Record touristique 2025 : Rendons hommage ! Soyons reconnaissants, surtout !

Les chiffres touristiques record enregistrés en 2025 nous rassurent, certes, mais surtout nous engagent. Selon le ministère du Tourisme, les 19,8 millions d’arrivées touristiques, en hausse de 14% sur un an, interpellent justement notre engagement à venir. Car derrière cette approche, pour la première fois, du seuil des 20 millions de visiteurs, c’est moins un record qui se joue qu’un changement de nature : le tourisme marocain, secteur d’appoint, est devenu une industrie systémique, pesante dans l’économie nationale, les équilibres sociaux et la dynamique territoriale.

Et pour cause, cette croissance de 2025 s’inscrit dans une courbe longue, méthodiquement construite depuis le lancement de la Feuille de route 2023-2026.

La singularité de cette stratégie tient à un choix rarement assumé avec autant de constance d’agir simultanément sur toute la chaîne de valeur, plutôt que sur des segments isolés. Connectivité aérienne renforcée et rationalisée, montée en capacité de l’hébergement, structuration de produits novateurs, amélioration continuelle de la qualité de service, attractivité de l’investissement territorial… aucun de ces leviers n’aurait suffi seul.

Le communiqué du ministère du Tourisme nous apprend qu’à fin novembre 2025, les recettes touristiques culminent à 124 milliards de dirhams, en progression de 19%. Comme on peut le comprendre, le différentiel entre la croissance des arrivées et celle des recettes est un indicateur précieux trop souvent sous-estimé : Le Maroc capte, désormais, de la valeur et pas seulement que des flux ! Automatiquement, cette évolution rompt avec un modèle longtemps critiqué pour sa dépendance au volume. Le panier moyen progresse, la durée de séjour se stabilise sur des segments à plus forte contribution, et certaines destinations secondaires enregistrent des performances supérieures à la moyenne nationale. Autrement dit, la croissance est devenue redistributive.

Mais derrière, il faut avouer qu’il y a un poids social sans équivalent dans l’économie nationale qu’il faut aussi reconnaître activement, admirer convenablement et soutenir réellement, Quand on sait que plus de 50.000 opérateurs, plus de 3 millions d’emplois directs et indirects sont des chiffres de la géographie socio-touristique de notre pays. Voilà comment le tourisme irrigue là où l’industrie lourde ne va pas, absorbe une main-d’œuvre diverse, valorise des compétences locales souvent invisibles dans les agrégats macroéconomiques de notre pays…

Peu de secteurs offrent au Maroc une telle capacité de résorption sociale, notamment dans les zones rurales, montagneuses ou désertiques. À condition, toutefois, que cette croissance soit accompagnée, régulée et montée en gamme. Sans cela, la prouesse pourrait se retourner contre elle-même. Ce qu’il faudrait, c’est une parole politique alignée sur ces résultats

La déclaration de Fatim-Zahra Ammor, Ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie Sociale et Solidaire, prend ici une dimension particulière :

«L’accueil de près de 20 millions de touristes en 2025 reflète la transformation profonde du tourisme marocain, portée par la vision éclairée de Sa Majesté le Roi que Dieu L’assiste. Un tourisme plus performant, plus durable et qui crée de la valeur au niveau des territoires.»

Rarement discours officiel du département du Tourisme et de ses indicateurs auront été aussi étroitement alignés. La transformation évoquée n’est donc plus conceptuelle mais équilibrée, territorialisée et généralement déjà visible dans la structure des investissements et des emplois. Cependant, demeure l’angle mort qui consiste plutôt à consolider ce qui fonctionne avant d’élargir encore. Car le véritable enjeu est désormais de sécuriser la soutenabilité du modèle. Les preuves sont là, Il est temps que l’État est aujourd’hui face à une responsabilité stratégique économiquement citoyenne, à commencer par mieux orienter les incitations publiques vers les projets touristiques à fort impact territorial, renforcer l’ingénierie touristique régionale, pour éviter la dilution de l’offre, investir massivement dans la formation, seule garantie d’une qualité durable et, surtout, encadrer intelligemment la croissance, afin qu’elle reste créatrice de valeur et non génératrice de tensions.

Car au fond, le véritable succès du tourisme marocain ne se calculera pas au nombre de visiteurs, mais à sa capacité à encourager un développement touristique équitable, résilient et souverain. A davantage d’égard gouvernemental envers un secteur qui a prouvé qu’il est dynamique, rentable et à forte valeur ajoutée sociale et d’image. Et c’est précisément là que se jouera la prochaine bataille, la prochaine victoire !

Read Previous

Comment l’ONMT a pu transformer la CAN 2025 en catalyseur du tourisme marocain

Read Next

La CAN se joue ailleurs, dans les fan-zones enthousiastes de l’ONMT…

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *