Après plus d’une décennie de fermeture, la grotte de Friouato à Taza, a retrouvé la forme. Cette réouverture constitue l’un des faits touristiques les plus intéressants de l’année pour le Moyen Atlas oriental. Car elle remet en service un site naturel à forte notoriété et peut désormais servir de point d’ancrage à une offre beaucoup plus structurée autour de la montagne, de la nature, de la spéléologie et de l’écotourisme. N’empêche que sa fermeture pendant une dizaine d’années aura laissé des traces.
La grotte de Friouato, située au cœur du Parc national de Tazekka, constitue l’un des sites karstiques les plus spectaculaires du Maroc. Le site avait été fermé en 2016 après un accident mortel lié à un éboulement rocheux. La fermeture, qui devait répondre avant tout à une exigence de sécurité, s’est finalement prolongée pendant plus d’une décennie.
Le chantier de réhabilitation a véritablement pris une nouvelle dimension à partir de décembre 2023. Les travaux ont porté sur la sécurisation de la cavité, la réhabilitation de son entrée, le traitement des zones instables, la rénovation et l’élargissement de certains passages ainsi que la mise en place d’un éclairage adapté.
Les professionnels de la région Fez-Meknès déclarent, en revanche, que les différents programmes d’intervention ne correspondent pas exactement au même périmètre. « Une première phase de sécurisation de la cavité a mobilisé plus de 12 millions de dirhams, tandis que le programme global de réhabilitation et d’aménagement annoncé en 2026 dépasse 42 millions de dirhams », selon l’un d’eux. On apprend aussi que ce montant comprend notamment plus de 34 millions de dirhams consacrés à la sécurisation de la grotte et environ 8,5 millions pour l’aménagement de ses abords.
Apparemment, il ne s’agit pas d’une simple remise en état cosmétique. L’objectif était de rendre à nouveau exploitable un site présentant de véritables contraintes géologiques et de sécurité.
De toute évidence, la différence avec le Friouato d’avant 2016 ne se limite donc pas à une nouvelle couche de peinture. Les interventions ont concerné des secteurs situés à plus de 130 mètres de profondeur. Les travaux ont notamment permis de conforter les zones instables, de réaménager certains passages et d’améliorer les conditions de circulation à l’intérieur de la cavité. Un système d’éclairage moderne a également été installé.
À l’extérieur, le projet a également changé la physionomie du site à travers des voies d’accès, des sentiers, des passerelles et escaliers, stationnement, réseaux d’évacuation des eaux pluviales, alimentation en eau potable, éclairage, espaces de repos, aires de jeux et signalétique font partie des aménagements annoncés. C’est précisément ce qui faisait défaut à Friouato avant sa fermeture.
In fine, combien de personnes vont visiter Friouato ? Mieux, combien de visiteurs supplémentaires cette réouverture peut-elle faire rester à Taza, consommer à Taza et découvrir les autres sites de la province ?
Car Friouato dispose de l’avantage considérable qu’il il n’est pas isolé. Il appartient à un ensemble naturel beaucoup plus vaste, le Parc national de Tazekka, créé en 1950 et étendu au fil du temps. Le parc protège notamment des écosystèmes forestiers, la cédraie du Jbel Tazekka, des paysages montagneux et plusieurs sites naturels. Le site officiel du parc met précisément en avant la conservation de la biodiversité, l’écotourisme, l’éducation à l’environnement et la recherche scientifique parmi ses missions. Le potentiel est donc celui d’un circuit, et non d’une attraction isolée.
« Friouato peut être combiné avec Bab Boudir, les forêts de Tazekka, les cascades de Ras El Ma, les parcours de randonnée, les paysages du Moyen Atlas et d’autres curiosités naturelles », nous confie un opérateur de Fez, en soulignant d’ailleurs l’existence d’un circuit touristique d’environ 76 kilomètres autour du Parc national de Tazekka. « Il faut éviter l’erreur de considérer Friouato uniquement comme un produit destiné aux spéléologues étrangers », enchaîne t-il.
Faut-il comprendre dès lors que le premier marché potentiel reste le tourisme intérieur, puisqu’il constitue un marché beaucoup plus proche. En effet, les familles marocaines, les jeunes, les groupes scolaires, les associations de randonnée, les clubs sportifs et les amateurs de nature constituent une clientèle importante pour ce type de produit. Viennent ensuite les visiteurs étrangers intéressés par le tourisme de nature, l’aventure, la géologie, la photographie, la randonnée ou la spéléologie.
Reste tout de même comment attirer tout ce beau monde, en passant d’un site « à visiter » à une expérience touristique vendable.
« Cela suppose, aux yeux de notre interlocuteur, des guides formés, des parcours clairement définis selon les niveaux de difficulté, des informations en plusieurs langues, une billetterie organisée, des horaires fiables, une présence numérique forte et des produits combinés avec l’hébergement et la restauration ». De cette façon, l’effet économique peut être supérieur au simple prix du billet…
Un visiteur qui vient uniquement voir Friouato, prend quelques photographies et repart dans l’heure produit un impact économique limité. « Un visiteur qui arrive le matin, déjeune à Taza ou Bab Boudir, visite la grotte, effectue une randonnée, découvre le parc et passe une nuit dans la région produit une valeur beaucoup plus importante », précise t-il.
Justement, c’est d’ailleurs l’un des intérêts du tourisme de nature quand une partie de la dépense peut être distribuée dans un territoire rural plutôt que concentrée dans quelques établissements touristiques.
Pour rappel, le programme GO Siyaha Days organisé à Taza en juillet 2025 avait précisément mis en évidence l’existence d’opportunités de développement touristique local et la nécessité d’accompagner les entreprises de la province. Oui, Taza a besoin de visiteurs… mais surtout de nuitées. Son problème est aussi celui de la conversion de l’attractivité en consommation touristique. Et à l’intérieur même de Fez-Meknès, Taza doit encore trouver sa place.
C’est peut-être la seule condition pour Friouato de devenir l’un des produits emblématiques d’une stratégie de tourisme de montagne dans le Moyen Atlas oriental. C’est important pour une destination comme Taza, qui ne peut évidemment pas rivaliser en city-break.
Elle doit jouer une autre carte. Et cette carte est précisément celle de la nature, du patrimoine, de la montagne et de l’aventure.
Mais attention, Friouato est une cavité fragile. Son intérêt touristique est directement lié à son environnement géologique et naturel. La sécurisation des visiteurs doit donc aller de pair avec la protection du site.
Faut-il encore que les acteurs locaux cessent de considérer la grotte comme une attraction autonome et la positionnent au centre d’une offre territoriale plus large.
Taza possède déjà les ingrédients. Un parc national, une montagne, des forêts, des paysages, des circuits, un patrimoine naturel et culturel, une situation géographique intéressante entre Fez et l’Oriental et désormais une attraction majeure remise en service. Ce qui manque encore, c’est une commercialisation suffisamment agressive et professionnelle de cet ensemble.
La réouverture de Friouato est le véritable point de départ pour changer d’écosystème markettable… Pourquoi pas ? Si Taza parvient à transcender une visite de deux heures en une journée complète, puis une journée en week-end, Friouato aura réussi bien davantage qu’à retrouver ses visiteurs, car le site aura contribué à replacer Taza sur la carte du tourisme de nature marocain.





