Pardi, quel prix le Maroc est-il prêt à faire payer à ses territoires enclavés pour assurer leur connexion au reste du pays ?
L’éventualité d’une augmentation des billets d’avion sur les liaisons reliant Rabat et Casablanca à Errachidia, Ouarzazate et Zagora suscite une vive réaction dans la région de Drâa-Tafilalet. Selon les critiques relayées dans le cadre de l’émission « Lahdat Siyasia », le tarif actuellement fixé à 400 dirhams pourrait être porté entre 550 et 600 dirhams, soit une hausse comprise entre 37,5 % et 50 %. Si cette augmentation se confirme, c’est toute la philosophie du désenclavement territorial qui se retrouve interrogée.
Drâa-Tafilalet occupe une place particulière dans la géographie marocaine. Avec une superficie qui représente une part importante du territoire national, la région reste caractérisée par des distances considérables entre les principaux centres urbains, une faible densité démographique et des contraintes naturelles qui compliquent les déplacements.
Pour de nombreux habitants, l’avion constitue souvent un outil de mobilité indispensable pour accéder rapidement aux administrations centrales, aux structures hospitalières spécialisées, aux universités ou aux opportunités économiques concentrées dans l’axe Rabat-Casablanca.
Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics investissent massivement dans les infrastructures afin de réduire les inégalités territoriales. Autoroutes, voies express, modernisation ferroviaire, programmes de développement régional et investissements aéroportuaires poursuivent tous un objectif similaire : rapprocher les territoires périphériques des grands pôles économiques.
Une hausse significative du prix des billets sur certaines dessertes intérieures est tout bonnement en contradiction avec cette stratégie nationale.
Les défenseurs du maintien des tarifs actuels soulignent qu’une ligne de transport intérieur doit également être mesurée à travers son impact sur l’investissement, le tourisme, l’accès aux services publics et la mobilité des populations.
La situation d’Ouarzazate coche parfaitement les cases cette problématique. Ville stratégique pour le tourisme saharien, l’industrie cinématographique internationale et les énergies renouvelables, elle dépend fortement de sa connectivité avec les grands centres nationaux et internationaux. Chaque année, des milliers de visiteurs transitent par Casablanca ou Rabat avant de rejoindre la région.
Pour les professionnels du tourisme, toute augmentation importante du coût d’accès risque de réduire la compétitivité de la destination face à d’autres régions marocaines ou étrangères plus facilement accessibles.
Le risque est d’autant plus important que le tourisme dans les provinces du Sud-Est repose en grande partie sur des séjours de courte durée, particulièrement sensibles aux variations tarifaires du transport.
À Errachidia comme à Zagora, les enjeux dépassent également la seule dimension touristique. Ces territoires entretiennent des liens permanents avec les grands centres administratifs et économiques du Royaume.
Fonctionnaires, étudiants, entrepreneurs, professionnels de santé, membres de la diaspora régionale et familles dispersées entre plusieurs villes utilisent régulièrement ces liaisons aériennes.
Pour ces catégories d’usagers, une augmentation de 150 à 200 dirhams par trajet représente une charge supplémentaire significative, particulièrement lorsqu’il s’agit de déplacements fréquents.
C’est vrai. Les compagnies opérant sur les lignes domestiques font face à plusieurs facteurs de pression dus à la hausse des coûts d’exploitation, la maintenance des appareils, le carburant, les redevances aéroportuaires, l’inflation internationale et les exigences croissantes en matière de sécurité. Les dessertes vers des régions moins densément peuplées présentent souvent des taux de remplissage plus faibles que les grandes lignes nationales ou internationales.
Les réactions observées montrent que le débat dépasse largement le cadre de la gestion d’une compagnie aérienne. Il touche à la place accordée aux régions éloignées dans le modèle de développement national.
Toutefois, les habitants des territoires périphériques doivent-ils supporter un coût supplémentaire pour accéder aux mêmes services et opportunités que les populations des grands centres urbains ?
Cette question devient particulièrement sensible à un moment où le Maroc affiche l’ambition de renforcer la régionalisation avancée, de réduire les disparités territoriales et d’améliorer la mobilité nationale.
L’affaire des liaisons aériennes vers Errachidia, Ouarzazate et Zagora constitue finalement un enseignement. Pour les habitants de Drâa-Tafilalet, le débat ne porte pas uniquement sur quelques centaines de dirhams. Il concerne leur capacité à rester pleinement connectés au reste du pays.





