Paradoxe. Bien que les annonces d’ouvertures d’hôtels se multiplient et se succèdent, malheureusement une part non négligeable du parc hôtelier national agonisant à petit feu disparaît.
À l’image de la France où plus de 400 hôtels ferment chaque année, le Maroc connaît lui aussi une érosion de son offre, tout de même moins spectaculaire, mais plus opaque. L’absence de statistiques consolidées et précises sur les fermetures tait souvent un mouvement de reconversions, déclassements, mises sous cocon ou abandons définitifs. S’il y a croissance sûre des lits touristiques, il n’en demeure pas moins que l’équilibre du parc hôtelier national reste fragile et largement territorial.
Officiellement, le Maroc poursuit l’extension de sa capacité d’accueil, portée par des investissements dans les grandes destinations, Marrakech, Agadir, Tanger, Casablanca ou encore la façade atlantique. Les programmes liés à la feuille de route tourisme 2023-2026 et à la perspective de la Coupe du monde 2030 stimulent évidemment avec grand enthousiasme ouvertures et rénovations majoritairement accompagnées. Comme quoi, le parc évolue davantage par substitution que par expansion nette.
Dans plusieurs régions, des établissements sortent du marché sans être comptabilisés comme disparitions au sens statistique. Ils changent de statut (résidence touristique, location meublée, clinique privée, centre de formation), restent fermés plusieurs années, ou fonctionnent de manière intermittente. Le résultat est un glissement progressif d’un Maroc qui gagne des chambres dans les pôles majeurs mais en perd d’autres dans les destinations laissées malheureusement pour compte, comme à Ouarzazate et dans l’Oriental.
Les fermetures concernent d’abord les villes thermales, les stations de montagne, les centres historiques de taille moyenne et certaines destinations balnéaires anciennes. En effet, des villes comme Ifrane, Azrou, Sefrou, Ouarzazate ou encore certaines zones de Tétouan voient disparaître ou se transformer des hôtels indépendants ouverts dans les années 1980-2000.
La plupart du temps, cela est dû à transmission impossible. Beaucoup d’hôtels familiaux arrivent au moment de la retraite de leurs fondateurs. Sans repreneur solvable, les établissements ferment ou se transforment en immeubles résidentiels. Le phénomène est particulièrement visible dans le Moyen Atlas et certaines médinas secondaires. Ou encore, hors grandes destinations, le taux d’occupation annuel reste souvent inférieur à 30-35 %. La saisonnalité, la dépendance au marché national et la hausse des coûts rendent les rénovations difficiles. Les établissements vieillissent, perdent leur classement et finissent par sortir du marché, tel à Agadir où le phénomène est plus frappant. Si ce n’est, par ailleurs, l’essor des plateformes de location courte durée dans les villes touristiques intermédiaires qui a capté une part importante de la demande domestique. À Essaouira, par exemple, plusieurs petits hôtels ont été convertis en maisons d’hôtes ou en appartements locatifs plus rentables à court terme.
À l’inverse, les grandes métropoles et hubs touristiques gagnent des chambres. Marrakech, Agadir, Tanger et Casablanca concentrent l’essentiel des ouvertures et des rénovations lourdes. Les marques internationales et les groupes nationaux y investissent massivement, profitant d’une demande stable et d’une meilleure accessibilité aérienne.
Ces ouvertures compensent partiellement les sorties du parc ailleurs dans le pays. Mais l’équilibre demeure fragile, vu que la croissance se concentre géographiquement, créant une fracture territoriale comparable à celle observée en Europe. Les régions moins denses perdent des lits, tandis que les pôles majeurs en gagnent.
Contrairement à la France, où les cabinets spécialisés publient des bilans précis des créations et disparitions d’hôtels, le Maroc ne dispose pas d’un organe public consolidé des fermetures. Les statistiques se concentrent sur les ouvertures, les capacités classées ou les nuitées. Les hôtels fermés temporairement, déclassés ou reconvertis restent souvent hors radar.
Les professionnels évoquent pourtant un mouvement régulier. Chaque année, plusieurs dizaines d’établissements sortent du marché de manière définitive ou quasi définitive, tandis qu’un nombre comparable ouvre ou se repositionne. Le solde net reste légèrement positif en lits, mais négatif dans certains territoires.
Dans les médinas de Fez ou de Meknès, certains petits hôtels ont été absorbés par le marché des maisons d’hôtes. Sur la côte atlantique sud, des unités balnéaires construites dans les années 1990 ont cessé leur activité sans être officiellement retirées des statistiques.
Nonobstant, pourquoi les ouvertures restent quand même indispensables?
Comme en France, les créations d’hôtels au Maroc sont nécessaires pour maintenir l’équilibre du parc. Les nouvelles ouvertures compensent les sorties invisibles et permettent de renouveler une offre souvent vieillissante. Sans elles, la capacité nationale stagnerait, voire reculerait.
Mais comment éviter que certaines régions perdent toute capacité hôtelière structurée ? Comment accompagner la transmission des établissements indépendants ? Comment intégrer la location meublée dans une stratégie globale d’hébergement ?
Les politiques d’investissement poursuivies par le Gouvernement se focalisent principalement sur les ouvertures et les grands projets. Les fermetures, elles, restent peu étudiées. Pourtant, la préservation d’un maillage hôtelier équilibré est stratégique pour la cohésion territoriale et l’attractivité globale du pays.
Ok pour les inaugurations spectaculaires, peut-être moins face à cette autre réalité qui se joue d’un parc hôtelier qui se transforme, se déplace et parfois s’efface, loin des projecteurs, mais au cœur de l’équilibre touristique marocain.



