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Le parking de l’aéroport de Tanger est devenu le premier goulot d’étranglement du voyage

La scène se répète chaque été à l’aéroport de Tanger Ibn Battouta. Des files de voitures immobilisées sous la chaleur, des conducteurs qui avancent mètre par mètre, des familles qui ratent parfois un rendez-vous ou un vol, et des visiteurs qui découvrent la destination par une expérience de congestion plutôt que par une impression d’efficacité. Cette photo prise récemment atteste de l’engorgement du parking et des voies de sortie durant les périodes de forte affluence.

Le problème n’est pas tant l’existence d’un trafic important. Une croissance du nombre de passagers est généralement une bonne nouvelle pour un aéroport. Le véritable problème réside dans l’écart entre l’augmentation de la fréquentation et l’adaptation des infrastructures de circulation au sol. Un calcul simple qui révèle une anomalie d’organisation…

Selon les observations rapportées par plusieurs usagers, la sortie du parking repose fréquemment sur deux guichets seulement, alors que plusieurs centaines de véhicules peuvent se présenter sur une période relativement courte.

Le calcul est élémentaire. Si un guichet traite en moyenne un véhicule par minute, temps de paiement, validation du ticket, ouverture de la barrière et redémarrage du véhicule compris, deux postes permettent d’absorber environ 120 véhicules par heure.

Dès lors qu’un flux de plus de 200 véhicules se présente simultanément, notamment après plusieurs arrivées ou départs rapprochés, le système atteint rapidement sa limite. L’attente peut alors dépasser une heure, ce qui correspond précisément aux retours de terrain observés durant la haute saison.

Serait-ce du à un manque de capacité ou d’une absence de gestion différenciée des flux? Dans les deux cas, c’est là une erreur fondamentale de mélanger dépose-minute et stationnement…

Par exemple, dans a plupart des grands aéroports internationaux, trois usages distincts sont clairement séparés : la dépose rapide des passagers, la récupération des arrivants et le stationnement de moyenne ou longue durée.

À Tanger, de nombreux usagers dénoncent une configuration qui oblige pratiquement tout véhicule à pénétrer dans le parking payant, même lorsqu’il s’agit simplement de déposer un passager pendant quelques minutes. Évidemment que cette approche crée mécaniquement une congestion artificielle.

Une voiture qui dépose un voyageur en moins de deux minutes utilise pourtant les mêmes infrastructures qu’un véhicule stationné plusieurs heures. Les deux flux se retrouvent mélangés, saturant les accès et les sorties. Le résultat est paradoxal : un système conçu pour organiser la circulation finit par la ralentir.

Parallèlement, la gare ferroviaire de Tanger offre déjà un modèle. En effet, la comparaison avec la gare Tanger-Ville est particulièrement pertinente. Son infrastructure ferroviaire dispose d’espaces de dépose-minute permettant aux automobilistes de déposer ou récupérer des voyageurs sans être contraints d’entrer dans un circuit de stationnement complexe.

Il est difficile de comprendre pourquoi un équipement accueillant plusieurs centaines de milliers de passagers aériens chaque année ne dispose pas d’un dispositif comparable.

Nous sommes devant un risque pour l’image touristique du territoire… Pour un visiteur étranger, l’aéroport constitue souvent le premier et le dernier contact avec une destination. Une heure d’attente dans un parking à la sortie de l’aéroport laisse une impression ineffaçable, particulièrement lorsqu’elle survient après un vol long-courrier.

Le contraste est d’autant plus frappant que Tanger bénéficie aujourd’hui d’une dynamique touristique importante, portée par son développement hôtelier, sa desserte aérienne croissante et l’attractivité du nord du Maroc.

Investir dans des campagnes de promotion internationale tout en laissant persister des dysfonctionnements aussi visibles revient à négliger l’un des maillons les plus concrets de la chaîne d’expérience du voyageur.

Ironie du sort, des solutions connues et relativement peu coûteuses peuvent être inspirantes.

Contrairement à d’autres projets d’infrastructure nécessitant des investissements lourds, certains professionnels suggèrent plusieurs mesures pourraient être mises en œuvre rapidement : Créer une véritable dépose-minute gratuite, limitée à quelques minutes, physiquement séparée du parking principal. Ajouter au minimum deux guichets de sortie supplémentaires durant les périodes de pointe estivales et lors des grands départs liés au pèlerinage. Installer des systèmes de paiement automatisés avant la sortie afin de réduire le temps de traitement aux barrières. Mettre en place une gestion saisonnière dynamique, avec des effectifs renforcés pendant les périodes critiques plutôt qu’une organisation uniforme toute l’année. Revoir les voies d’accès, afin qu’un automobiliste souhaitant simplement déposer un passager ne soit pas contraint d’emprunter le même parcours qu’un véhicule destiné au stationnement. Exploiter les données de trafic pour anticiper les pics liés aux arrivées simultanées de plusieurs vols ou aux vagues de départs estivaux…

Le débat ne porte finalement ni sur le prix du parking ni sur le nombre de touristes accueillis. Il porte plutôt et tout simplement la fluidité. Un aéroport performant n’est pas seulement celui qui ajoute des vols ou agrandit son terminal. C’est aussi celui qui permet à un voyageur d’entrer et de sortir rapidement de la plateforme.

À Tanger, le défi qui se pose lourdement n’est plus de constater l’existence du problème. Les files d’attente observées chaque été en apportent déjà la preuve. Il consiste désormais à adapter une infrastructure conçue pour un trafic d’hier aux réalités d’une fréquentation qui continue de progresser.

Car si attirer davantage de visiteurs est un objectif légitime, encore faut-il que les infrastructures les plus élémentaires, accès routiers, dépose-minute, circulation et sortie des parkings suivent le même rythme de modernisation. La destination Maroc 2030 se juge aussi dans ces détails opérationnels. Et lorsqu’une heure est perdue pour quitter un parking, ce n’est plus un détail, c’est un dysfonctionnement qu’il faut régler.

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