Saïdia à l’épreuve du modèle 4 saisons

Longtemps confortée par l’intensité de son été, Saïdia se trouve aujourd’hui face à une vérité économique simple d’une station qui concentre l’essentiel de son activité sur quelques semaines qu’elle ne peut durablement équilibrer ses comptes ni stabiliser son écosystème local. Le défi consiste à ne plus d’allonger la saison. Il est de refonder le modèle.

Justement, initié par la vision à long terme de Rachid Dahmaz, dirigeant du plus vaste complexe hôtelier du Royaume, un chantier ambitieux s’ouvre dorénavant pour repositionner Saïdia en destination opérant à pleine capacité douze mois sur douze. Comment et quels seraient les moyens à déployer pour y parvenir ? D’abord, rompre coûte que coûte avec la saisonnalité handicapante qui bride encore son potentiel et, ensuite, installer durablement la station balnéaire dans une logique de flux continu, notamment grâce au renforcement des dessertes aériennes en période hivernale et à un marketing international mieux calibré.

Tout semble s’y prêter avec, cœur de cette dynamique, l’Office national marocain du tourisme appelé à se positionne en acteur pivot. Des concertations approfondies sont, en effet, engagées afin de bâtir un plan d’action porteur, articulé autour de deux pôles déterminants : une stratégie de promotion ciblée sur des marchés à fort pouvoir émetteur hors saison et un dispositif incitatif renforcé pour soutenir la connectivité aérienne en basse période.

Mais là, le défi dépasse la seule animation commerciale. Il s’agit plutôt d’installer un modèle économique pérenne, capable de sécuriser l’emploi local, d’optimiser le rendement des infrastructures existantes et de repositionner Saïdia dans la cartographie méditerranéenne des destinations quatre saisons.

Les atouts sont là, à la portée des yeux et de l’entendement responsable. Plage spectaculaire, capacité hôtelière moderne, marina structurante. Bref, la station dispose des fondamentaux. Mais la mécanique reste jusqu’ici fragile.

« Une chambre fermée quatre mois par an ne se rattrape pas en juillet », observe Rachid Dahmaz, patron infatigable de l’Oasis Saïdia Palace & Blue Pear, actuellement en chantier sur un vaste projet novateur et accessible (nous y reviendrons dans un prochain article). Derrière la formule, une réalité comptable des charges fixes annuelles, personnel à fidéliser, maintenance continue. Bien évidemment, l’hyper-concentration estivale cyclique que la destination Saidia crée un pic d’activité, mais comprime la rentabilité annuelle.

D’ailleurs, ce constat n’est pas nouveau. Dès le milieu des années 2010, plusieurs analyses soulignaient l’isolement commercial de la station hors haute saison. Ce qui change aujourd’hui, c’est la pression concurrentielle méditerranéenne et l’exigence accrue de performance. Comment ?

Pour Dahmaz, fermer en basse saison est une réponse défensive, non stratégique. Il cite volontiers l’exemple d’Agadir, passée d’une station balnéaire saisonnière à un pôle capable d’attirer clientèle loisirs, congrès et stages sportifs en hiver. « L’hiver doit devenir un produit, pas une contrainte », insiste-t-il.

Mais pour cela, il conditionne la chose par par la prépondérance de deux exigences centrales :  « Une connectivité aérienne sécurisée sur plusieurs saisons, et non des rotations ponctuelles et une visibilité internationale performante, notamment sur les grands salons professionnels et plateformes de distribution. Sans transport stable, aucune destination ne peut bâtir une programmation fiable. Or la programmation est la clé du remplissage ».

Parallèlement, la station annonce deux terrains conformes aux normes internationales et une salle plénière de 1.200 places. Sur le papier, le positionnement est cohérent. Mais Dahmaz nuance : « Construire n’est pas remplir. Il faut des contrats avec des fédérations, des agences spécialisées, des tour-opérateurs sport. Sans engagement ferme, l’infrastructure reste un pari. »

L’exemple d’Antalya est éclairant. La ville destination a structuré sa basse saison autour d’accords pluriannuels avec clubs européens et organisateurs d’événements, adossés à des dessertes aériennes continues. La gouvernance y est intégrée, la stratégie contractualisée. « Saïdia devra franchir ce seuil d’organisation pour transformer l’intention en flux mesurable », remarque t-il.

Autre enjeu et non desc moindres, demeure certainement l’intégration territoriale. À l’image d’Alicante, qui a connecté littoral, arrière-pays, gastronomie et patrimoine, Saïdia est, donc, appelée à élargir son périmètre expérientiel. « La plage attire, mais elle ne suffit pas en novembre », admet Dahmaz. « Il faut proposer une expérience complète : nature, culture, gastronomie. »

L’Oriental recèle, à juste titre, un potentiel encore sous-exploité. Le défi consiste à l’organiser en circuits commercialisables, avec logistique, guides formés et calendrier d’événements. Pour cela, faut-il encore s’inspirer de leçons méditerranéennes dans leur programmation hiver.

Par exemple, les Îles Canaries ont démontré que le climat devient un actif stratégique lorsqu’il est packagé : trail, triathlon, festivals, séjours longue durée pour seniors européens. Le taux d’occupation hivernal y dépasse régulièrement 70 %. Pour Dahmaz, la clé réside dans la régularité : « Un événement isolé ne change rien. Il faut un calendrier annuel lisible, répété, attendu. »

Autrement dit : transformer la basse saison en saison alternative.

Toutefois, la transition vers un modèle quatre saisons exige une coordination fine entre opérateurs privés, autorités régionales et institutions nationales.

Dahmaz plaide pour une feuille de route commune : « On ne peut pas avancer chacun dans son couloir. La destination doit parler d’une seule voix. »

Et à raison, sans pilotage partagé, les initiatives resteront fragmentées, et la crédibilité auprès des compagnies aériennes ou organisateurs internationaux demeurera limitée.

Enfin, l’extension saisonnière ne peut ignorer la durabilité. Érosion littorale, pression hydrique, gestion énergétique, les destinations qui réussissent investissent massivement dans ces dimensions. « Si on ouvre toute l’année, on doit être exemplaires », souligne Dahmaz. « Sinon, on fragilise notre propre atout. »

Fort heureusement, Saïdia possède encore l’avantage d’un environnement relativement préservé. L’intégration précoce de standards environnementaux élevés pourrait devenir un argument compétitif supplémentaire.

Saïdia n’a pas besoin de copier Antalya ou les Canaries. Elle gagnerait plutôt à adapter leur méthode de segmentation, de programmation, de contractualisation et de mesure. Pour Rachid Dahmaz, l’idée est pragmatique : « La question n’est pas de savoir si c’est possible. Elle est de savoir si nous décidons collectivement de le faire».

Si cette volonté s’agrège autour d’une architecture cohérente, la station pourra dépasser son statut de rendez-vous estival et s’imposer comme destination méditerranéenne structurée. À défaut, elle restera brillante l’été et vulnérable le reste de l’année.

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