanca–Essaouira.
C’est quand même important à préciser lequel ! Vu qu’une liaison opérée avec un appareil de 70 sièges ne présente ni la même capacité commerciale ni le même potentiel de recettes qu’une desserte assurée par un avion de 140 à 160 sièges. Elle ne répond pas non plus nécessairement aux mêmes contraintes de rentabilité. À ce stade, aucune conclusion sérieuse ne peut être tirée sans connaître la décision opérationnelle de RAM.
Faisons un petit calcul: sur la base de deux allers-retours par semaine, d’un appareil de 140 sièges et d’un tarif de 800 DH par aller-retour, les recettes annuelles pourraient atteindre environ 10 millions de DH. Ce calcul théorique est même légèrement supérieur. Avec 140 sièges, deux allers-retours hebdomadaires et 52 semaines d’exploitation, la capacité maximale correspondrait à 14 560 voyages aller-retour de passagers par an, à condition que les sièges soient disponibles et commercialisés dans les deux sens. Multipliée par le tarif annoncé de 800 DH, cette capacité représenterait 11,648 millions de DH de recettes brutes théoriques annuelles. Mais ce montant suppose un remplissage de 100 %, des billets tous vendus au tarif de référence et des passagers effectuant effectivement l’aller-retour. Il ne constitue ni un chiffre d’affaires prévisionnel officiel de RAM ni une recette garantie.
Le taux de remplissage modifie sensiblement le résultat. Avec 60 % des sièges occupés, les recettes brutes théoriques seraient d’environ 6,99 millions de DH par an. À 75 %, elles atteindraient 8,74 millions de DH ; à 85 %, elles approcheraient 9,90 millions de DH.
Si l’appareil retenu était un ATR de 70 sièges, le plafond théorique tomberait à 5,824 millions de DH annuels, toujours sur la base de deux allers-retours par semaine et d’un tarif de 800 DH. Avec un taux de remplissage de 75 %, les recettes correspondantes seraient d’environ 4,37 millions de DH.
Ces calculs ne tiennent compte ni de la répartition entre les classes économique et Business, ni des tarifs réellement encaissés, ni des taxes, redevances et commissions, ni des coûts liés à l’exploitation des appareils et des rotations.
La convention conclue avec la région Marrakech-Safi constitue un élément important du dossier. Mais le montant de l’éventuelle contribution régionale, sa durée et ses modalités ne sont pas établis par les informations publiques consultées. Les hypothèses de 5 millions ou de 7,5 millions de DH évoquées dans les calculs préliminaires doivent donc rester tout de même des points à vérifier.
S’agit-il d’une enveloppe annuelle ou pluriannuelle ? Le versement est-il conditionné au maintien de la ligne, à un nombre minimal de rotations ou à des objectifs de fréquentation ? La convention prévoit-elle des engagements précis en matière de tarifs, de promotion ou de continuité du service ?
L’un des principaux arguments commerciaux de RAM tient à la connexion d’Essaouira au réseau international de la compagnie via Casablanca. Pour les voyageurs étrangers, cette possibilité pourrait réduire la dépendance aux transferts routiers et faciliter l’intégration d’Essaouira dans un circuit marocain.
Le départ du dimanche matin depuis Essaouira, par exemple, ne sera véritablement intéressant pour un voyageur international que s’il lui permet de rejoindre son vol de continuation dans des conditions satisfaisantes. Le même raisonnement vaut pour les arrivées à Essaouira en provenance de Casablanca.
Pour un résident de Casablanca, un aller-retour à 800 DH peut faciliter une escapade de quelques jours. Pour un visiteur étranger, l’intérêt sera plus évident si le billet peut être associé à deux ou trois nuits d’hébergement, à des transferts, à des visites culturelles ou à des expériences gastronomiques.
La bonne nouvelle mérite d’être saluée sans que l’analyse s’arrête au communiqué de lancement. Pour Essaouira, l’enjeu se joue au niveau des séjours supplémentaires, en activité pour les entreprises touristiques locales et en valeur réelle et pérenne pour la destination.




