Fiscalité, SMIG, auto-entrepreneuriat, emploi, capacités hôtelières, autant de thématiques défendues aux enchères électorales pleines de bonnes intentions chez la plupart des candidats. Extraordinaires promesses, souvent aventureuses, à l’approche des législatives du 23 septembre, où les partis en compétition ont bizarrement beaucoup à dire sur le pouvoir d’achat et nettement moins sur l’économie réelle du tourisme. Voyons, donc !
Oui. Il y a quelque chose de nouveau dans la campagne de ces législatives où le tourisme figure abondamment dans les objectifs, beaucoup moins dans les mécanismes du comment.
Les partis promettent davantage d’emplois, de pouvoir d’achat, des baisses d’impôt, des salaires minimums plus élevés et, pour certains, davantage de touristes. Le PAM vise 32 millions de touristes en 2031. Le PPS en annonce 30 millions, accompagnés de 200 000 lits supplémentaires. Le gouvernement sortant revendique près de 20 millions de visiteurs en 2025 et la feuille de route nationale vise 26 millions à l’horizon 2030.
Certes, ces objectifs sont ambitieux. Toutefois, ils ne répondent pas à la question plus embarrassante de quelle économie touristique veut-on réellement faire fonctionner ?
Le scrutin du 23 septembre renouvellera les 395 sièges de la Chambre des représentants. La campagne officielle se déroulera du 10 au 22 septembre. Dans cette compétition, le pouvoir d’achat constitue le principal terrain de confrontation.
Le PAM propose une refonte de l’impôt sur le revenu. 3 tranches au lieu de six, un taux de 0 % jusqu’à 15 000 DH de salaire brut mensuel, 10 % entre 15 000 et 46 000 DH et 20 % au-delà.
Manifestement, le coût potentiel de cette réforme a été évalué, sur la base de simulations à plus de 30 milliards de DH de recettes fiscales en moins. Sachant que le PAM n’a pas, à ce stade, publié un chiffrage budgétaire détaillé permettant d’en apprécier précisément le financement.
Pour les salariés du tourisme, l’effet serait très différencié. Un employé rémunéré 7 000 ou 9 000 DH brut pourrait bénéficier d’un gain sensible de revenu disponible. Un directeur d’établissement à 25 000 ou 30 000 DH serait dans une tout autre situation. Cette distinction est déterminante dans un secteur où les rémunérations modestes représentent une part importante de l’emploi.
Le RNI a placé le SMIG à 5 000 DH au cœur de son programme. Mohamed Chouki, président du parti, l’a annoncé le 4 septembre 2026. Le programme comporte également des mesures destinées aux travailleurs saisonniers, notamment dans le tourisme.
Pour un salarié rémunéré au minimum légal, l’objectif est d’augmenter le revenu. Pour l’entreprise, le calcul est différent. Un hôtel, un restaurant ou une agence ne raisonne pas en salaire net, mais en coût global d’emploi. Dans un établissement saisonnier, la difficulté est encore plus forte quand les besoins en personnel peuvent doubler ou tripler pendant quelques mois avant de retomber.
Le problème n’est pas de savoir si 5 000 DH est un objectif socialement souhaitable. Il est de savoir comment éviter que la hausse du coût du travail ne soit absorbée par les marges déjà fragiles des petites entreprises touristiques, ou répercutée intégralement sur les prix.
Le PPS défend une architecture fiscale différente, avec un seuil d’exonération d’IR annoncé à 60 000 DH annuels et un taux de 40 % au-delà de 500 000 DH de revenus. Il prévoit également des mesures fiscales destinées aux petites entreprises.
Sur le tourisme, le parti vise 30 millions de visiteurs en 2031, 200 000 lits supplémentaires, une hausse de 50 % des recettes et 50 000 professionnels formés. Il annonce 15 milliards de DH sur cinq ans pour l’artisanat et le tourisme. Néanmoins, où seront construits les 200 000 lits et avec quel niveau de demande ?
La feuille de route nationale vise déjà 26 millions de touristes en 2030 et identifie simultanément l’aérien, l’hébergement, l’animation, le capital humain et l’observation touristique comme des leviers essentiels. Cela signifie que le problème est de construire au bon endroit et au bon moment.
À fin mai 2026, Marrakech représentait 33 % des nuitées nationales dans les établissements d’hébergement touristique classés. La destination avait enregistré 6,05 millions de nuitées, avec un taux d’occupation de 72 %, contre 56 % au niveau national.
