Il n’y a pas longtemps, le Gouvernement tenait pour règle ce réflexe, qui lui colle tellement à la peau, d’attendre que les opérateurs suffoquent, puis d’annoncer une mesure symbolique, souvent trop tardive et trop administrative pour sauver quoi que ce soit. Mais il semble cette fois, ce réflexe soit quelque peu différent. Eurêka ! Le gouvernement commence à réagir plus vite face aux contraintes réelles du terrain, en particulier dans le transport touristique, devenu l’un des maillons les plus fragiles de la chaîne.
Depuis la mi-mars, le gasoil a repris sa course folle. Pour une entreprise de transport touristique exploitant dix autocars, par exemple, cela représente plusieurs dizaines de milliers de dirhams de charges supplémentaires par mois, sans possibilité de répercuter immédiatement ces coûts sur des contrats déjà signés avec des tour-opérateurs étrangers ou des agences locales.
La nouveauté n’est donc pas tant l’existence d’une aide publique que sa rapidité. Là où, auparavant, les professionnels devaient attendre des mois, parfois une saison entière, le gouvernement a remis en place en quelques semaines un mécanisme de soutien direct. Certes, ce soutien reste imparfait car il est soumis à une TVA de 20 %, ce qui réduit mécaniquement son efficacité, et dans les faits il ne couvre qu’environ la moitié de la hausse récente du gasoil. Mais pour un secteur habitué au silence administratif, c’est déjà un changement de culture.
En d’autres termes, l’État ne compense plus totalement les crises, il cherche désormais à empêcher qu’elles ne dégénèrent. C’est moins spectaculaire qu’une grande réforme, mais probablement plus utile. Une aide qui absorbe 50 % de la hausse du carburant ne résout pas le problème de fond, cependant elle permet à certaines entreprises de tenir quelques mois de plus, d’éviter des licenciements immédiats ou de maintenir des circuits touristiques dans des régions déjà fragiles.
De l’avis de de la Fédération Nationale des Transporteurs Touristiques affiliés à la CGEM, ce déplacement est important. Pendant des années, la logique dominante au sein de l’administration marocaine a consisté à traiter les entreprises touristiques en tant que structures capables d’absorber seules tous les chocs de pandémie, inflation, hausse des salaires, explosion des prix du carburant, tensions sur le crédit. Résultat, beaucoup ont survécu à coups de découverts bancaires, de retards de paiement et de bricolages comptables.
Aujourd’hui, un autre raisonnement semble émerger, celui de préserver la trésorerie des entreprises avant qu’elles ne tombent. C’est là que la question des reports de charges, de cotisations sociales ou d’impôts devient centrale. « Si demain le gouvernement autorise, même de manière temporaire, le report de paiement de certaines taxes ou contributions sociales pour les transporteurs et les opérateurs touristiques, alors il franchira un cap décisif », nous confie un opérateur du secteur.
Car dans ce secteur, @la trésorerie vaut souvent plus qu’une subvention. Une entreprise peut supporter un surcoût temporaire si elle n’est pas obligée, au même moment, de payer TVA, CNSS, échéances bancaires et impôts. En revanche, quand tous les prélèvements arrivent simultanément, même une société rentable finit par manquer d’oxygène », ajoute t-il.
Selon lui, le vrai sujet n’est donc plus de savoir si l’État doit aider, mais comment. Une aide ponctuelle, taxée à 20 %, donne le sentiment paradoxal que l’État reprend d’une main ce qu’il verse de l’autre. Une suspension provisoire de certaines charges, ou un étalement automatique des paiements pour les entreprises du tourisme, aurait un effet beaucoup plus puissant et beaucoup moins coûteux budgétairement.
Bon gré mal gré, le gouvernement marocain commence, donc, manifestement à comprendre que la résilience du secteur touristique ne se construit pas seulement avec des campagnes de communication, des chiffres records ou des inaugurations d’hôtels. Elle se construit aussi dans les garages des transporteurs, dans les petites agences réceptives, dans les entreprises qui n’ont ni réserves financières ni accès facile au crédit.
C’est peut-être là le changement le plus intéressant, quand l’administration ne regarde plus uniquement le tourisme à travers ses recettes ou ses statistiques. Elle commence, enfin, à regarder ses coûts