Le contraste est instructif. Le Maroc peut donc avoir simultanément une demande très forte à Marrakech et des capacités moins utilisées ailleurs. Justement, dans quelles destinations manque-t-il des chambres réellement accessibles et compétitives ?
Une chambre supplémentaire dans une destination déjà saturée telle Marrakech n’a pas la même valeur économique qu’une chambre dans une région comme disposant d’un potentiel touristique mais insuffisamment desservie comme Ouarzazate.
La feuille de route nationale identifie la capacité aérienne et les liaisons point-à-point comme l’un des principaux leviers de croissance. Pourtant, les programmes électoraux consacrent relativement peu d’attention au coût et à la répartition de l’accessibilité aérienne.
Les programmes promettent des emplois, mais la question décisive est celle des compétences disponibles. Le tourisme peut créer des postes tout en manquant de profils opérationnels en cuisiniers, pâtissiers, gouvernantes, réceptionnistes multilingues, techniciens de maintenance, spécialistes du revenue management, responsables MICE ou cadres intermédiaires.
Le problème est comment rapprocher la formation de la demande réelle des entreprises.
Le PAM promet au moins un million d’emplois nets et vise un taux de chômage de 7 % en 2031. Mais les données du HCP montrent la difficulté du défi : en 2025, l’économie nationale a créé 193 000 emplois tandis que le chômage demeurait à 13 %. Il atteignait 37,2 % chez les 15-24 ans et 20,5 % chez les femmes. Le sous-emploi s’établissait à 10,9 %.
Le débat électoral offre aux fédérations et associations professionnelles une occasion de passer d’une logique de revendications dispersées à une logique de contrat sectoriel. Oui, au lieu d’aligner des demandes, elles pourraient exiger de chaque candidat des réponses chiffrées sur dix dossiers : le coût fiscal et social de l’emploi touristique, l’accompagnement du SMIG, la réforme de l’auto-entrepreneuriat, le financement de la formation, la rénovation du parc, la politique aérienne des destinations secondaires, le tourisme intérieur, la mesure de la capacité réellement opérationnelle, la répartition territoriale de la valeur touristique et la publication régulière des comptes et indicateurs du secteur.
Finalement, il serait artificiel de désigner un « parti du tourisme ».
Le PAM se distingue par une réforme fiscale ambitieuse et un objectif d’un million d’emplois. Sa proposition concernant les prestataires individuels de services mérite également d’être examinée. La faiblesse est principalement budgétaire : l’ampleur de l’allègement fiscal annoncé appelle un chiffrage et une trajectoire de financement beaucoup plus précis.
Le PPS relie plus explicitement tourisme, investissement, formation et fiscalité. Sa proposition sur le plafond de 80 000 DH par client constitue l’une des mesures les plus directement pertinentes pour certains indépendants du secteur. Reste à démontrer le coût, le calendrier et les mécanismes de contrôle des nombreuses mesures annoncées.
Le RNI défend les résultats du gouvernement sortant tout en promettant désormais un SMIG à 5 000 DH et une meilleure prise en compte des travailleurs saisonniers. Sa difficulté est particulière. Après cinq années au pouvoir, il doit expliquer non seulement ce qu’il fera, mais pourquoi certains problèmes persistent malgré les politiques déjà engagées.
L’Istiqlal place l’accent sur la famille, le pouvoir d’achat et la fiscalité. Mais la traduction de ces orientations générales en politique touristique demeure moins détaillée.
La liste pourrait être courte. C’est là que les programmes de 2026 présentent leur principale faiblesse. Ils savent annoncer des objectifs de fréquentation. Ils savent annoncer des mesures sociales. Ils savent annoncer des baisses d’impôt. Ils commencent moins clairement à expliquer comment ces politiques s’emboîtent.
Or le tourisme est précisément un secteur où tout se tient, le salaire du réceptionniste, le prix de la chambre, la fiscalité de l’entreprise, le coût du billet d’avion, la disponibilité d’un guide, la rénovation de l’hôtel et le pouvoir d’achat du client marocain appartiennent au même système économique.
La prochaine étape ne devrait donc pas être une nouvelle course au chiffre. Le Mondial 2030 peut accélérer cette transformation. Il ne la fera pas à la place de la politique publique.
C’est justement maintenant, avant le scrutin du 23 septembre, que les professionnels devraient demander aux partis quel modèle économique ils comptent mettre derrière ces touristes. Condition qui permettra, néanmoins, de juger les promesses après l’élection…





